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Semaine dominée par les banques centrales

Asset Management - 26.09.2016

Alors qu’en début de semaine, la Banque des Règlements Internationaux (BRI) manifestait à nouveau son inquiétude concernant les marchés financiers, à propos du décalage entre le cours des actions et le niveau des taux d’une part et la forte hausse du crédit en Chine d’autre part, les marchés se sont concentrés sur les réunions quasi simultanées de la Fed et de la Banque du Japon (BoJ). L’essentiel des mouvements sur les marchés s’est fait dans les journées du 21 et 22 septembre.
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La BoJ, de son côté, a réaffirmé sa volonté de poursuivre son QE, mais en renforçant le côté qualitatif. Pour ce faire, elle a fixé un objectif de contrôle de la pente de la courbe des rendements en maintenant son taux 10 ans à zéro, tant que l’inflation reste au-dessous des 2%. Cette politique toujours aussi expansionniste est plus ciblée et davantage en faveur des banques (pas de baisses supplémentaires des taux 10 ans). Elle a été saluée par les marchés, le Nikkei reprenant quelque 2% sur la nouvelle et le yen baissant de 1%.

La Fed, quant à elle, n’a pas surpris le marché. Selon elle, « il est urgent d’attendre ». Même si la banque centrale reconnaît que la conjoncture américaine n’est plus un élément d’inquiétude, elle patientera encore un peu, certainement jusqu’au mois de décembre, pour enfin monter ses taux de référence. Les marchés ont également salué positivement la nouvelle de ces quelques semaines de répit, sans se préoccuper de la montée des débats au sein de la banque centrale.

Les marchés actions tout autant que les rendements des taux ont bien performé. La palme revient aux marchés actions au bêta le plus élevé et accusant un retard depuis le début de l’année, comme l’Europe. A noter toutefois que cette hausse, si elle a touché tous les secteurs, a été plus particulièrement portée par les ressources naturelles. Du côté des marchés obligataires, les maturités longues ont connu un beau parcours, effaçant la pentification des semaines précédentes.

Dans cet environnement, sur les marchés obligataires, nous avons réduit nos positions d’aplatissement de la courbe européenne des taux. Concernant les actions, nous avons profité de la forte hausse pour aménager nos couvertures. De manière générale, nous demeurons confiants sur les actions et plus particulièrement sur les actions européennes, toujours très en retard en termes de performance, alors qu’elles bénéficient d’une amélioration des fondamentaux micro-économiques dans un contexte de taux qui vont rester bas.

 

 

  Actions européennes

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Les marchés profitent de l’absence de décision de remontée des taux de la part de la Fed et repartent à la hausse en fin de semaine. Le cours du pétrole remonte et les taux longs européens s’écroulent sur la semaine. En conséquence, toutes les valeurs liées à l’énergie, les produits de base, la construction et l’automobile ont accéléré à la hausse. Les valeurs au sein du secteur des télécoms rebondissent aussi sur fond de retour du scénario de consolidation européenne.

Du côté des sociétés, Total a tenu sa journée investisseurs et dévoilé des coupes dans les dépenses (coûts opérationnels et investissements) avec un effort d’économies de quatre milliards de dollars par an d’ici à 2018. Coface annonce également quatre objectifs pour son plan stratégique 2019 (rendement des actifs sur fonds propres, ratio combiné, ratio de solvabilité et objectif de payout). EDF révise pour sa part en baisse ses objectifs de production d’électricité nucléaire et de résultat opérationnel en raison de l’arrêt prolongé de certains réacteurs. Le momentum reste difficile pour Sanofi, qui souffre de l’annonce par United Health du déremboursement de son antidiabétique Lantus aux Etats-Unis. Air France annonce une baisse de 5% de ses réservations sur la période estivale et anticipe une accentuation d’ici à la fin de l’année 2016. Bonne nouvelle pour le secteur aéronautique (Dassault Aviation, Thales et Safran notamment) qui profite de l’officialisation de l’acquisition de 36 avions Rafale par l’Inde.

Du côté du M&A, la Caisse des Dépôts cède environ 4% du capital de Veolia dans le cadre d’un placement (et en conserve 4,6% et 8,4% de droits de vote post-opération). Eurazeo cède 6% du capital de Moncler (et ramène sa participation à environ 10%).

 

 

  Actions américaines

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Les marchés actions américains progressent au cours de la semaine. La Réserve fédérale a donné davantage de précisions concernant une potentielle hausse des taux lors de sa réunion de décembre et le rythme de hausses successives en 2017, très mesuré afin de ne pas provoquer de choc sur les marchés. Cette approche a été bien accueillie.

Les indicateurs économiques publiés au cours de la semaine pour le secteur immobilier sont plutôt décevants. Les mises en chantier au mois d’août sont ressorties à 1.145.000 (en rythme annualisé), soit une contraction de 6% par rapport à juillet (l’effet saisonnier jouant défavorablement), ce qui reste inférieur aux attentes (1.190.000). De même, les permis de construire affichent un recul de 0,4%, tandis qu’une progression de 1,8% était attendue. Les ventes de maisons ont légèrement décliné (-0,9%), alors qu’une hausse de 1,1% était espérée.

L’annonce d’Allergan concernant l’acquisition coup sur coup de deux biotechs (Tobira Therapeutics pour 700 millions de dollars et Akarna Therapeutics) a ravivé les attentes de fusions/acquisitions au sein du secteur de la santé américaine. Parmi les publications de résultats trimestriels décalées, Fedex a dévoilé de bons résultats, portés par la croissance du e-commerce dans le monde et l’intégration du géant européen de la logistique TNT. Les autres publications comme celles d’Oracle ou encore Adobe sont en ligne avec les attentes dans l’ensemble.

Au cours des cinq derniers jours, les secteurs des services publics, de l’immobilier et de la santé affichent les plus fortes performances. Les secteurs de l’énergie et les financières ferment la marche de ce marché haussier.

 

 

  Actions japonaises

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Les marchés actions japonais ont progressé. L’indice TOPIX a gagné +4% et l’indice Nikkei 225 +2,5%, les investisseurs réagissant positivement aux annonces de la Banque du Japon. Les ajustements portent sur deux points : le contrôle de la courbe des taux et le renforcement des indications sur l’orientation future de sa politique monétaire (« forward guidance »). La Banque du Japon maintient le taux directeur à -0,1% et annonce son intention de maintenir les rendements des taux gouvernementaux japonais à 10 ans à zéro via un programme de rachats. La Banque du Japon s’est engagée à poursuivre sa politique jusqu’à ce que l’indice des prix à la consommation en glissement annuel dépasse les 2% et se stabilise. Cet engagement viendra soutenir l’inflation. Le rythme d’achat des ETF et des titres immobiliers (REIT) reste inchangé cette fois-ci.

Les 33 secteurs ont affiché des résultats positifs. Les bancaires, qui ont enregistré la meilleure performance cette semaine, ont gagné 10,4% grâce à Resona (+12%) et Sumitomo Mitsui Trust (+11,9%). La décision de la Banque du Japon devrait limiter la pression sur la rentabilité des banques. Le secteur de l’assurance a également bondi de 6,6%.

Fast Retailing, valeur la plus importante au sein du Nikkei, a cédé 3,3%. En effet, le marché s’attendait à ce que la Banque du Japon porte davantage d’attention à l’indice Topix.

 

 

  Marchés émergents

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Le discours accommodant de la Réserve fédérale américaine s’est traduit par un regain d’appétit pour les marchés émergents, propulsant l’indice actions MSCI Emerging Markets à un plus haut depuis deux semaines, tandis que les devises se sont renforcées. Mercredi, la Fed n’a pas relevé les taux directeurs et a revu à la baisse les prévisions de relèvement annuel des taux. Ceci pourrait donner lieu à d’importantes entrées de flux sur les marchés émergents.

En Corée, un cadre supérieur de Samsung Electronics a été interpellé pour avoir tenté de voler une technologie stratégique dans la fabrication des puces électroniques. L’information intervient dans un contexte de tentative de renforcement de l’industrie des semi-conducteurs en Chine.

En Inde, le déficit extérieur courant continue de diminuer. Selon les données communiquées par la Banque centrale indienne, le pays affiche un déficit extérieur courant de 300 millions de dollars, ou 0,1% de son produit intérieur brut (PIB).

Le Président philippin M. Rodrigo Duterte a annoncé vouloir augmenter les dépenses en matière sociale et d’infrastructures en vue de stimuler la croissance pour atteindre 7% cette année et 7,5% en 2017. La Banque centrale des Philippines a laissé son taux RRP (reverse repurchase rate) inchangé à 3%. La Banque d’Indonésie a baissé son taux d’intérêt de 25 points de base. Nous renforçons notre exposition à Astra International.

La Russie a émis un emprunt obligataire à échéance 10 ans pour 1,25 milliard de dollars. L’émission a été sursouscrite de plus de six fois. Elle a été placée à 106,75 dollars (rendement de 3,9%), soit 85 points de base en dessous du placement du mois de mai. Notons que 53% de l’émission a été souscrite par des investisseurs américains.

La Banque centrale turque a réduit son taux d’intérêt de 25 points de base et la position adoptée par cette dernière sous-entend qu’il ne s’agit que d’un début. Jusqu’à présent, en 2016, la Banque centrale a réduit la limite supérieure de ses taux d’intérêt de 250 points de base, passant de 10,75% à 8,25% rien que pour ce mois-ci.

Au Brésil, l’inflation pour les 15 premiers jours de septembre est ressortie inférieure aux attentes, en raison d’une baisse des prix de l’agroalimentaire. Selon nous, les principaux catalyseurs du marché brésilien sont des taux d’intérêt plus bas combinés à l’approbation des réformes.

 

 

  Matières premières

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Bien qu’en légère hausse sur la semaine, les prix du pétrole continuent d’évoluer autour des 45 dollars le baril, dans une fourchette plus large de 40 à 50 dollars le baril. De façon surprenante, les stocks de pétrole aux Etats-Unis étaient à nouveau en forte baisse sur la semaine, ce qui porte la baisse des inventaires à 22 millions de barils sur trois semaines. Cette donnée laisse penser que les statistiques de production hebdomadaire sont surestimées. De façon plus inquiétante, les signes de redémarrage des exportations de Libye (premier tanker à partir du port de Ras Lanouf depuis 2014) et du Nigéria se confirment, même si ces exportations doivent être confirmées dans la durée. Par ailleurs, les productions en provenance de Russie, d’Arabie Saoudite, d’Irak et d’Iran s’affichent à des niveaux les plus hauts, ce qui repousse le rééquilibrage du marché pétrolier.

Les discussions entre pays de l’OPEP la semaine prochaine (26-28 septembre) seront décisives pour l’évolution des cours du pétrole à court terme. Une absence de mesures concrètes conduirait à une correction vers les 40 dollars le baril. Une annonce de gel immédiat des productions reste très peu probable, mais les ministres pourraient annoncer un cadre de travail devant ouvrir la voie à un accord lors de la prochaine réunion officielle en novembre prochain.

Bien que largement attendue, la décision de la Réserve fédérale américaine de laisser ses taux inchangés en septembre a conduit à une baisse du dollar. Ces éléments conjugués ont bénéficié au cours de l’or, qui rebondit de plus de 2% sur la semaine pour venir s’établir à 1337 dollars l’once. Le marché s’attend toujours à une hausse de taux en décembre, mais nous pensons que le cours de l’or devrait également continuer de bénéficier, en 2017, d’une politique monétaire américaine relativement accommodante avec des hausses de taux très graduelles. De plus, le sujet du Brexit ré-émergera très certainement l’année prochaine, galvanisant ainsi la demande pour les actifs de protection comme le métal jaune. Notons par ailleurs les commentaires de Mario Draghi et de la banque d’Angleterre qui ont rappelé les incertitudes engendrées par le résultat du référendum sur la stabilité financière et la croissance en Europe.

 

 

  Dettes d'entreprises

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Crédit

Cette semaine, les investisseurs crédit avaient les yeux rivés sur les annonces de la Banque du Japon et de la Réserve fédérale américaine. La décision inattendue de la BoJ d'adopter une stratégie de « contrôle de la courbe des taux » et le statu quo sur les taux de la Fed les ont plutôt rassurés et ont permis à tous les compartiments du crédit corporate de reprendre pied. Les actifs à longue duration ont surperformé jeudi, dans un contexte simultané de baisse des taux et des spreads de crédit. Les indices Main s’établissent à 71 points de base et le Xover à 327 points de base, stables sur la semaine.

Le marché primaire est actif sur tous les compartiments obligataire. FNAC a émis 650 millions d’euros à 7 ans pour financer le rachat de Darty ; eDreams (agence de voyage en ligne, opérant par exemple le portail Opodo) a émis 435 millions d’euros d’obligations secured 8,5% 2021 ; le loueur automobile Avis a émis un 7 ans pour refinancer de la dette existante.

Casino a lancé une offre de rachat obligataire portant sur les souches de maturité août 2019, janvier 2023 et août 2026. Eurofins a relevé ses objectifs annuels 2016 et annonce un nouvel objectif préliminaire de 2,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour 2017.

Au chapitre des fusions et acquisitions, selon Bloomberg, le fonds Apollo s’intéresserait à nouveau à l’opérateur danois TDC, après avoir été éconduit une première fois l’été dernier. Par ailleurs, Telia réfléchirait également à une offre sur TDC si la proposition d’Apollo venait à déclencher un processus de cession. Nouveau volet dans le feuilleton Monte dei Paschi cette semaine. Des rumeurs de presse indiquent que la banque italienne pourrait solliciter une aide publique, ce que le gouvernement italien a démenti. Si ce soutien devait advenir, les dettes surbonnées de la banque italienne seraient concernées (bail-in).

Convertibles 

Cette semaine, il n’y a eu qu’une seule émission, le marché étant suspendu aux annonces de la Banque du Japon et du FOMC. Ubisoft, éditeur et développeur français de jeux vidéo, a placé avec succès une obligation convertible OCEANE de 400 millions d’euros avec un coupon zéro et à échéance 5 ans. Elle s’est échangée jusqu’à +2,5 points par rapport au niveau initial d’émission. Alors que le groupe a laissé entendre que cette émission était purement opportuniste, personne ne peut nier le fait qu’il pourrait s’agir d’une opération stratégique (empoisonnée?) une semaine avant l’assemblée annuelle des actionnaires, alors qu’il semble disposé à se battre contre Vivendi pour garder son indépendance. Dans le même temps, le fruit de l’émission sera utilisé pour les besoins plus larges de l’entreprise, des rachats de titres, le refinancement de la dette existante ou d’éventuelles acquisitions.

Aux Etats-Unis, Clovis Oncology (société de biotechnologie qui a récemment vu une nouvelle application acceptée pour son médicament utilisé dans le traitement du cancer des ovaires, le « rucaparib ») a gagné plus de 20% cette semaine sur des rumeurs d’OPA. Dans le même temps, ON Semiconductor a finalisé avec succès le rachat de Fairchild Semiconductor, le titre décollant de 7% cette semaine.

En Asie, le fabricant chinois de trains, CRRC Corporation, a signé un partenariat commercial et industriel avec Thales afin « d’explorer de nouveaux marchés » en Europe.


Achevé de rédiger le 23/09/2016

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