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Actualité économique : Une stabilisation de la croissance émergente

Regards et perspectives économiques - 19.07.2016

Malgré un rendement marginal décroissant, la Chine peut remercier le crédit. Dans un monde de taux durablement bas, la dette émergente rémunère le risque sous-jacent.

Les chiffres du Produit Intérieur Brut (PIB) du deuxième trimestre en Chine indiquent une stabilisation de l’activité économique à +6.7% – inchangée par rapport au premier trimestre – tout en rappelant l’importance donnée par Pékin aux secteurs de la construction (+7.3%) et de l’immobilier (+8.8%) dans son plan de soutien de la croissance. Le repli des services financiers (+5.3%) est une conséquence attendue de la contraction de l’intermédiation financière qui avait exagérément bénéficié du boom des marchés actions au premier semestre de 2015.

Ces chiffres trimestriels sont en ligne avec notre scénario de soft landing pour l’année en cours, bien que légèrement supérieurs à nos anticipations de croissance. L’impulsion donnée par le gouvernement en faveur de l’immobilier et des dépenses en infrastructures explique cette différence. Par conséquent, nos prévisions de croissance pour l’année s’établissent à 6.5%, contre 6.4% précédemment.

Persistance de surcapacités de production

Si cette stabilisation de l’activité est rassurante et offre une plage de répit à la deuxième économie mondiale, l’impact relativement limité sur la croissance des mesures de soutien – pourtant très significatives – mérite d’être mis en exergue. Très vraisemblablement, la persistance de surcapacités de production décourage l’investissement des entreprises privées, le lien entre la masse de crédit nouvellement générée et l’investissement dans l’appareil productif devenant de plus en plus lâche.

Ce point – qui soulève en parallèle celui des créances douteuses dans le système bancaire chinois – devra impérativement faire l’objet de réformes structurelles. Pour l’heure, en abandonnant à leur sort des entreprises industrielles étatiques en cessation de paiement, Pékin a démontré que son support financier n’était plus illimité ni inconditionnel. Il faudra toutefois un plan d’action unifié afin de solutionner ce défaut de rentabilité des entreprises d’Etat.

Dans les mois à venir, l’intensité des mesures de soutien devrait se réduire. La disparition de la faiblesse des services financiers de début 2015 aidera à mitiger la très probable normalisation du secteur de l’immobilier dont l’envolée récente des prix a déclenché les premières mesures de contrôle. Quoiqu’il en soit, le moindre effet sur l’économie chinoise des mesures de relance par le crédit promet une année 2017 chahutée, l’objectif de croissance officiel de +6.5% étant pour le moins ambitieux.

Un environnement de liquidité abondante

Les signes encourageants concernant les perspectives de croissance du bloc émergent se sont multipliés au cours des dernières semaines. Après l’effet positif du rebond des matières premières sur les grandes économies exportatrices, la relative stabilité de la croissance chinoise et la garantie d’un environnement de liquidité abondante en constituent des indications notables. Notons qu’il s’agit plus d’une perspective de stabilisation de la zone que d’un réel rebond de la croissance, laquelle est toujours contrainte par les déséquilibres des économies locales comme la dégradation continue de la productivité, un commerce intra-émergent fragile ou un endettement globalement élevé.

Cette réalité limite les perspectives de surperformance des marchés actions du bloc émergent. Pour autant, l’expansion monétaire voulue par les principales banques centrales des pays développés garantit un univers de taux durablement bas et de liquidité abondante. Cet élément – associé à la stabilisation des perspectives de croissance émergente et une moindre aversion au risque des investisseurs – devrait s’avérer favorable aux émetteurs obligataires émergents.

Notons également que les émetteurs obligataires émergents se démarquent de leurs pairs développés en termes de rétribution du risque pris. Ils présentent ainsi une alternative viable à la faiblesse des rendements observés dans les pays développés, lesquels deviennent coutumiers des rendements en territoire négatif.