Le consommateur américain perd son élan

Regards et perspectives économiques - 27/09/2016

La consommation continuera de croitre en 2017 mais moins vigoureusement. Le revenu disponible des ménages sera soutenu par la progression des salaires qui restera supérieure à l’inflation. Les élections présidentielles pourraient toutefois affecter nos prévisions...

La consommation des ménages américains est historiquement le pilier de la croissance économique du pays. Comptant pour environ 60% du PIB dans les années 1950, la part de la consommation dans le PIB atteint aujourd’hui près de 70%. Malgré leur poids de plus en plus important dans l’économie américaine, les dépenses de consommation des ménages ont eu tendance à croître de moins en moins vite, à l’image de la croissance du PIB (cf. graphique de gauche). Après une croissance record de la consommation de 3.2% en 2015 et de 2.6% jusqu’à présent en 2016, elle risque de perdre un peu de vitesse en 2017. Toutefois, cette dernière devrait rester un des seuls soutiens de la croissance américaine.

Un revenu disponible des ménages en progression malgré la hausse récente du prix du pétrole Si les ventes au détail progressent encore autour de 3% par an et que la confiance des consommateurs reste solide (cf. graphique de droite), la progression de la consommation dépendra de l’évolution des variables suivantes : 1. Le revenu personnel disponible réel, qui peut fluctuer en fonction de la trajectoire des salaires réels et des amendements fiscaux selon le résultat des élections, 2. l’inflation, qui peut peser sur le pouvoir d’achat des ménages et 3. les fluctuations du prix du pétrole, qui peuvent modifier les comportements
d’achat des ménages et accroître leur épargne.

1 – Le revenu des ménages est composé à 71.8% de salaires bruts, à 18.6% de revenus de la propriété (dividendes, intérêts, loyers), à 9.6% de prestations sociales (net des cotisations) et, en moyenne, 12.2% d’impôts sont appliqués sur ces revenus. Chacune de ces sous-catégories peut impacter les décisions de consommation des ménages et in fine la croissance du PIB.

  • En ce qui concerne les salaires, des forces contradictoires peuvent être observées. Des facteurs comme le plein-emploi, le nombre important d’ouvertures de postes ou encore l’incompatibilité entre l’offre de compétences et le besoin du marché du travail poussent les salaires à la hausse (cf. graphique de gauche). Mais dans un même temps, la stabilisation du taux de participation à la population active (la population active regroupe la population ayant un emploi et les chômeurs activement à la recherche d’un emploi. Le taux de participation est la proportion de la population active à la population totale du pays (16-64 ans.) ou encore la baisse de la productivité des entreprises qui rogne leurs marges empêchent uneprogression trop soutenue des salaires (cf. graphique de droite).

  • La richesse nette des ménages influe sur leurs décisions de consommation. D’une part, des marchés immobiliers et financiers en hausse stimulent la confiance des consommateurs. D’autre part, à partir du moment où les marchés sont orientés à la hausse, les capacités d’emprunt des ménages augmentent grâce à une valeur accrue de leur collatéral (p.ex bien immobilier). Le crédit aux ménages a d’ailleurs progressé de 1.6% depuis le début de l’année et les conditions de crédit accordées par les banques aux ménages restent dans l’ensemble accommodantes. Seuls les conditions de crédits automobiles se durcissent (cf. graphique de gauche page suivante). En effet, après plusieurs trimestres de forte distribution de crédits automobiles (+11.2% en 2015), soutenue par un effet de rattrapage suite à la crise, les banques sont aujourd’hui plus prudentes. Les taux de défaillance ont légèrement augmenté, 3.5% au Q2 2015, et les taux d’intérêt ont également vu une légère hausse.
  • L’évolution des impôts dépendra du programme mis en place par le nouveau président des Etats-Unis en 2017. Le candidat républicain a proposé une diminution généralisée de l’impôt sur le revenu, ce qui stimulerait la consommation des ménages à court terme. Mais M. Trump n’étant soutenu que par peu de Républicains, sa proposition pourrait avoir du mal à passer au Congrès. Le programme de Mme Clinton n’aurait quant à lui pas d’impact sur la consommation étant donné que seuls les plus fortunés, avec une faible propension à consommer, verraient leurs impôts augmenter.
  • L’épargne des ménages a eu tendance à augmenter lorsque les prix du pétrole ont chuté en 2014-2015 (cf. graphique de droite). Depuis plusieurs mois, cette épargne diminue quelque peu, 5.7% du revenu disponible en juillet 2016, laissant moins de marge de manoeuvre aux ménages pour augmenter leur consommation.

2 – L’accélération de l’inflation attendue d’ici quelques mois affectera le pouvoir d’achat des consommateurs.

  • L’inflation devrait atteindre 2% d’ici la fin de l’année pour deux raisons principales : d’une part la stabilisation des prix du pétrole affectera la variation annuelle des prix à la hausse (« effet de base ») ; d’autre part, la relative stabilisation du dollar depuis le début de l’année a atténué les pressions baissières sur les prix à l’importation et donc sur l’inflation. A partir de ce scénario d’accélération des prix, nous pourrons observer aussi bien l’affaiblissement des taux réels, facilitant l’accès au crédit et à la consommation des ménages, que la diminution des salaires réels, affaiblissant par la même occasion le pouvoir d’achat des consommateurs.
  • Malgré une hausse de l’inflation, la boucle prix-salaire pourrait avoir du mal à s’enclencher. En effet, l’accélération à venir de l’inflation sera avant tout due à une stabilisation des prix du pétrole, plutôt qu’à une accélération de la croissance du PIB. Cela signifie que les entrants à la production seront simplement plus chers, augmentant davantage les coûts de production. En partant de l’hypothèse que les entreprises sont price-takers, c’est-à-dire que la demande domestique n’est pas assez élevée pour permettre aux entreprises de fixer leurs prix, leurs marges pourraient se compresser et les salaires avoir du mal à accélérer considérablement. L’accélération des prix pourrait alors être temporairement supérieure à celle des salaires (cf. graphique de gauche).

3 – La variation des prix du pétrole continuera à influencer les comportements de consommation des ménages. A titre d’exemple, chaque ménage a épargné en moyenne USD 115 en 2014, USD 790 en 2015 et USD 180 jusqu’à présent en 2016 (USD 1’085 en tout) grâce à la baisse du prix du pétrole. Si la totalité de ces gains n’a pas été consommée, l’épargne s’est accrue et a fourni un coussin de sécurité aux ménages américains.

Le « Council of Economic Advisors » de la Maison Blanche estime que les consommateurs ont consommé entre 40 et 80 centimes pour 1$ d’économie réalisée sur le prix bas du pétrole.
- Selon le scénario 1 (voir tableau ci-dessous) qui stipule que chaque ménage aurait effectué 40 centimes de dépenses par dollar économisé, autour de USD 12.8 milliards supplémentaires auraient déjà été dépensés en biens de consommation en 2016.
- Selon le scénario 2, correspondant à 80 centimes de dépenses par dollar économisé, les dépenses supplémentaires seraient plutôt autour de USD 25.5 milliards.
Ce sont des montants considérables, comparés par exemple aux dernières augmentations de dépenses budgétaires qui étaient de l’ordre de USD 80 milliards sur deux ans.

A horizon plus éloigné, différents scénarios pourraient prendre forme :
- Selon l’hypothèse la plus probable d’un prix du pétrole stable autour de USD 45/baril, chaque ménage ferait une perte de USD 59 en 2017 (voir tableau ci-dessous, hypothèse 1).
- Une hausse du prix du pétrole, finissant l’année 2017 à USD 60/baril réduirait les recettes de chaque ménage de USD 218 (voir tableau ci-dessous, hypothèse 2),
- alors qu’une nouvelle baisse, avec des prix du pétrole à USD 30/baril à la fin de l’année accroitrait les économies de chaque ménage de USD 109 (voir tableau ci-dessous, hypothèse 3).

Ces variations influent sur la consommation et sur l’épargne. D’après l’hypothèse principale d’une stabilisation du prix du pétrole, les ménages pourraient continuer à puiser davantage dans leur épargne, leur laissant moins de réserve pour une consommation future. Seule une nouvelle baisse du prix du pétrole pourrait donc stabiliser, voire augmenter le taux d’épargne des ménages.

Conclusion : une croissance de la consommation toujours positive, mais moins vigoureuse
- Depuis le début de l’année, la consommation a progressé en moyenne de 2.55% en glissement annuel. En 2017, nous attendons une croissance de la consommation légèrement plus faible, entre 2.10%-2.40%. La consommation gardera son rôle de plus grand contributeur à la croissance du PIB américain (la croissance annuelle du PIB aurait été de -0.4% au S1 sans la contribution de la consommation).
- Les facteurs qui expliquent ce léger ralentissement des dépenses de consommation des ménages sont les salaires qui peinent à accélérer, une épargne qui baisse, une inflation qui rogne le pouvoir d’achat des ménages et des prix du pétrole qui se stabilisent. Les amendements fiscaux qui seront mis en place par le nouveau président des Etats-Unis dès 2017 auront un impact direct sur la consommation.
- Malgré nos perspectives légèrement plus faibles sur la consommation, une récession (2 trimestres de croissance annuelle négative) aux Etats-Unis n’est pas notre scénario principal pour 2017.