Prévisions macro-éco #3 – Le décalage entre l’espoir financier et la réalité économique est-il réconciliable ?

Perspectives économiques - 01/06/2017

Le décalage entre l’espoir financier et la réalité économique est-il réconciliable ? C’est l’une des questions dont traite la troisième édition des « Prévisions Macro-Eco ». Cette publication semestrielle, rédigée par notre Group Chief Economist, Mathilde Lemoine, et ses équipes, analyse les dynamiques macro-économiques et présente leurs perspectives pour les principales régions du monde.

L’homme de la croissance mondiale est le président Xi Jinping, et non pas Donald Trump

Le regain de croissance observé depuis le début de l’année 2016 provient du changement de la politique économique chinoise. Le président chinois Xi Jinping a décidé d’accroître les dépenses d’infrastructure pour soutenir la croissance chinoise. Cela a engendré une hausse du prix des matières premières, une accélération du commerce mondial qui provient à 84% des seuls pays exportateurs de matières premières, ce qui est considérable, et donc une accélération de la croissance mondiale. Il est très important de connaître les causes de ce rebond de croissance et de l’amélioration de la production industrielle car cela permet de comprendre que ce rebond est cyclique et temporaire, et que la croissance mondiale devrait logiquement décélérer au deuxième semestre de l’année 2017 avant la mise en œuvre des baisses d’impôts aux Etats-Unis début 2018.

L’illusion monétaire pourrait soutenir la croissance de manière temporaire 

La hausse du prix des matières premières a permis une accélération de l’inflation, ce qui a redonné confiance aux chefs d’entreprise, mais aussi aux ménages. C’est la vraie surprise de ce début d’année : une croissance soutenue  par la politique économique chinoise mais également des ménages et des chefs d’entreprise ayant retrouvé une certaine forme de confiance face à l’arrêt du recul des prix. C’est ce qui est qualifié de « reflation ». En contrepartie, l’on constate un décalage entre les enquêtes - qui laissent attendre une très forte accélération de la croissance - et la réalité macro-économique, beaucoup plus mesurée. Par exemple, la production industrielle  n’a accéléré que très modestement, alors que les enquêtes sont au plus haut depuis six ans. Si les ménages et les chefs d’entreprise considèrent que les prix vont continuer à être relativement supérieurs à ceux de l’année 2016, cela pourrait suffire à soutenir la consommation dans les pays développés, et donc à compenser le ralentissement de la croissance chinoise, attendu en fin d’année 2017.

Zone euro : des raisons d’être confiants

La zone euro devrait continuer à se renforcer. L’élection d’Emmanuel Macron comme Président de la République française a levé une partie des doutes quant à la solidité-même de la zone euro. De plus, le projet européen qu’il porte avec d’autres gouvernements va améliorer les perspectives d’activité au sein de la zone euro. Quelles sont les conséquences pour les investisseurs ?

  • Premièrement, des taux d’intérêt qui vont rester relativement bas et surtout déconnectés des taux américains, étant donné que la Banque centrale européenne a réussi à s’autonomiser vis-à-vis de la Réserve fédérale.

  • Deuxième conséquence, des perspectives de croissance qui pourraient être un peu supérieures grâce à la création d’une « Bad Bank», un projet porté par la Banque centrale européenne et qui permettrait à la zone euro de s’éloigner durablement du scénario de déflation à la japonaise.

  • Enfin, une monnaie qui resterait relativement solide - et donc une source de sécurité.

Ce cocktail inspire une certaine confiance par rapport aux perspectives économiques de la zone euro.

Nous prévoyons donc toujours une accélération de la croissance américaine à 2.1% en 2017 et à 2.5% en 2018 après 1.6% en 2016. La croissance de la zone euro se maintiendrait à 1.7% en 2017 avant d’atteindre 1.8% en 2018. Les pays émergents devraient, quant à eux, voir leur croissance se renforcer à 4.6% en 2017 après 4.1% en 2016 selon nos prévisions et ce malgré la décélération du prix des matières premières. Toutefois la croissance mondiale reste contrainte par le poids de la dette qui continue de s’alourdir.