​​

Marchés : le choc pétrolier représente-t-il un risque ?

Analyse de marché - 30.05.2016

Chaque nouvelle progression des prix du baril d’or noir exacerbera les inquiétudes

Après avoir chutés de 75% entre juin 2014 et février 2016, les prix du baril de pétrole viennent de s'accroître de 95% en quatre mois à peine, passant de 26 à 50 dollars le baril.

 

La première phase du mouvement avait emporté les taux d'inflation annuel vers de très faibles niveaux, parfois négatifs pour certains pays développés. Dans les pays émergents, la forte croissance des prix résiduelle était soit liée à des problèmes spécifiques, comme la hausse des prix alimentaires en Chine ou des prix administrés au Brésil, soit la conséquence de la large dépréciation des devises.

 

Désormais, les indices de prix à la consommation sont en train de rebondir dans la plupart des pays et cette situation devrait s'accélérer au cours des prochains trimestres. Les États-Unis et l'Europe n'échappent pas à cette tendance, pour deux raisons principales. Premièrement, les rythmes de croissance de ces pays sont en ligne avec leur potentiel, voire au-dessus, ce qui implique un output gap neutre à positif et, in fine une tension progressive sur l'indice des prix sous-jacent. Deuxièmement, les prix énergétiques qui avaient, à eux-seuls, fait reculer l'inflation globale de -2% aux États-Unis et de -1% en Zone Euro, les feront bientôt progresser de respectivement +1% et +0.5%. Le pic d'inflation globale sera visible en février 2017. Il devrait atteindre 3% outre-Atlantique.

L'environnement désinflationniste provoqué par la contraction des prix énergétiques avait créé un effet de richesse pour les pays importateurs nets d'hydrocarbures. A contrario, le choc pétrolier qui prend place depuis février est en train d'alourdir leur facture énergétique, amputant le pouvoir d'achat des ménages et rognant les fonds propres destinés à l'investissement dans les entreprises. La croissance mondiale en souffrira inévitablement, même si elle accélèrera légèrement au second semestre, grâce au soutien des politiques budgétaires et à l'assouplissement monétaire observé en-dehors des États-Unis.

 

Après s'être inquiétés du risque déflationniste en début d'année, les investisseurs pourraient momentanément s'alarmer de cette accélération des prix, générant de la volatilité sur les marchés financiers. Les anticipations de hausses de taux par la Réserve Fédérale américaine (Fed) et les anticipations d'inflation demeurent trop basses.

Le marché des swaps prévoit une seule hausse de 25 points de base des Fed Funds rates en 2016, contre deux selon notre scénario. Les breakeven rates à 10 ans pointent à 1.6% aux Etats-Unis et 1.0% en Allemagne. Le rebond de ces indicateurs, plus rapide ou plus fort que prévu, engendrera une progression des rendements et, mécaniquement, une contre-performance des investissements obligataires. De la même manière, l'incertitude générée par une politique d'helicopter money pourrait faire remonter la prime de terme. Toutefois, cette contre-performance des rendements obligataires pourrait n'être que temporaire. Passé le pic de février 2017, la croissance annuelle des prix reviendra promptement à un niveau correct, compris entre 1% en Zone Euro et 2% aux États-Unis.

L'impact sur les marchés d'actions dépendra du discours qui sera associé aux décisions de la Fed. Si les investisseurs sont rassurés, les actions résisteront. À l'inverse, s'ils estiment que Janet Yellen durcit trop vigoureusement les conditions de crédit et qu'elle risque d'affaiblir la croissance des profits, alors les multiples de valorisation se contracteront.

Sur le marché des devises, le dollar profitera mécaniquement de chaque resserrement de politique monétaire pour gagner du terrain, malgré sa surévaluation actuelle.

Gardons à l'esprit que chaque nouvel accroissement des prix pétroliers exacerbera les inquiétudes et les risques financiers associés. C'est pour cette raison que la thématique d'inflation doit être au cœur de nos préoccupations économiques et stratégiques à l'approche de cette deuxième moitié d'année.