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Etats-Unis : Fed – pourquoi le statu quo ?

Analyse de marché - 21.03.2016

Si la Réserve Fédérale (Fed) a confirmé lors de son dernier « Federal Open Market Committee » (FOMC) que les derniers chiffres économiques, notamment ceux de l’inflation et du marché de l’emploi, étaient très satisfaisants, elle a néanmoins décidé de garder ses taux inchangés.

​N’avait-elle donc pas prétendu adapter son processus de normalisation de manière « data-dependent », c’est-à-dire selon la bonne ou mauvaise évolution des données économiques américaines ? Ci-dessous quelques éléments sur lesquels reposent la récente décision très « dovish » de la Fed :

 

1 – La raison principale pour le statu quo de la politique monétaire de la Fed est « la dégradation de l'environnement global économique et financier » et les risques y associés. La baisse de la croissance mondiale ainsi que le resserrement des conditions de crédit via la hausse des spreads sont des arguments qui ont été mis en avant à plusieurs reprises lors de la conférence de presse. Mais Madame Yellen a également précisé qu'elle continuait à être influencée par les données décevantes des anticipations d'inflation. Il s'agit d'anticipations déduites des TIPS (Treasury Inflation-Protected Securities), une mesure qui est loin d'être parfaite dû au fait qu'elle inclut un biais lié aux primes de risque et de liquidité.

 

2 –  Une raison moins officielle est que la Fed semble prendre en compte les décisions de ses banques centrales consœurs avant d'agir. Si Madame Yellen a pris soin de préciser que la politique monétaire de la Fed était libre de diverger des politiques monétaires étrangères, un lien avec les autres banques centrales de la planète existe sans aucun doute. Historiquement, ces dernières agissaient en fonction de la Fed, aujourd'hui la relation s'est inversée. Les politiques accommodantes menées par la majorité des banques centrales renforcent le dollar. Or, si la Fed avait augmenté ses taux directeurs, elle aurait risqué une appréciation encore plus vigoureuse du billet vert, pénalisant davantage son économie.

 

3 – Ensuite, la Fed a préféré être trop prudente que pas assez, au risque d'être en retard sur le cycle économique (« behind the curve »). La révision à la baisse des prévisions de croissance de 2.4% à 2.2%, ainsi que de l'inflation de 1.6% à 1.2% pour 2016 par la Fed a certainement pesé dans la balance. Mais curieusement, le comité n'a pas su évaluer d'un commun accord si le risque sur les perspectives de croissance était équilibré ou s'il avait diminué. L'explication lors de la conférence de presse était confuse, ce qui prouve que l'incertitude était élevée au sein du FOMC. Dans ce contexte, la Fed a donc fait le choix d'avantager une politique monétaire trop souple, quitte à remonter les taux plus rapidement ultérieurement, plutôt que de durcir sa politique de façon soutenue et de risquer d'effacer la bonne performance de l'économie américaine.

 

4 – Finalement, la Fed souhaitait réconcilier les attentes hétérogènes de tous les acteurs économiques: le marché, les économistes, la Fed. Rappelons qu'avant la réunion du 16 mars, le marché ne s'attendait à aucune hausse de taux en 2016, le consensus des économistes à 2 hausses de taux et les anticipations des membres du FOMC annonçaient 4 hausses de taux. Les anticipations des gouverneurs de la Fed sont tombées aujourd'hui à 2 hausses de taux de 25bp correspondant à un taux de 0.875% pour cette année (cf. graphiques ci-dessus). Madame Yellen et son équipe ont réussi à manœuvrer les attentes de tous les acteurs avec brio.

 

L'annonce de la Fed a été saluée par les investisseurs. Le dollar a chuté, offrant un moment de répit à l'économie américaine et ses exportations. Les taux souverains courts et longs sont tombés encore davantage. Les bourses émergentes ont regagné du terrain (cf. graphiques ci-dessous). La Fed est donc parvenue à garder ses taux inchangés tout en assurant que cela n'était pas dû à une quelconque mauvaise évolution de l'économie américaine, annonce qui au contraire aurait stressé les marchés.

 

En conclusion,

  • Selon nous, ce comité du 16 mars représente un tournant important dans la stratégie de la Fed. Dans les mois à venir, l'évolution des marchés et des économies internationales influenceront davantage les actions de la Fed que les données économiques domestiques.

 

  • Une stabilisation de la croissance mondiale et une bonne évolution des données américaines devrait toutefois permettre à la Fed de poursuivre sa politique de resserrement.

     
  • Cela signifie que la dépréciation du dollar, due au côté très dovish du dernier FOMC, ne pourrait être que temporaire.