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La rotation sectorielle se poursuit

Analyse de marché - 08.12.2017

La semaine a commencé sur une note mitigée avec d’un côté la nouvelle du vote de la réforme de la fiscalité aux Etats-Unis et de l’autre côté, un blocage sur les négociations entre l’Europe et le Royaume-Uni.

 

Aux Etats-Unis, le texte adopté doit maintenant être harmonisé avec celui de la Chambre des Représentants, avant un vote définitif d’ici la fin de l’année. Au Royaume-Uni, la semaine se finit sur une bonne note puisqu’un accord a été trouvé en amont du sommet européen les 14 et 15 décembre, avec des avancées sur la facture finale, le statut des expatriés et le dossier irlandais. 

Du côté des statistiques économiques, les publications confirment la bonne tenue de l’économie mondiale. Même si les chiffres finaux des indicateurs avancés ISM et PMI aux Etats-Unis étaient légèrement inférieurs aux attentes, ils restent sur des niveaux absolus élevés. En Europe, ils étaient conformes aux attentes. Dans ce contexte, les actions européennes ont connu un meilleur parcours. La rotation sectorielle a été importante aux Etats-Unis avec une sous-performance des valeurs technologiques et une surperformance des valeurs financières. Les matières premières sont aussi revenues sur le devant de la scène en corrigeant et entraînant ainsi les indices asiatiques dans le rouge. Les investisseurs s’inquiètent d’un ralentissement chinois qui pèserait sur la demande de métaux. 

Nous avions un peu réduit tactiquement le mois dernier notre exposition au risque actions dans l’idée que l’amélioration de l’environnement économique ne supprimait pas le risque de volatilité à court terme et continuons d’investir dans les actifs risqués, mais avec un peu plus de mesure.

  Actions européennes

La fin d’année est marquée par un mouvement de sortie des secteurs et actifs les plus en hausse jusque-là ; la technologie est plus particulièrement exposée avec des dégagements nets un peu partout aux Etats-Unis, en Europe et surtout en Asie où les grandes capitalisations technologiques avaient le plus fortement progressé. Dans ce contexte, les valeurs plus défensives gagnent du terrain. 

En Europe, la fin de semaine est marquée par ailleurs par l’accord sur la finalisation des règles dites de « Bâle III ». Les banques auront au moins cinq ans pour s’adapter aux nouvelles règles et l’accord ressort finalement moins pénalisant qu’anticipé pour le secteur bancaire européen. 

Côté valeurs, FNAC Darty a dévoilé son plan stratégique ambitieux « Confiance + » qui vise à poursuivre son modèle de distribution multicanale (renforcement de la distribution en ligne, lancement de nouveaux services par abonnement, ouverture de « corners » dédiés à l’univers de la cuisine chez les grands distributeurs), accélérer le développement de certains marchés, augmenter le nombre de franchisés et renforcer les offres croisées des deux enseignes. La marge opérationnelle est attendue entre 4,5% et 5% à moyen terme, au-dessus des attentes.

Orange a affiché des perspectives de croissance soutenue lors de son Investor Day. La société a annoncé une accélération du déploiement de la fibre un peu partout en Europe avec un pic des capex en 2018 qui déclineront ensuite. Un nouveau plan d’économies de coûts d’un milliard d’euros sur deux ans a aussi été annoncé. Le groupe est prêt pour des opérations de croissance externe mais limitées. Il exclut toute opération transfrontalière du fait du manque de synergies et de forts risques d’exécution, ainsi que toute hausse sensible dans les coûts contenus.

ProSiebenSat1 a confirmé ses objectifs 2017 et prévoit une marge d’EBITDA moyen terme à 25%.Par ailleurs, le groupe va créer trois divisions : divertissement (dont TV + numérique), production de contenus et ventes globales et commerce. Dassault Aviation et Thales dans l’aéronautique militaire ont profité de la levée d’option du Qatar sur 12 Rafale supplémentaires, ainsi qu’une nouvelle option sur 36 autres appareils.

Sur le front des déceptions, notons la nouvelle chute d’Elior après une guidance 2018 inférieure aux attentes. Dialog Semiconductors a poursuivi sa baisse après avoir reconnu qu’Apple pouvait en théorie se passer de ses services. Une filiale du fabricant de puces chinois Tsinghua Unigroup en a profité pour augmenter sa participation dans la société. Côté M&A, notons que le fonds Elliott a acheté 5,3% d’Uniper, que Peugeot a annoncé un accord sur les moteurs électriques avec le japonais Nidec ou encore que Casino a étendu ses accords de coopération avec DIA.

  Actions américaines

Au cours d’une semaine de relative stabilité, le S&P lâche 0,4%. Sa performance en dollar depuis le début de l’année atteint 18%, contre 27% pour le Nasdaq. Les commandes de biens durables au mois d’octobre se sont contractées de 0,8%, l’ISM non-manufacturier est ressorti à 57,4, contre 60,1 précédemment. Les rotations sectorielles entamées la semaine dernière se poursuivent (le secteur de la tech abandonne 1% sur la semaine contre une progression de 1% pour les financières).

Le Congrès a prolongé les crédits du budget fédéral de deux semaines, évitant ainsi au plafond de la dette d’être atteint, pour l’instant. Les discussions entre Républicains et Démocrates semblent se dérouler de façon constructive. Les rumeurs font état d’un impôt sur les sociétés un peu au-dessus de 20% tandis que l’Alternative Minimum Tax serait abandonnée. Un nouveau thème émerge : il s’agit du plan de dépenses publiques en infrastructures qui devrait être annoncé début 2018.

Lululemon s’est envolé de 8% après la publication de bons chiffres trimestriels, avec des ventes à périmètre comparable en progression de 8% et des perspectives optimistes. Le titre General Electric n’a pas réagi à l’annonce de son plan de réduction de 12.000 emplois. La reprise des discussions entre Disney et Twenty-First Century a ranimé les spéculations au sein du secteur. Comcast pouvant également être intéressé par certains actifs de Fox, Twenty-First s’adjuge 7% au cours de la semaine.

  Actions japonaises

L'indice TOPIX a achevé la semaine en baisse de 0,57% dans un marché léthargique. Mercredi, l’indice Nikkei 225 a enregistré sa plus forte baisse de l’année, les investisseurs redoutant une dégradation de la situation au Moyen-Orient après la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël. La baisse du marché japonais a été amplifiée par l’appréciation du yen face au dollar américain le même jour.

Les prises de bénéfices lorsque le Nikkei 225 a cassé sa moyenne mobile sur 25 jours ont également pesé sur le marché. Les valeurs technologiques ont été relativement moroses au cours de la période.

Toutefois, le marché a rebondi le jeudi, les investisseurs étrangers effectuant des achats à bon compte.

Construction (+2,05%), Pêche, agriculture et sylviculture (+1,84%) et Alimentation (+1,8%) ont été les secteurs les plus performants au cours de la semaine. Daito Trust Construction s’est adjugé 7,78% et a atteint un sommet historique à la faveur d’une belle performance en novembre. Parmi les autres grands gagnants de la semaine, citons le géant de l'agroalimentaire Ajinomoto Co. (+4,38%), le fabricant de boissons Kirin Holdings (+3,94%) et le fabricant de cosmétiques Shiseido (+3,08%).

Les secteurs Instruments de précision (-3,23%), Métaux non ferreux (-2,92%) mais également Exploitation minière (-2,16%) ont été relativement moroses. Nitto Denko, un poids lourd de l’indice Nikkei, a chuté de 8,76%, ce qui explique la sous-performance du Nikkei 225 par rapport au TOPIX, qui est un indice plus large. Fanuc (-4,98%), un leader dans la fabrication de commandes numériques pour machines-outils et de robots articulés, a perdu du terrain, tandis que le laboratoire pharmaceutique Shionogi a été confronté à une pression vendeuse.

  Marchés émergents

Cette semaine, nous avons assisté à certaines prises de bénéfices dans les marchés émergents qui ont cédé 1,1% (performance exprimée en USD). Certains investisseurs pensent probablement que la réforme fiscale aux États-Unis est susceptible de créer de nouvelles opportunités de croissance mais qu'il existe aussi un risque de hausse trop rapide des rendements obligataires aux États-Unis, qui serait préjudiciable aux actifs des marchés émergents.

Par ailleurs, cette semaine a été marquée par de multiples annonces de la part des banques centrales.

En Chine, la China Banking Regulatory Commission (CBRC) a publié une ébauche de ses nouvelles règles pour les petites banques, qui seront plus restrictives en ce qui concerne la gestion du risque de liquidité pour les banques dont l'actif est inférieur à 200 milliards de renminbi. En Inde, la RBI a laissé ses taux d’intérêt inchangés. Au Brésil, la banque centrale a une nouvelle fois abaissé son principal taux d'intérêt, à savoir le SELIC, de 50 points de base.

L'actualité macroéconomique reste favorable. En Chine, les exportations ont enregistré un rebond plus marqué que prévu (+10% au lieu de l'estimation de +2%), tout comme les importations (+15%, contre une estimation de +12%) Dans le secteur automobile, Geely a fait état de très bons volumes de ventes de véhicules en novembre (+38% sur un an). Ses ventes totales ont bondi de 66% sur un an, un pourcentage tout à fait conforme à l'objectif annuel de l'entreprise. En Inde, l'industrie automobile a enregistré une croissance de 14% en novembre, en partie grâce à un effet de base favorable du fait de la démonétisation intervenue en novembre 2016. Maruti a fait état d'une croissance de 34%.

Les marchés émergents pourraient enregistrer une certaine volatilité dans les trois prochains mois, les investisseurs redoutant un resserrement plus rapide que prévu de la politique monétaire de la Fed. Toutefois, cela ne remet pas en cause notre optimisme à l'égard de cette classe d'actifs pour les raisons suivantes :

1. Il reste encore à voir si un accroissement du déficit budgétaire alimente quelque peu la crainte d'une déflation à plus long terme (le niveau historiquement faible du spread entre les emprunts d'État à 5 ans et ceux à 2 ans est pour le moins intrigant). 

2. L'activité ne ralentit pas.

3. Les réformes structurelles devraient porter leurs fruits à moyen terme : une politique de crédit plus mesurée en Chine et l'accent mis sur l'innovation devraient garantir une croissance de meilleure qualité. En Inde, la taxe sur les biens et services favorise une simplification du marché intérieur. L'Argentine et le Brésil mènent de courageuses réformes budgétaires.

  Matières premières

Les prix du pétrole ont consolidé depuis la réunion de l’OPEP du 30 novembre, avec une baisse du Brent d’environ un dollar cette semaine à 62,6 dollars le baril (et -1,7 dollar pour le WTI qui termine au-dessus de 56,6 dollars le baril). Avec l’absence de nouvelle majeure cette semaine, les marchés se sont focalisés sur la publication des inventaires aux Etats-Unis qui sont ressortis en baisse pour le brut et en forte hausse pour les produits pétroliers (essence et distillats) alors que les raffineries tournent à plein régime. Les rapports mensuels de l’OPEP et de l’Agence internationale de l’Energie la semaine prochaine devraient apporter de l’information, en particulier sur l’état de la demande. Selon des données de l’administration chinoise, les importations de pétrole brut sont ressorties en forte hausse en novembre (+19,4% par rapport à octobre) soit l’équivalent de neuf millions de barils par jour. La demande chinoise reste bien orientée mais c’est surtout la baisse de la production domestique qui favorise les importations.

Les prix du gaz naturel liquéfié (GNL) ont dépassé les 10 dollars le million de BTU (British Termal Unit), un plus haut depuis janvier 2015. Cette tendance haussière est caractérisée par une forte demande en provenance d’Asie (en particulier la Chine) et par la hausse des prix du pétrole. La politique répressive de la Chine envers le charbon pour réduire la pollution ainsi que l’adoption de chaudières domestiques au gaz ont été les moteurs de la demande chinoise en GNL sur 2017. Cette tendance ne devrait pas s’infléchir en 2018. L’once d’or a perdu près de 3% cette semaine à 1247 dollars, impactée par la hausse du dollar et dans l’attente de la prochaine réunion de la Fed (le 13 décembre 2017) qui devrait aboutir à la 3ème hausse de taux de l’année, comme anticipé. Les investisseurs continuent pourtant d’accumuler de l’or au travers des ETF selon le World Gold Council, en hausse de 9,1 tonnes en novembre, sur un total de 2357 tonnes. La publication du PMI Manufacturier officiel de novembre, qui marque un léger rebond par rapport à octobre, n’a pas suffi à compenser l’impact de la hausse du dollar qui a pesé sur l’ensemble des prix des métaux de base cette semaine.

  Dettes d'entreprises

 

Crédit

Le marché du crédit montre quelques signes de faiblesse. Les indices iTraxx Crossover remontent quelque peu à 235 points de base.

Sur le front du High Yield, le marché du primaire demeure très actif. A l’approche de la fin de l’année, les émetteurs veulent absolument venir se financer d’ici le 20 décembre. Nous constatons que ce sont surtout des structures du bas du spectre qui viennent sur le marché.

Burger King, Picard avec un Floater de 1,2 milliard d’euros et une subordonnée à 5,25% de coupon, le chimiste Perstorp, le packager italien Pro-Gest, une société d’ingénierie allemande baptisée Schenck Process et BMC, spécialisé dans l’IT, ont fait l’actualité cette semaine. 

Concernant le primaire, nous avons assisté à une émission inaugurale pour Assicurazioni Cattolica, un LT2 avec 4,25% de coupon.

Convertibles 

Le marché des obligations convertibles a été sidéré par la dégringolade en Bourse de Steinhoff. Le groupe de distribution de meubles et d'articles ménagers coté à Francfort, qui contrôle des enseignes réputées comme Conforama et Pepkor, a dévissé de plus de 80% (ses obligations convertibles ont perdu environ 40 points) entre le mercredi 5 et le jeudi 7 décembre. Cela fait suite à l'annonce de la démission du directeur général Markus Jooste et au rapport de la publication des résultats annuels sur fond de spéculations sur des irrégularités comptables. Le président du conseil d'administration Christo Wiese, qui détient 22,7% du capital du groupe, cumulera provisoirement cette fonction avec celle de directeur général exécutif. Par la suite, l’agence Moody’s a décidé de dégrader l’émission obligataire de quatre crans, de Baa3 à B1.

Malgré cet événement, l’activité sur le marché primaire est restée soutenue, avec deux émissions convertibles classiques cette semaine : en Europe, Deutsche Post a de nouveau fait appel au marché en plaçant pour un milliard d'euros d'obligations convertibles à 7,5 ans assorties d'un coupon de 0,05%, dont le produit est affecté au refinancement et à la réduction des engagements de retraite de l'entreprise au Royaume-Uni. Aux États-Unis, Cleveland-Cliffs qui exploite une mine de minerai de fer et fabrique des pellets de minerai de fer destinés à l'industrie sidérurgique, a émis pour 275 millions de dollars d'obligations convertibles à 7 ans assorties d'un coupon de 1,5% pour financer l'accroissement de ses capacités de production de pellets. 

 

 

Achevé de rédiger le 08/12/2017

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