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L’économie mondiale navigue dans des eaux inexplorées

Banque privée - 20.04.2016

Mathilde Lemoine est intervenue lors du séminaire Friends of The Countryside à Genève. Selon la Group Chief Economist de Edmond de Rothschild, la crise de 2008 a provoqué une rupture durable pour l’économie mondiale. Elle s’attend néanmoins à une appréciation des actifs réels, en particulier immobiliers, sous l’impulsion des politiques monétaires et de l’incertitude qui en découle.

​« Il est très difficile de savoir où en est le cycle économique aujourd’hui. En effet, la crise est en partie conjoncturelle, en partie structurelle. Cela ne signifie pas que nous ayons perdu notre boussole d’analyse de la situation économique mondiale mais plutôt que nous sommes obligés de faire l’hypothèse de changements durables du rythme de croissance mondiale », a indiqué Mathilde Lemoine.


La chef économiste du groupe Edmond de Rothschild intervenait lors d’un séminaire organisé à Genève avec les Friends of The Countryside, une association de propriétaires terriens et d’entrepreneurs établis dans toute l’Europe. 

 
Après 8 ans de crise, il est très difficile, selon elle,  de continuer à espérer un retour au « monde d’avant ». Rien que la chute de l’investissement par exemple, a engendré un vieillissement du stock de capital dans le monde. Ainsi, le nombre de projets rentables est insuffisant pour anticiper un redémarrage rapide de l’investissement. C’est la thèse de la stagnation séculaire.

« Nouvelle donne »


Mathilde Lemoine a livré un premier point de repère, en indiquant qu’il fallait considérer la crise de 2008 comme une vraie phase de rupture avec la situation précédente  et ses conséquences comme une « nouvelle donne ».
L’économie mondiale souffre, selon elle,  d’une tendance  durable à l’affaiblissement de la croissance.  « Chaque année,  les investisseurs comme les gouvernements et les institutions internationales espèrent la reprise et sont déçus », a-t-elle souligné.


 

« Le monde d’avant crise est révolu. La productivité décline et le potentiel de croissance a été nettement revu à la baisse », a-t-elle ajouté, mentionnant notamment les effets du désendettement, de la révolution numérique qui change les habitudes de consommation et du changement de modèle chinois.  Les profits des entreprises subissent la même tendance déclinante.

 

Prévisions revues à la baisse
Preuve de l’excès d’optimisme des prévisions, le Fonds Monétaire International (FMI) ne cesse de revoir les siennes à la baisse depuis 2010. Cette semaine encore, l’institution a indiqué s’attendre à une croissance mondiale comprise entre 3,1% et 3,2% en 2016, contre 3,4% anticipés en janvier.
« Même la Réserve fédérale américaine est déçue  par la croissance du PIB tant dans le monde qu’aux Etats-Unis », a-t-elle ajouté. Par ailleurs, elle est gênée par la forte réactivité du dollar à ses mouvements de taux d’intérêt. Cela explique sa prudence et son attachement à une approche graduelle dans le cycle de resserrement monétaire, entamé en décembre dernier.

Mathilde Lemoine a souligné que les taux d’intérêts négatifs pratiqués actuellement par plusieurs banques centrales, notamment dans la zone euro, au Japon et en Suisse accentuaient cette impression de perte de repères.

Problèmes de valorisation


L’économiste estime que cette situation, qui résulte notamment d’un déficit d’investissement, d’un ralentissement de la productivité et d’une croissance nominale durablement faible, complique la valorisation des actifs.

Ces derniers sont en effet estimés à partir des cash flux futurs associés à ces actifs, en fonction d’un taux d’actualisation. « Nous ne sommes plus en mesure d’évaluer correctement le prix des actifs financiers », a-t-elle résumé. « Par ailleurs, les banques centrales sont désormais les acteurs des marchés obligataires et modifient ainsi considérablement le prix relatif des actifs », a-t-elle alerté.

Mathilde Lemoine considère que les politiques monétaires non conventionnelles risquent également de générer l’effet inverse à celui escompté en augmentant l’épargne de précaution des ménages pour compenser la faiblesse des rendements  et en réduisant par ricochet  leur consommation : « Les banquiers centraux n’ont aucune certitude quant aux résultats et à l’issue de cette politique d’un nouveau genre. »

Volatilité accrue

De même, la politique de la Banque Centrale Européenne (BCE) peut très bien inciter les gouvernements à  reporter des réformes structurelles qu’ils devraient pourtant prendre à bras le corps pour accroître la productivité et donc améliorer durablement les perspectives de croissance de moyen terme.


Si la politique monétaire génère une volatilité accrue, en raison d’un afflux important de liquidités, les actifs  devraient toutefois continuer, selon Mathilde Lemoine, à être influencée par les banquiers centraux. La Group Chief Economist s’attend notamment à la hausse des prix de l’immobilier et des terres agricoles, en raison d’une « ré-accélération » du crédit en Europe et aux Etats-Unis.

Dans ce contexte, Mathilde Lemoine recommande néanmoins une sélectivité accrue, orientée sur la capacité des gouvernements à accroître la productivité par des réformes structurelles et sur la capacité des entreprises à être « price maker » par l’innovation et l’investissement en capital humain.
 

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