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Zone Euro : la BCE est-elle crédible pour stimuler le crédit ?

Regards et perspectives économiques - 23.05.2016

Regard macro sur le secteur bancaire

En Zone Euro comme ailleurs, l'accélération des octrois de crédits est généralement favorable au secteur bancaire. Si l'environnement réglementaire n'était pas aussi contraignant, les profits des banques s'en trouveraient améliorés. Du côté macroéconomique de l'équation, la tendance restera positive.

 

Si la reprise se renforce, c’est entre autre parce que la BCE favorise l’investissement.

La Zone Euro a publié un Produit Intérieur Brut (PIB) de très bonne facture pour le premier trimestre de l'année en cours. La croissance s'est établie à +0.5% (cf. graphique de gauche). Fait rarissime, l'extension de l'activité est une des plus dynamiques au niveau mondial, puisque les États-Unis enregistrent un petit +0.1%, et que le Japon et le Royaume-Uni progressent chacun de +0.4%. Bien qu'il ne faille pas escompter un prolongement de ce rythme de croissance ad vitam aeternam, il est bon de s'en réjouir.

 

La résilience actuelle de la Zone Euro à la faible croissance internationale est en partie le fruit des différents assouplissements de politique monétaire menés par la Banque Centrale Européenne (BCE). En abaissant les taux d'intérêt, à court et long terme, l'institut monétaire a largement contribué à stimuler la demande de crédit sur le Vieux Continent. La BCE a récemment choisi d'accentuer son effort en optant pour des taux de dépôts négatifs (-0.4%), une création monétaire exceptionnelle de 80 milliards d'euros par mois (QE), l'achat d'obligations souveraines et d'entreprises, ainsi que l'assouplissement des conditions de financement à long terme pour les banques (TLTRO). Tout ce dispositif, qui vise à renforcer la transmission de la politique monétaire, a pour ultime et même but d'encourager l'activité de prêt à l'économie réelle.

Les taux d'emprunts proposés par les banques commerciales de la Zone Euro sont à leurs plus bas niveaux historiques. Ils sont désormais à 2.3% pour les entreprises non-financières et 2.5% pour les crédits hypothécaires des ménages. Si la BCE a opté pour fluidifier le canal du crédit, c'est que l'offre était particulièrement amorphe depuis la crise financière de 2008 et la crise de la dette publique de 2011. À la différence des États-Unis, où l'activité de prêts a rebondi dès 2010-11, en Zone Euro, elle est restée atone.

 

 Ce phénomène reflète en partie la fébrilité du secteur bancaire européen, confronté à une très faible profitabilité et à un accroissement des créances douteuses. Or, l'intermédiation financière est cruciale en Zone Euro, où la majorité des financements se font par les banques mais assez peu par le biais des marchés financiers. À titre comparatif, la situation est inversée outre-Atlantique.

 

Si la BCE a opté pour fluidifier le canal du crédit, c'est également que tout concourt aujourd'hui au redémarrage de la demande de prêts : la confiance des ménages est à un niveau relativement élevé, les créations d'emplois soutiennent la progression des revenus, tandis que la consommation de biens durables commence à frémir. Preuve s'il en faut, les ventes de voitures sont en expansion depuis plusieurs trimestres et les dépenses de construction sont en train de leur emboîter le pas. Enfin, les intentions d'achat des ménages sont quasiment à leur plus haut niveau depuis que la série a été créée.

 

Conclusion :

Il est désormais aisé de comprendre pourquoi les dernières enquêtes de la BCE montrent un assouplissement des conditions d'offre de crédit et une solide demande de prêts. Cette situation doublement confortable se vérifie de manière générale, pour la très grande majorité des pays qui composent l'Union Monétaire ainsi que pour l'ensemble des secteurs. Le cercle vertueux du crédit semble enfin se mettre en place. Au cours des prochains trimestres, nous devrions ainsi assister, simultanément, à une amélioration des profits du secteur bancaire et à un regain d'investissement.

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