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Russie : le pétrole ne fait pas tout

Regards et perspectives économiques - 21.03.2016

Avec une part significative des profits des entreprises dérivée de l’industrie énergétique, la santé de l’économie russe est chevillée à l’évolution des cours pétroliers.

Peut-on pour autant en conclure qu'un rebond de l'or noir se traduit nécessairement par une embellie des perspectives macroéconomiques russes ? La réalité est plus complexe qu'il n'y paraît. 

Passée l'ivresse du boom émergent de la dernière décennie, le mal de crâne s'est emparé des grands exportateurs de matières premières subitement privés de relais de croissance. Alors louée pour sa vigueur, l'économie russe n'attire généralement plus que des investisseurs désireux d'être exposés au cycle pétrolier, sans considération aucune pour le potentiel économique sous-jacent du pays. Cette défiance se matérialise par l'évolution de la croissance potentielle du Produit Intérieur Brut, tombée de 7% avant la crise financière à environ 1% ce jour (graphique de gauche). La migraine est d'autant plus forte que les piliers de la consommation privée et de l'investissement affrontent des défis structurels.

 

S'il est vrai que les sanctions internationales frappant les importations russes ont pour avantage de stimuler une production domestique de substitution, les effets positifs restent contenus. La persistance d'une inflation élevée rogne les salaires réels lesquels plombent le développement de la consommation privée (cf. graphique de droite). Les mécanismes de redistribution de la rente pétrolière ne parviennent pas à compenser durablement la contraction du revenu disponible. L'assujettissement des revenus budgétaires aux prix pétroliers réduit bien sûr la marge de manœuvre du gouvernement tandis que le système des pensions – le canal de redistribution historiquement privilégié – s'avère peu efficient en plus d'être onéreux (cf. graphique ci-dessous). 

 

L'évolution démographique et ses implications économiques n'arrangeront pas les choses. Le vieillissement de la population – et le déclin de la population active y associé – modifiera considérablement la nature des transferts sociaux vers davantage de soins de santé tout en diminuant la base de taxation. Il en résultera des équilibres fiscaux de plus en plus difficiles à atteindre, d'autant plus si le prix du baril demeure bas.

 

La seconde pierre d'achoppement est à trouver du côté des investissements productifs, insuffisants pour soutenir la croissance du PIB russe (cf. graphique de gauche ci-après). La faible contribution du capital à la croissance provient d'un manque récurrent de capitaux disponibles, générateurs d'un sous-investissement chronique et d'un renouvellement uniquement partiel de l'appareil productif.

 

Si ce constat de gains de productivité en déclin est une constante parmi les économies émergentes, le cas de la Russie est préoccupant. Les gains de productivité locaux sont en effet bien en-deçà des niveaux observés dans les autres pays émergents. Il est vrai que le cadre institutionnel – peu garant du respect des droits de propriété – a découragé les investissements directs étrangers. Par extension, la Russie n'a que très peu bénéficié des transferts technologiques traditionnellement associés à ces investissements, conservant son outil de production relativement imperméable aux évolutions technologiques (cf. graphique de droite ci-après).

 

Ce déficit en capital productif n'ira pas en s'améliorant. Les restrictions portant sur l'accès au marché des capitaux internationaux couplées à la frilosité des banques domestiques n'agiront pas en faveur d'un accroissement des dépenses en capital. De plus, la dépression des prix pétrolier et gazier comprime le chiffre d'affaires des entreprises locales, leurs profits et donc leur aptitude à accumuler du capital. 

 

On le voit, les enjeux sont de taille et ne se limitent pas au seul cycle pétrolier. La relative autarcie capitalistique russe entraîne un déséquilibre entre les besoins en capital et la disponibilité de celui-ci. C'est d'autant plus problématique que 2017 verra l'échéance de nombreux remboursements avec en filigrane la question du refinancement de ceux-ci.