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Marchés : le franc suisse peut-il chuter "naturellement" ?

Analyse de marché - 11.04.2016

- La BNS a pris le relais des entreprises suisses, qui ont cessé de réinvestir à l’étranger - Tant que ce sera le cas, le franc ne parviendra pas à s’affaiblir durablement

Au mois de janvier, le franc suisse a rapidement chuté contre la monnaie unique. Dans la journée du 4 février, il a atteint son plus faible niveau par rapport à l'euro depuis l'abandon du cours plancher, le 15 janvier 2015 : 1.1200 franc pour 1 euro. Depuis, le franc s'apprécie de nouveau pour pointer à 1.0873 (cf. graphique).  

 

 

Plusieurs facteurs plaident pour l'affaiblissement du franc suisse, en premier lieu desquels sa forte surévaluation. En termes de Parité des Pouvoirs d'Achat (PPA) par exemple, le taux de change d'équilibre entre l'euro et le franc suisse avoisine 1.30. Ce type d'informations permet aisément de justifier le mouvement observé au mois de janvier. En revanche, de nombreux éléments permettent de maintenir le franc à un niveau élevé, voire de favoriser son appréciation additionnelle : balance courante positive, différentiel de rendements réels, statut de valeur refuge, risque de Brexit, positions spéculatives, etc.

 

Au-delà de cet équilibre instable entre les variables, pour et contre la progression du franc suisse, nous voudrions insister sur un point essentiel : le franc suisse ne chute pas "naturellement" ! S'il s'affaiblit de temps à autre, comme au mois de janvier, c'est que la banque centrale s'y emploie méticuleusement. Non seulement elle a abaissé ses taux directeurs à -0.75% il y a un peu plus d'un an, mais elle continue d'intervenir massivement sur le marché des devises. Depuis le début de la crise financière, la Banque Nationale Suisse (BNS) a pris le relais des entreprises suisses, qui ont cessé de réinvestir à l'étranger une part des revenus générés par leurs exportations (cf. graphique ci-dessous). Elle a donc exporté des capitaux en achetant des monnaies étrangères contre des francs.

 

En 2016, la BNS a déjà commencé à gonfler ses réserves de change, équivalents à quelque 16 milliards de francs suisses. L'évolution des dépôts à vue, en constante augmentation, permet de comprendre que ce mouvement est loin d'être terminé.

 

Il ne fait aucun doute que le franc suisse ne parvient pas à s'affaiblir "naturellement". La BNS fait son possible mais ne pourra pas réaliser de miracles. L'environnement économique, politique et financier actuel renforce cette situation. Au cours des prochains trimestres, le taux de change EUR/CHF devrait donc continuer d'osciller dans une fourchette large comprise entre 1.02 et 1.12. Gardons nos francs suisses.