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Suisse : peut-elle traverser la montagne du franc fort ?

Regards et perspectives économiques - 06.06.2016

La croissance est sur le point d’accélérer, grâce à un retour de confiance des industriels. Le recul des prix de l’immobilier résidentiel pourrait freiner les dépenses de consommation

Bien que la force du franc doive continuer d'être considérée comme un sérieux défi, la Suisse parvient à délivrer une croissance positive. Le Produit Intérieur Brut (PIB) de la Suisse a augmenté de +0.1% au premier trimestre 2016. Sur un an, la progression s'élève à +0.7%, en ligne avec nos estimations. Les dépenses de consommation des ménages et les investissements des entreprises, que ce soit dans la construction ou dans les biens d'équipements, ont soutenu l'activité économique. De l'autre côté de l'équation, la balance commerciale et les dépenses publiques ont amputé la croissance.

L'économie suisse a moins bien performé que ses principaux voisins européens, qui enregistrent une croissance annuelle de +1.5%. Pourtant, le désespoir n'est pas permis. La croissance est sur le point d'accélérer, grâce à un retour de confiance des industriels. L'indice des directeurs d'achats (PMI), tout comme le baromètre conjoncturel du KOF, qui permettent d'anticiper l'évolution économique des prochains mois, progressent de manière significative. En hausse de 5.8 points en quatre mois, le PMI a atteint son niveau le plus élevé depuis février 2014.

Viennent également faire écho à ce message d'espoir le rebond de confiance des consommateurs, la stabilisation des perspectives d'emploi et la légère dépréciation du franc suisse. Au final et selon nos estimations, l'économie helvétique devrait progresser de +1.1% en 2016. Les principaux instituts tablent quant à eux sur une croissance comprise entre +0.8% et +1.4%.

La reprise prendra du temps à devenir pérenne. Nous n'anticipons qu'une croissance de +1.2% en 2017, contre +1.6% selon le consensus des économistes. À l'image du tunnel du Saint Gothard, l'économie suisse devra traverser la montagne du franc fort pour retrouver la lumière d'une croissance supérieure à 2%. Cette percée représente une prouesse qui ne pourra se faire sans efforts. Il faudrait pour cela, soit que la devise se déprécie davantage, soit que les entreprises génèrent des gains de productivité.

 

Si les prix à la consommation ont reculé de -3.1% cumulés au cours des cinq dernières années, les prix à la production se sont contractés davantage encore, de -6.9% sur le même période. Cela tend à démontrer que la pression baissière sur les prix n'est pas liée à un choc de demande, comme dans les phases de déflation à proprement parler. Le fait que les entreprises parviennent à maintenir un certain pricing power illustre que le recul des prix est la conséquence d'un choc d'offre, suite à l'appréciation vigoureuse du franc et à l'évolution baissière du prix des matières premières.

L'évolution des prix qui devrait focaliser notre attention, est celle de l'inflation immobilière. Positive depuis 2000, grâce à un rythme moyen de 2.9% par an, elle est récemment passée en territoire négatif. Le marché immobilier résidentiel suisse était en phase de surchauffe depuis quelques années, soutenu par la richesse des ménages et la faiblesse historique des taux d'emprunts hypothécaires.

 

La Banque Nationale Suisse (BNS), aidée par l'administration fédérale, a œuvré au cours des dernières années afin de normaliser cette situation : ratio de fonds propres requis pour une acquisition, vitesse de remboursement des emprunts hypothécaires, volant anticyclique de fonds propres appliqué aux banques qui accordent les prêts, etc. Désormais, les prix immobiliers résidentiels n'augmentent plus en Suisse.

C'est une excellente nouvelle pour éviter la formation d'une bulle et, in fine, pour garantir une croissance économique à long terme. En revanche, cette situation est à surveiller de près dans la mesure où elle viendra freiner les dépenses de consommation des ménages helvétiques.