Marchés émergents : Brésil, vers la fin de Rousseff ?

Analyse de marché - 09/05/2016

Le Sénat votera prochainement la probable destitution de Dilma Rousseff L’écartement de Rousseff n’est pas garant d’une inflexion de la trajectoire économique du pays ou d’une poursuite du rebond des actifs domestiques

S'enlisant chaque trimestre plus profondément dans les sables de la récession, l'économie brésilienne doit composer depuis fin 2014 avec une crise politique gagnant chaque jour en ampleur.

A ce jour, le vote du Sénat en faveur de la procédure de destitution de Dilma Rousseff paraît le scénario le plus plausible. Les derniers sondages annoncent que 50 sénateurs seraient en faveur de la destitution. Aussi, la domination au Sénat du Parti du Mouvement Démocratique Brésilien (PMDB), lequel a dernièrement abandonné Rousseff pour rallier l'opposition, réduit la probabilité d'une issue favorable à celle-ci. L'actuel vice-président du Brésil, Michel Temer, par ailleurs chef de file du PMDB, prendrait alors les rennes du pays jusqu'aux élections de 2018.

 

Suivant ce scénario, la possible destitution de Temer lui-même doit être envisagée. En plus d'être contesté par la rue, ce dernier est en effet dans le collimateur de la Cour suprême, laquelle a demandé à la Chambre des députés de considérer les allégations de manipulation des comptes publics qui lui sont portées, soit les mêmes griefs que ceux reprochés à Rousseff.

S'il venait à être destitué avant le 1er janvier 2017, des élections anticipées seraient alors tenues afin d'élire un nouveau président. Au-delà du 1er janvier 2017, c'est le Congrès qui procèderait à l'élection d'un nouveau président.

La tenue d'élections populaires anticipées n'est pas dans l'intérêt du PMDB : les intentions de vote donnent en effet gagnant l'ex-président Lula, issu du même parti que Rousseff et homme-fort du boom brésilien de la précédente décennie. On peut aussi douter que cette procédure de destitution envers Temer aboutisse, la présidence de la Chambre des députés et du Sénat étant assurée par des membres du même parti. 

 

  • Si le Sénat venait à voter en défaveur de la procédure de destitution de Dilma Rousseff, celle-ci ne quitterait pas son poste. On peut aisément imaginer que ce statu quo accroîtrait encore plus le fossé séparant la sphère politique de sa base électorale, les soupçons de tractations et d'arrangements politiques écornant encore plus la légitimité de Rousseff à gouverner le pays.  
  • En parallèle à cette procédure de destitution, d'autres voies permettraient de mettre un terme au blocage politique actuel. La démission pure et simple de Dilma Rousseff en est une. A maintes reprises, cette dernière a toutefois écarté cette option qui s'assimilerait à valider les allégations qui lui sont portées tout en donnant raison à l'opposition. Une autre option tient en l'invalidation par la Cour électorale des élections de 2014 en raison d'irrégularités portant sur le financement de celles-ci. Ce dernier point provoquerait la tenue d'élections législatives anticipées.

L'équation brésilienne est complexe. Le maintien d'une devise faible semble un prérequis nécessaire à l'amélioration des comptes courants. La stabilisation économique du pays passera aussi par l'adoption, et l'implémentation effective, de réformes structurelles lesquelles ne pourront se faire qu'au prix d'une volonté politique.

On peut se poser la question de savoir si le système politique brésilien permet cette approche plus apaisée. La forte fragmentation du spectre politique (on dénombre 23 partis représentés au Parlement) dérivée de la structure fédérale du pays, la fidélité très relative des hommes politiques à leur parti et le rôle parfois flou des entreprises commerciales dans le financement des partis ne sont pas forcément les meilleurs garants d'une vision commune réformiste de long terme.  

La multitude des scenarii politiques rend les projections ardues. Les charges judiciaires pesant sur les potentiels remplaçants de Rousseff ajoutent à la confusion et rien ne garantit qu'un changement de président marquera une rupture nette avec les pratiques du passé ou améliorera fondamentalement l'orientation économique du pays.

La destitution de Rousseff devrait réconcilier quelque peu la base citoyenne avec les instances politiques. Cette condition, couplée à la tenue d'élections populaires, semble le scénario attendu par les investisseurs – mais selon nous loin d'être acquis – pour une poursuite de la trajectoire haussière des actifs brésiliens, y compris de la devise.