L’Hebdo des économistes : Franc suisse et yuan, des destins divergents

Regards et perspectives économiques - 22/11/2016

Tandis qu’en Suisse une appréciation trop forte du franc suisse pourrait entraîner une nouvelle intervention de la BNS, en Chine le yuan s’est affaibli face au dollar après l’élection de D. Trump. Sa dépréciation modérée pourrait progresser plus vite que prévu. Analyse de Matthias van den Heuvel, Économiste au sein de de notre équipe Recherche économique.

Avant les élections américaines, A. Mäechler, membre du directoire de la Banque Nationale Suisse (BNS), avait affirmé que la BNS se tenait prête à intervenir pour contrer un éventuel renchérissement du franc. A la suite de la victoire de D. Trump, ce renchérissement a bien eu lieu. L’EUR/CHF est descendu sous le palier implicite de 1.08, généralement considéré comme le seuil en dessous duquel la BNS intervient sur le marché des changes. Pour autant, depuis le 8 novembre, ce taux se maintient en dessous de 1.08 et a même brièvement atteint 1.068 le 18 novembre, niveau de l’EUR/CHF le plus bas depuis août 2015.

Dans ce contexte de franc suisse particulièrement fort, la BNS pourrait donc intervenir, en privilégiant un recours à l’achat de devises étrangères plutôt qu’une baisse de son taux directeur, comme elle l’a fait à la suite du vote sur le Brexit. C’est ce que pourrait avoir confirmé le vice-président de la BNS, F. Zurbrügg, le 16 novembre lorsqu’il a souligné la détermination de la BNS à intervenir sur les marchés des changes si nécessaire. Cette préférence pour l’intervention sur les marchés est légitime étant donné l’impact des taux négatifs sur l’industrie financière, les épargnants et les caisses de pension.

Cependant, la BNS pourrait utiliser d’autres outils de politique monétaire si les futurs développements politiques dans la zone euro exerçaient une pression à l’appréciation supplémentaire sur le franc suisse. C’est notamment le risque découlant du référendum du 4 décembre en Italie, pour lequel les sondages prévoient, à ce jour, une défaite du premier ministre M. Renzi. Ce dernier a promis de démissionner en cas de rejet de ce référendum constitutionnel qui vise à donner plus de stabilité politique au pays en simplifiant le système bicaméral. L’incertitude politique générée par un tel scénario pourrait davantage accroitre la demande de franc suisse. Si le franc était amené à s’installer durablement en dessous de 1.08, la BNS pourrait être obligée d’avoir recours à un abaissement de son taux directeur, ses interventions sur les marchés des changes n’étant dès lors plus suffisantes.

 

Le yuan s’est affaibli face au dollar américain jusqu’à atteindre un plus bas sur les huit dernières années. L’élection de D. Trump couplée aux incertitudes sur l’ampleur des mesures protectionnistes et la nature des relations sino-américaines induisent des pressions baissières sur la devise chinoise. Elles restent toutefois comparables à celles subies par les devises d’autres partenaires commerciaux des Etats-Unis comme la Corée, Taiwan ou les Philippines. Le yuan demeure pour autant stable face à son panier de devises de référence, déterminé selon les principaux partenaires commerciaux de la Chine (cf. graphique de droite). Les conseillers en politique monétaire ont mis en exergue le risque – si le yuan venait à passer la barre psychologique des 7.0 – de sorties significatives de capitaux de Chine. La People’s Bank of China serait alors vraisemblablement amenée à soutenir sa devise via des opérations de change.

La dépréciation modérée du yuan que nous continuons d’anticiper pourrait donc être plus rapide. Celui-ci pourrait donc atteindre 7.0 dollars au terme du premier semestre 2017, selon nos prévisions.

 


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