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L'adéquation de la gouvernance de placement au taux technique de 2.25%

Dans la presse - 27.02.2017

Ce taux d'escompte utilisé pour le calcul des capitaux de prévoyance atteint un niveau sans précédent impactant directement la gestion de type OPP2.

Le 30 septembre 2016, la communication officielle par la Chambre Suisse des experts en caisses de pensions (CSEP) d'un abaissement de 0,5% du taux technique de référence utilisé par les caisses de pensions a un double impact pour la prévoyance professionnelle. D'une part, ce taux d'escompte abaissé désormais à 2.25% provoque, par corollaire, une valorisation à la baisse de la valeur des prestations vieillesse des institutions de prévoyance. Ce premier constat, soulignons-le, n'est pas réjouissant pour les cotisants actuels et futurs bénéficiaires de prestations issues de la prévoyance professionnelle. Un niveau de référence à 2.25% provoque d'autre part une remise en question de l'allocation des actifs pour l'exécution de stratégies de placement utilisées dans la gestion de fortune institutionnelle. Ce niveau sans précédent se rapproche "fatalement" du taux des 2% que certains actuaires, en 2007, préconisaient voire prédisaient déjà. A l'époque, ce niveau paraissait pourtant inconcevable tant il semblait éloigné des 4.5% qui se pratiquaient alors.

Une décennie plus tard, le franchissement du seuil des 2%, le 30 septembre prochain, paraît désormais acquis et ce taux est considéré comme presque normal pour contribuer à la pérennisation du financement des prestations vieillesse du 2e pilier. Avec un taux technique inférieur à 2%, certains bénéficiaires de la prévoyance professionnelle commencent à se demander, non sans une certaine légitimité, s’il est toujours vraiment nécessaire de maintenir un système de gestion de fortune collectif et solidaire de leur épargne de prévoyance. Sans forcément le vouloir, ces personnes donnent des arguments aux détracteurs du 2e pilier, favorables à son abandon pour le remplacer par une prévoyance purement étatique ou individuelle. Certes, la tendance à la baisse du taux technique pourrait être relativement durable ; toutefois le postulat que ces mêmes personnes font d'un taux d'intérêt éternellement bas n'est tout simplement pas réaliste.

Un changement de mentalité doit être adopté sans plus tarder par l'ensemble des acteurs financiers du 2e pilier.



Dans ce contexte, les prestataires bancaires et financiers actifs sur le marché du 2e pilier se doivent de reconsidérer leurs approches, non seulement en termes de méthodologie mais également en termes de philosophie de placement. Ces gestionnaires de fortune qui gèrent l'épargne issue de la prévoyance professionnelle et individuelle doivent-ils redéfinir à court terme systématiquement leur grille d'allocation d’actifs lors de chaque nouveau changement des paramètres techniques du 2e pilier ? Avec un taux d'escompte aussi bas et qui pourrait se situer sur ces niveaux pour quelques années encore, la manière de gérer et d'administrer les capitaux issus de la prévoyance professionnelle se rapproche désormais plus de la notion de gouvernance que de la notion "traditionnelle" d'allocation des actifs.

Avec un rapprochement du taux d'intérêt minimum LPP actuellement à 1% avec celui du taux d'intérêt technique que certains prédisent prochainement à 1.75%, la contribution effective de la gestion de fortune au système de financement par la capitalisation va devenir au fil du temps toujours plus difficile à valoriser pour les destinataires de la prévoyance que nous sommes finalement tous. C’est pourquoi, dans le contexte très particulier de la gestion de fortune institutionnelle que nous vivons, un changement de mentalité doit être adopté sans plus tarder par l'ensemble des acteurs financiers du 2e pilier. Savoir démontrer la pertinence d'une gouvernance de placement adaptée à la réalité du taux technique en vigueur sera bientôt la seule valeur ajoutée qu'un gestionnaire de fortune pourra sur le long terme véritablement faire valoir.

 

 

 

Par Alexandre Michellod, CAIA, Spécialiste de la prévoyance en faveur du personnel avec brevet fédéral. Paru dans l'Agefi Indices le 27 février 2017.