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Private equity et responsabilité sociale

Dans la presse - 27.04.2017

La banquière Ariane de Rothschild et le spécialiste Johnny El Hachem veulent rendre plus accessibles leurs investissements en entreprises non cotées et en actifs réels. Ils dévoilent leur philosophie.

La vision du groupe dans ce domaine est peu liée aux phénomènes de mode. Celle-ci s’imprègne des valeurs chères aux actionnaires, à savoir la nécessité d’avoir un impact social et environnemental. Et la famille actionnaire investit toujours dans les fonds proposés aux clients afin d’être alignées sur leurs intérêts.

Ariane de Rothschild, directrice du comité exécutif du Groupe Edmond de Rothschild, apprécie une vision authentique du private equity, qui remonte aux sources tangibles de la valeur, et basée sur des convictions. « Nous n’avons pas une vision de deal pur, mais visons  à avoir un impact social et environnemental», souligne-t-elle lors d’une récente conférence au château de Pregny (GE). Ayant grandi en Afrique, elle privilégie les investissements dans ce continent, ciblant des entreprises de petite et moyenne taille à haut potentiel de croissance.

Johnny El Hachem, CEO d’Edmond de Rothschild Private Equity, indique que ce développement a commencé il y a 15 ans. « La banque était pionnière sur la place de Genève. Le cadre réglementaire a, depuis, considérablement changé, et nous nous félicitons que nos actionnaires nous aient poussés à anticiper et à proposer un contenu à haute valeur ajoutée ». La stratégie private equity de la banque « consiste à s’associer avec des personnes qui ont un vrai savoir-faire industriel, tandis que nous avons le savoir-faire financier, résume Johnny El Hachem. Sans eux, nous ne serions pas créateurs de valeur ». Ce ne sont donc pas d’anciennes équipes de gérants de hedge funds qui ont été reconverties en gérants de private equity, comme c’est souvent le cas dans l’industrie financière, mais ce sont ici des praticiens de l’industrie avec qui le Groupe s’est associé pour leur connaissance du terrain.

Le risque politique pris en compte

Au fil des ans, la banque a développé un univers d’investissements en entreprises d’Afrique sub-saharienne (via le fonds Amethis) , infrastructures paneuropéennes  (via le fonds Tiic), dépollution des sols (via le fonds Ginkgo), agro forestry (via le fonds Moringa axé sur l’Afrique et l’Amérique latine), hôtellerie (via le fonds AINA axé sur l’Europe) et met aujourd’hui l’accent sur la zone andine (Pérou, Chili, Colombie) et défriche de nouveaux domaines tels que l’efficience énergétique et  le traitement des eaux et des déchets au niveau industriel. Dans un projet d’efficience énergétique ou de traitement des déchets, des agences de développement et des banques paraétatiques co-investissent avec la banque, de même que des investisseurs industriels (sans conflits d’intérêts) qui apportent une valeur ajoutée dans le montage.

Johnny El Hachem estime que la banque a vu juste en se positionnant, très tôt, sur les actifs réels, les marchés en devenir, l’investissement direct dans les pays émergents et l’accompagnement des petites entreprises.
Aujourd’hui, ajoute-t-il, il n’y a jamais eu autant d’argent prêt à s’investir dans le private equity globalement. Il cite le chiffre de 588 milliards de dollars levés en 2016 sur l’ensemble des thématiques private equity, selon le consultant Bain & Co. Au total, ce sont 1660 milliards qui sont disponibles aux mains des gérants pour s’investir en général dans le private equity. « Avec les taux d’intérêt zéro, les consciences s’éveillent aux mérites des actifs réels », observe-t-il. 

Avec le fonds africain Améthis que le Groupe a lancé en association avec deux gérants expérimentés, Luc Rigouzzo et Laurent Demey, la banque a été la première à entrer sur ce marché. « Le choix de pays très dépendants en matières premières tels que les pays miniers et pétroliers a été exclu », explique Luc Rigouzzo, associé-gérant du fonds, qui a plus de 30 ans d’expérience dans l’investissement dans des entreprises africaines. « Nous avons été attentifs à ne pas rentrer dans des pays à haut risque politique », poursuit-il. Le fonds a privilégié un groupe de pays très diversifiés, qui croissent toujours à 6%, dont les monnaies s’apprécient et où 70% de l’économie est constituée par le tissu entrepreneurial des PME locales. « Moins de 700 groupes en Afrique ont un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard de dollars, c’est un continent besogneux. Les entreprises de taille moyenne sont aussi moins exposées au risque politique », conclut Luc Rigouzzo. La banque a par ailleurs participé à des projets d’infrastructure en Afrique, à travers sa plateforme Bridge, en se positionnement sur la construction d’une autoroute à péage au Sénégal.

L’impact social est environnemental est un objectif important pour le fonds Agro forestry, Moringa et Ginkgo (dépollution des sols). En France, Ginkgo a participé à la réhabilitation du cœur de Lyon, en dépolluant des terrains. « Ces idées, on les retrouve dans tous ces fonds», souligne Ariane de Rothschild. La banque mène une réflexion continue pour le lancement de nouveaux millésimes de fonds comme Amethis et Aina.

Et la rentabilité ?
Est-ce à dire que ces investissements visant un impact renoncent à être rentable s? Pas dans ce cas. Le rendement espéré des projets à fort impact social et environnemental, selon Johnny El Hachem, est de 20%. « Il faut compter une période de déploiement des investissements de 4 à 5 ans, puis 9 à 10 ans pour le remboursement total ». Il conseille une part de private equity de 20% dans le portefeuille des investisseurs.

 

Article paru dans Bilan, le 26 avril 2017

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