​​

Marchés émergents : Chine – vers une modération du crédit

Regards et perspectives économiques - 27.06.2016

A l’instar des mesures accommodantes, la croissance du crédit devrait se modérer. La question du lien avec l’activité économique réelle se pose.

Après l'accélération initiée à la mi-2015, la croissance du crédit en Chine semble désormais se stabiliser. Le crédit bancaire connaît ainsi une hausse de +14.4% en mai. L'évolution future de cette variable devrait être orientée vers davantage de modération, Pékin recourant dans une moindre mesure qu'au premier trimestre 2016 aux outils de soutien de l'activité économique. Si cette évolution peut rassurer sur la volonté des autorités chinoises de garder une relative maîtrise des niveaux d'endettement du pays, l'affectation du crédit nouvellement créé – pour l'essentiel en dépenses en infrastructures – n'est pas en concordance avec le rééquilibrage de l'économie vers davantage de services et de consommation privée.

Fait à saluer, les restrictions portant sur les véhicules de financement hors-bilan (ou shadow banking) paraissent porter leurs fruits dans la mesure où la croissance du total social financing – une mesure plus large du crédit incluant certains de ces véhicules d'hors-bilan – ralentit à +12.6%. La contraction des bankers' acceptance bills – instruments normalement employés comme garanties commerciales mais régulièrement détournés en prêts hors-bilan – en est une variable explicative.  

 

Persistance de surcapacités de production

Le différentiel grandissant entre la croissance des agrégats monétaires M1 et M2 pose la question de l'usage des liquidités dans l'économie réelle chinoise. Usuellement, les entreprises envisageant des dépenses en investissement parquent leurs liquidités en instruments financiers rapidement mobilisables tels les dépôts monétaires, repris dans l'agrégat M1. Sans projet d'investissement à venir, celles-ci préfèrent placer leurs liquidités en instruments moins liquides mais plus rémunérateurs tels les fonds monétaires ou les comptes d'épargne, comptabilisés dans l'agrégat M2. Ainsi, une croissance de M1 supérieure à M2 peut s'interpréter comme un appétit accru des entreprises pour des instruments rapidement mobilisables, préalable au financement de projets d'investissement. Historiquement, l'évolution de la production industrielle en Chine tend d'ailleurs à suivre ce différentiel.

Depuis 2015 pourtant, la déconnection entre ces deux variables tend à montrer que les liquidités détenues par les entreprises ne sont plus nécessairement affectées à des investissements productifs. Si de nombreux facteurs peuvent expliquer ce phénomène, il est très probable que la persistance de surcapacités de production dans l'industrie réduit l'attrait pour les entreprises à investir.

Tôt ou tard, le gouvernement chinois devra résoudre ce problème de surcapacité de production sous peine de rendre sans effet les futures créations de crédit.