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Une BCE encore plus expansionniste… dans la durée

Regards et perspectives économiques - 13.09.2016

Très attendue, la réunion de la Banque Centrale Européenne (BCE) du 8 septembre n’a pas donné lieu à une modification de la politique monétaire.

La BCE a maintenu ses taux de dépôt et de refinancement à respectivement -0.40% et 0.00% et a indiqué, comme précédemment, qu’elle poursuivrait son programme de EUR 80 milliards d’achats mensuels d’obligations jusque fin mars 2017 « ou au-delà, si nécessaire ».

Mais nous considérons que la BCE va poursuivre son programme d’achats de titres après mars 2017. En effet, elle a indiqué, lors de cette réunion, qu’elle va étudier une modification de ses règles d’achats d’obligations parce qu’il y a un assèchement des titres éligibles à ce programme. Nous jugeons,qu’au-delà de l’aspect technique de cette annonce, c’est le signal qu’elle continuera ses achats après la fin du premier trimestre 2017.

Notre analyse est corroborée par les nouvelles prévisions du staff économique de la BCE. Celles-ci n’ont été que marginalement révisées par rapport à celles de juin (cf. tableau ci-après) et signifient que la BCE n’envisage qu’un très lent retour de l’inflation vers sa cible de 2.0%.

Interrogé sur l’absence d’annonces supplémentaires lors de cette réunion, M. Draghi, a indiqué que ces prévisions du staff n’avaient pas suffisamment été modifiées pour légitimer des mesures immédiates. Il faut très certainement voir dans ce discours, une volonté de la BCE de confirmer qu’à ce jour, elle n’estime pas que le résultat du référendum britannique puisse affecter substantiellement les perspectives de croissance en zone euro.

Les statistiques publiées la semaine dernière en zone euro sont allées dans ce sens : alors que le PIB du second trimestre a été confirmé à +0.3% en glissement trimestriel et +1.6% en glissement annuel (après +0.5% GT et +1.7% GA au premier trimestre), les enquêtes PMI qui, après avoir montré leur bonne résistance en juillet, n’ont que très légèrement baissé en août (le PMI manufacturier est passé de 52.0 à 51.7 et celui dans le secteur des services a reculé de 52.9 à 52.8) ont suggéré une poursuite de la croissance en zone euro.

 

En conclusion, nous anticipons qu’une prolongation des achats au-delà de mars 2017 pourrait être annoncée en même temps qu’une modification de leurs règles (notamment celle de leur répartition par pays) lors de la réunion de la BCE du 8 décembre prochain.

Au Royaume-Uni, les enquêtes PMI ont surpris en affichant un rebond après leur chute du mois de juillet. Ainsi, dans le secteur manufacturier, l’indice PMI a rebondi de 48.3 en juillet à 53.3 en août et, dans le secteur des services, l’indice est passé de 47.4 à 52.9. Nous restons prudents, toutefois, quant à l’interprétation, en termes de perspectives économiques, de ces indicateurs. En effet, pour mémoire, leur chute a été très marquée suite à l’annonce des résultats du référendum britannique. Leur rebond en août est probablement le reflet d’un moindre pessimisme qui pourrait faire suite notamment aux mesures annoncées par la BoE le 4 août dernier. De la même manière, la bonne tenue des ventes au détail en juillet a pu rassurer (même si nous n’écartons pas qu’elles aient été soutenues à la fois par le tourisme suite à la baisse de la livre et par l’avancement d’achats par les consommateurs qui anticipent une remontée de l’inflation). Mais ce qui restera déterminant pour les perspectives d’activité au Royaume-Uni sera l’évolution de l’investissement. Or, l’incertitude générée par les négociations dans le cadre Brexit devrait durablement peser sur les décisions d’investir. Selon la Confédération britannique de l’industrie (CBI) les plans d’investissements au Royaume-Uni, mesurés de juin à août, sont à leur plus bas niveau depuis quatre ans. De plus, le Royaume-Uni est confronté à des pressions internationales fortes pour qu’il accélère les négociations avec l’UE. Ainsi, en marge du G20, le 5 septembre dernier, le Japon a menacé d’une délocalisation des entreprises nippones si le Royaume-Uni n’était pas en mesure de lui assurer un accès pérenne au marché européen. Dans ce contexte, et tant qu’une réelle visibilité manquera, les perspectives d’investissement au Royaume-Uni ne devraient pas se redresser.