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Hausse de l’inflation américaine suite à l’ouragan Harvey, rebond des PMI en Inde

L'hebdo des économistes - 17.10.2017

En bref
  • Hausse de l’inflation américaine suite à l’ouragan Harvey, rebond des PMI en Inde
  • Focus Etats-Unis : Le cycle économique devrait se poursuivre en 2018

Analyses de Lisa Turk, Economiste Etats-Unis et François Léonet, Economiste Marchés Emergents au sein de la Recherche Economique d’Edmond de Rothschild
  • L’accélération de l’inflation américaine à 2.2% en septembre est principalement due à la hausse de 10.6% des prix de l’essence à la pompe sur la même période, contrecoup de l’ouragan Harvey
  • L’inflation sous-jacente est restée stable à 1.7%. Nous anticipons qu’elle devrait ré-accélérer légèrement durant les prochains mois, confortant notre prévision d’une hausse de taux Fed funds en décembre
  • En Inde, les indicateurs avancés sont de retour en zone d’expansion économique, tendant à confirmer le caractère temporaire du choc lié à l’introduction de la taxe sur les biens et services

Aux Etats-Unis, l’accélération de l’indice des prix de 1.9% en août à 2.2% en septembre est presque entièrement attribuable à l’accroissement des prix du carburant à la pompe. Ceux-ci se sont accrus de 10.6% sur cette période, suite aux ouragans Harvey et Irma. Si l’inflation sous-jacente est restée stable à 1.7%, nous anticipons qu’elle devrait légèrement accélérer au cours des prochains mois. Non seulement, les tensions sur le marché du travail s’intensifient, mais en plus, l’accroissement des prix importés suite à la dépréciation du dollar et l’accélération des prix à la production sont des facteurs supplémentaires qui devraient venir exercer des pressions haussières sur l’inflation sous-jacente. Malgré une inflation sous-jacente stable depuis cinq mois, les contrats Fed funds futures indiquent, au 16 octobre, une probabilité de 76.7% d’une hausse de 25 points de base de son taux directeurs par la Réserve fédérale en décembre, en ligne avec notre prévision.

En Inde, les indicateurs avancés PMI – tant pour le secteur manufacturier que celui des services – enregistrent des évolutions encourageantes, dans la lignée des développements observés en août. L’indicateur manufacturier demeure inchangé à 51.2 tandis que celui lié au secteur des services rebondit de 47.5 à 50.7, s’établissant donc en territoire d’expansion économique. Ce rebond est porté par les composantes de l’emploi ainsi que celles liées aux perspectives d’activité. Ces chiffres, auxquels s’ajoute le maintien par la Reserve Bank of India de taux directeurs inchangés à 6% après la baisse de 0.25% opérée en août, tendent à confirmer le caractère temporaire du choc négatif porté à l’activité domestique par l’introduction début juillet de la taxe sur les biens et les services (Goods & Services Tax ou GST). La normalisation de l’activité indienne devrait se poursuivre ces prochains trimestres, de manière graduelle ainsi que le suggèrent les indicateurs avancés qui figurent encore sous les niveaux qu’ils occupaient avant l’introduction de la taxe GST et, de manière plus prononcée, sous les niveaux précédant la démonétisation de fin 2016.

Lisa Turk, Economiste, Etats-Unis et François Léonet, Economiste, Marchés Emergents

 

Focus Etats-Unis : Le cycle économique devrait se poursuivre en 2018

Au cours de la période récente, plusieurs indicateurs ont attisé les inquiétudes quant au risque de récession aux Etats-Unis, compte tenu de la similitude de leurs dynamiques avec celles observées lors des fins de cycles précédents. Notamment, le marché du travail américain est en situation de plein-emploi avec un chômage à 4.2%, un plus bas en près de 17 ans ; les ventes automobiles sont en baisse depuis le début de 2017 ; l’endettement des entreprises non-financières est à un plus haut historique - à 72% du PIB - et la croissance du crédit aux entreprises a commencé à ralentir en début d’année. En dépit de ces signes traditionnellement associés à une fin de cycle, d’autres éléments nous amènent toutefois à anticiper une poursuite de l’accélération de la croissance en 2017-2018. La croissance de la consommation est bien orientée et la situation financière des ménages reste saine, le marché immobilier résiste et la politique monétaire n’est pas restrictive. Le taux Fed funds réel, c’est-à-dire corrigé de l’inflation, est en effet encore négatif. De plus, la récente dépréciation du dollar et les perspectives de baisses d’impôts pourraient représenter un soutien supplémentaire à la croissance américaine en 2018, que nous anticipons à 2.5%.

Certains signaux, identifiés lors de précédentes fins de cycle, ont été observés : la maturité du marché du travail, l’endettement élevé des entreprises et la chute des ventes automobiles

  • Aux Etats-Unis, le plein-emploi est atteint depuis le dernier trimestre 2016 d’après le Congressional Budget Office. Le chômage a atteint 4.2% en septembre 2017 et le sous-emploi, qui compte les chômeurs découragés et les employés à temps partiel pour des raisons économiques, est passé de 9.4% en janvier à 8.3% en septembre 2017. Les capacités excédentaires sur le marché du travail se sont donc fortement réduites cette année. Par ailleurs, les ouvertures de postes continuent d’augmenter et plus de 50% des petites entreprises ont des difficultés à trouver des candidats qualifiés, un plus haut historique. Ainsi, le marché du travail se rapproche de niveaux habituellement observés lorsqu’une économie se rapproche de la fin de son cycle.
  • Ensuite, les niveaux d’endettement des entreprises non-financières ont largement dépassé les niveaux d’avant-crise. Leur dette a atteint USD 13’909 milliards au 2ème trimestre 2017 et représente 72.3% du PIB, contre un plus haut historique de 73.7% lors de la crise financière. Si le récent ralentissement de la croissance du crédit bancaire aux entreprises a pu inquiéter en tant que signal de repli économique, notre analyse montre que celle-ci pourrait, au contraire, ré-accélérer dans les prochains mois. Non seulement les conditions d’octroi de crédit de la part des banques se sont assouplies au 2ème trimestre 2017 pour les prêts industriels et commerciaux, mais en plus, le récent rebond de l’investissement des entreprises pourrait stimuler le crédit. Les ratios d’endettement des entreprises n’en restent pas moins élevés et la capacité des entreprises à emprunter pourrait être limitée d’ici quelques trimestres, ce qui pourrait peser sur l’investissement. 
  • Enfin, la forte baisse des ventes automobiles a inquiété quant aux perspectives de consommation. Cependant, la baisse du nombre de véhicules vendus devrait pour l’instant être perçue comme un retour à la normale suite à un excès de ventes. En effet, 17.5 millions de ventes ont été effectuées en 2016, un plus haut historique. Les conditions de crédit particulièrement souples ont poussé les ménages, même peu solvables, à contracter des prêts automobiles. Alors que les retards de paiement s’accroissent, les banques durcissent aujourd’hui les conditions d’octroi de crédit pour les prêts automobiles, ce qui a des retombées négatives sur ce même marché.

Cependant, certains facteurs de soutien à la croissance demeurent : une croissance de la consommation en hausse et une situation financière des ménages américains saine, des conditions monétaires accommodantes et une confiance élevée sur le marché immobilier

  • Si la croissance de la consommation est restée stable au premier semestre 2017, nous anticipons un léger accroissement de celle-ci au deuxième semestre et en 2018. En effet, le plein-emploi est atteint, les salaires accélèrent modérément, les pressions inflationnistes sont faibles et l’endettement des ménages en pourcentage de leur revenu disponible est largement inférieur à son niveau d’avant-crise. Les salaires nominaux ont accéléré à 2.9% en glissement annuel en septembre et la dynamique devrait rester à l’amélioration, au vu de la situation du marché de l’emploi. En outre, l’inflation sous-jacente reste contenue. Si nous anticipons qu’elle ré-accélère légèrement d’ici la fin de l’année, portée par un accroissement des prix à la production et une hausse des prix à l’importation suivant la dépréciation de 8% du dollar depuis le début de l’année, la hausse de l’inflation devrait rester maîtrisée. En conséquence, les salaires réels des ménages ne devraient pas connaître de forte détérioration. Enfin, l’endettement des ménages, à USD 14'855 milliards, reste inférieur à ses niveaux d’avant-crise en relatif: il représente 103.8% du revenu disponible des ménages (contre 132.2% début 2008, et 77.1% du PIB (contre 97.5% début 2008), un plus bas depuis la crise.
  • Les conditions monétaires ne sont pas restrictives : le taux Fed funds réel reste négatif, à -0.54% en septembre 2017. Ce niveau est nettement inférieur au taux neutre de long terme estimé par la Fed à 0.75%. Par ailleurs, dans la mesure où nous anticipons une remontée des taux Fed funds graduelle, la courbe des taux devrait s’aplatir progressivement sans pour autant s’inverser. Nous maintenons notre prévision d’un rendement Treasury 2 ans à 2.10% et d’un rendement Treasury 10 ans à 2.85% à la fin du premier semestre 2018.
  • Malgré un ralentissement de la croissance des constructions au cours de trois dernières années, le prix des maisons se maintient à des niveaux élevés, les indices de confiance sont bien orientés et les retards de paiement continuent de baisser. Le marché immobilier reste bien orienté.

Implications

  • La maturité du marché du travail et l’endettement élevé des entreprises non-financières figurent à des niveaux similaires à ce qui a été observé historiquement avant des fins de cycles.
  • Cependant, de nombreux indicateurs économiques n’ont pas encore atteint un niveau équivalent à l’achèvement d’un cycle, diminuant la probabilité d’une récession à horizon 2017-2018.
  • La dynamique de consommation est bien orientée. Les salaires accélèrent modérément, les pressions inflationnistes sont faibles et la situation financière des ménages est bonne. De plus, les conditions monétaires restent accommodantes et la confiance sur le marché immobilier est élevée.
  • Si la mise en place des baisses d’impôts risque d’être décalée au deuxième trimestre 2018, l’accroissement des exportations suite à la dépréciation du dollar devrait soutenir la croissance début 2018. Nous anticipons que la croissance du PIB atteigne 2.1% en 2017 et accélère à 2.5% l’année prochaine.

Lisa Turk, Economiste, Etats-Unis

 


 

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