​​

Quelles perspectives de croissance aux Etats-Unis en 2017-2018 ?

Banque privée - 19.01.2017

En bref
  • Après une année 2016 décevante, l’élection de D. Trump a redressé les anticipations de croissance et d’inflation…
  • … qui pourraient toutes deux accélérer à 2.0 % en 2017 et continuer leur progression en 2018, selon nos prévisions
  • L’incertitude reste cependant très élevée, car le nouveau Président a laissé entendre une politique commerciale protectionniste

La nomination de D. Trump comme 45e Président des États-Unis, le 8 novembre 2016, fut perçue comme un séisme pour certains et comme une délivrance pour d’autres. Alors que l’économie américaine a déçu en 2016, la volonté de l’élu de restituer au pays sa « grandeur d’autrefois » a renforcé les perspectives d’accélération de la croissance et de l’inflation pour 2017 et 2018. Lisa Turk, Economiste chez Edmond de Rothschild, partage nos perspectives pour 2017-2018 aux Etats-Unis.

Toutefois, l’environnement économique dans lequel il mettra en place sa politique fiscale et budgétaire expansionniste est celui d’une économie qui arrive en haut de cycle, d’un marché du travail proche du plein-emploi, et d’une inflation non loin des 2 % ciblés par la Réserve fédérale (Fed). Les effets sur la croissance seront donc moins importants que si l’économie américaine était en récession. En conséquence, nous anticipons une progression modeste du PIB, de 2.0 % et de 2.3 % en 2017 et 2018, mais également des prix à la consommation de 2.0 % et de 2.2 % respectivement.

Les effets de la politique fiscale et budgétaire de Donald Trump sur la croissance seront moins importants que si l’économie américaine était en récession.



Par ailleurs, le resserrement des conditions financières, avec notamment la hausse du dollar et des taux d’emprunt, observé depuis l’été 2016, pourrait peser sur la croissance au premier semestre de 2017. Les effets positifs des baisses d’impôts et de l’accroissement des dépenses budgétaires, qui pourraient selon nos calculs générer 0.5 point de pourcentage de croissance annuelle supplémentaire en 2017, devraient ensuite venir compenser ces effets négatifs dès le second semestre.

Les entreprises feront partie des principaux bénéficiaires. D. Trump propose de réduire les impôts sur les sociétés de 35 % à 15 % et le Congrès républicain devrait le soutenir dans cette démarche bien qu’il propose une réduction moins importante (20-25 %). En 2017, la croissance devrait donc avant tout être stimulée par des investissements fixes et un restockage des entreprises. Si la stabilisation des prix du pétrole se confirme, elle permettra également aux entreprises du secteur énergétique de reprendre leur activité et d’investir davantage en machines et équipements. D’après nos hypothèses, un programme en infrastructure basé sur des incitations publiques et visant à obtenir USD 50 milliards de financement privé par an, pourrait être mis en place et stimuler l’investissement dès le 4e trimestre 2017 et en 2018. Néanmoins, le faible taux d’utilisation des capacités et la récente remontée des rendements obligataires pourraient restreindre l’investissement des entreprises. Les ménages aussi seront touchés par un coût d’emprunt plus important et l’investissement résidentiel, particulièrement sensible aux mouvements des taux longs, pourrait ainsi constater un léger recul à court terme.

Les autres bénéficiaires de l’allègement fiscal seront les ménages dont l’impôt pourrait passer d’une moyenne de 20 % à environ 15 %. Si l’on considère l’hypothèse que 25 % des économies d’impôts sont dépensés en biens de consommation, les croissances de la consommation et du PIB pourraient accélérer de respectivement 0,35 et 0,25 point de pourcentage supplémentaire en 2017 selon nos calculs1. Toutefois, l’économie américaine étant proche du haut de son cycle, l’effet sera inférieur.

Au total, nous considérons que la consommation progressera de 2.3 % en 2017 et de 2.4 % 2018.



Les deux autres entraves à une accélération trop importante de la consommation sont d’une part l’augmentation de l’inflation qui pourrait réduire le pouvoir d’achat des consommateurs et d’autre part la récente hausse des taux d’emprunt qui pourrait décourager les ménages à emprunter. Au total, nous considérons que la consommation progressera de 2.3 % en 2017 et de 2.4 % 2018.

Dans l’ensemble, si cette relance est appliquée, elle permettra aux entreprises de créer davantage d’emplois. En matière de chômage, le taux pourrait continuer à osciller autour de 4.9 %, notamment parce que les créations d’emploi pourraient permettre à certaines personnes de réintégrer la population active. Des forces structurelles pourraient cependant maintenir un taux de participation à la population active bas. Si la demande de travail augmente, mais que l’offre ne suit pas, la pression haussière sur les salaires pourrait être conséquente en 2017.

2.0%
Progression du PIB en 2017

L’accélération de la croissance et la hausse des salaires soutiendront l’inflation qui devrait progresser de 2.0 % en 2017. Malgré la force du dollar qui limitera une accélération trop importante de l’inflation, en raison d’une modération des prix des biens importés, la Fed devrait tout de même être contrainte de resserrer sa politique monétaire. Nous prévoyons ainsi une hausse de taux Fed Funds en décembre 2016, suivie de deux hausses en 2017. Le resserrement monétaire que nous anticipons maintient les pressions haussières sur le dollar, avec l’EUR/USD à 1.05 d’ici fin 2017.

Les perspectives de croissance favorables devraient également permettre aux anticipations d’inflation de rester élevées et amener les rendements à 10 ans autour de 2.50 % d’ici fin 2017.

 

Notre scénario actuel ne prend pas en compte les mesures proposées par D. Trump lors de sa campagne en matière de commerce international et d’immigration.

L’incertitude quant à la mise en oeuvre de ces mesures reste trop élevée. Toutefois, les exportations devraient continuer de souffrir d’un dollar fort, surtout en début d’année 2017. La hausse des importations, qui devrait se manifester dès le second semestre grâce à une demande domestique stimulée par la baisse d’impôts et par la hausse du dollar, creusera le déficit de la balance commerciale.

Les incertitudes exceptionnelles, qui résident autour de l’exécution du programme de D. Trump, augmentent considérablement les risques de notre scénario.

  • Le creusement du déficit budgétaire résultant des baisses d’impôts et des hausses de dépenses publiques pourrait induire une remontée des rendements longs, voire même une défiance des investisseurs.
  • Si D. Trump venait à mettre en place une taxe de 10 % exceptionnelle sur le rapatriement de profits réalisés et stockés à l’étranger, les pressions haussières sur le dollar pourraient se renforcer fortement et engendrer un recul des exportations.
  • Si les mesures mises en place étaient plus modestes qu’annoncé, les perspectives de croissance et d’inflation pourraient retomber. La baisse des anticipations d’inflation pourrait alors être à l’origine de mouvements baissiers sur les rendements obligataires. À l’inverse, un stimulus budgétaire plus important qu’anticipé pourrait pousser à la hausse l’inflation et provoquer davantage de resserrement monétaire.
  • Les mesures que D. Trump prendra en matière de commerce international peuvent représenter un risque pour la stabilité domestique et internationale et pourraient engendrer une récession mondiale.

Notre scénario d’accélération modeste de la croissance est basé sur les hypothèses considérées à nos yeux comme les plus solides en l’état actuel de nos connaissances. Mais au vu des incertitudes qui résident, l’éventail de scénarios envisageables est large, le pire scénario étant une récession mondiale et le meilleur une croissance autour de 3-4 %.

Consensus | Note : les rendements d’obligations souveraines sont en moyenne pour les données annuelles et en fin de période pour les données trimestrielles.

 

 
Nos estimations sont basées sur les hypothèses du Committee for a Responsible Budget qui évalue la baisse des impôts proposée par D. Trump à USD 1’650 milliards sur les 10 prochaines années.