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Zone Euro : la BCE n’hésitera pas à agir davantage

Regards et perspectives économiques - 29.02.2016

La croissance économique s’installe en Zone Euro. Nos estimations économétriques nous permettent d’anticiper une progression annuelle du Produit Intérieur Brut (PIB) de 1.8% en 2016, après 1.5% l’an dernier et 0.9% en 2014 (cf. graphique de gauche).

​En 2017, il est fort probable que la croissance fléchisse quelque peu. Rien de dramatique. Cette dernière ne peut tout simplement pas rester durablement au-dessus de son potentiel de long terme, à savoir 1.2%.

 

 

Si tout va mieux en Zone Euro, pourquoi la Banque Centrale Européenne (BCE), présidée par Mario Draghi, envisage-t-elle d’assouplir sa politique monétaire le 10 mars prochain ? Il existe quatre principales raisons à cette attente.

La première, la moins avouable, est que les agents économiques souffrent d’addiction envers les politiques monétaires ultra-accommodantes, y compris celle de la BCE. En imprimant une grande quantité de monnaie, les banques centrales parviennent à abaisser le coût du crédit et à soutenir les marchés immobiliers, obligataires et boursiers, en permettant la formation de bulles de liquidités.


La deuxième raison, beaucoup plus raisonnable, provient du fait qu’un Quantitative Easing n’est efficace que s’il dure suffisamment longtemps pour relancer structurellement la demande. Celui de la Réserve Fédérale américaine, par exemple, a duré six ans. Nous en sommes à un peu plus d’un an seulement en Zone Euro (cf. graphique de gauche).

 

 

La troisième raison est liée au risque déflationniste qui persiste. Les prix ne progressent plus depuis plus de deux ans (cf. graphique de droite en page précédente) et l’appréciation passagère de l’euro a rendu les importations moins onéreuses encore. Mario Draghi et les gouverneurs de la BCE souhaitent absolument éviter une situation où l’économie se trouverait aux frontières de la déflation. Cette quasi-stagnation des prix, le Fonds Monétaire International (FMI) la nomme "lowflation". Elle désigne une situation inconfortable où l’inflation reste positive mais très faible durant plusieurs années, et où les anticipations d’inflation peuvent s’écarter des cibles officielles, ce qui est actuellement le cas en Zone Euro (cf. graphique de droite).


Quatrièmement, à moyen terme, la BCE devra agir en réaction aux décisions de la Fed. Si les autorités monétaires américaines décident d’augmenter leur taux directeur cette année, elles risquent de favoriser le rebond des rendements obligataires partout dans le monde. Cela peut sembler impossible actuellement… et pourtant, la probabilité est loin d’être nulle. Pour éviter un effet de contagion sur la courbe des taux européens, la BCE devra délivrer un message clair démontrant qu’elle est prête à acheter plus longtemps et en plus grande quantité des obligations libellées en euros.


Pour toutes ces raisons, la BCE assouplira sa politique monétaire le 10 mars prochain. Les gouverneurs n’ont plus qu’à décider jusqu’où porter les taux de dépôt en territoire négatif et jusqu’où abaisser la qualité des papiers acceptés comme garantie. Il leur restera également à choisir comment accentuer l’assouplissement quantitatif : en modifiant la durée du programme ou les montants mensuels engagés. La mise en place d’un programme de rachat d’actifs "illimité", à l’image de celui de la Fed en 2012 et dont l’issue serait conditionnée par la réalisation d’un objectif précis, comme un taux d’inflation supérieure à 2% par exemple, correspondrait à une action extrêmement musclée et efficace. Les investisseurs en seraient ravis. Ce point doit être guetté de très près. Sous cette hypothèse, les acteurs économiques disposeraient d’une visibilité suffisante pour que l’activité économique s’accélère et que le chômage recule davantage (cf. Hebdo 18 janvier 2016).