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Un trophée pour le yuan

Regards et perspectives économiques - 05.10.2016

L’inclusion du yuan dans les devises composant les droits de tirage spéciaux du FMI est une avancée encourageante vers une plus grande intégration financière du pays. La confiance envers le yuan s’acquerra sur le long terme. A court terme, les pressions baissières devraient demeurer.

Ce 1er octobre aura vu la matérialisation d’un évènement attendu de longue date par les instances chinoises : l’inclusion du yuan dans le cercle très fermé des devises constituant les droits de tirage spéciaux (special drawing rights) du Fonds Monétaire International (FMI). Si cette avancée vers une intégration financière accrue du pays est encourageante, elle ne devrait toutefois pas s’accompagner d’une appréciation significative de la devise.

Les droits de tirage spéciaux (DTS) sont des actifs de réserve internationaux complétant les réserves de change officielles des pays membres du FMI. En cas de déséquilibre financier, un pays détenteur de DTS a la possibilité de vendre ceux-ci à d’autres pays membres en échange des devises composant le panier. Ces instruments avaient fait montre de leur utilité en 2009 lors de la crise financière, contribuant à restaurer la liquidité globale et complétant les réserves de change officielles des pays membres.

La valeur d’un DTS est déterminée quotidiennement selon un panier de devises dont la pondération est fonction de l’importance respective de celles-ci dans les échanges commerciaux et financiers. Au dollar américain, à l’euro, au yen et à la livre sterling vient donc désormais s’ajouter le yuan à hauteur de 11% (cf. graphique de gauche).

Un droit de tirage spécial n’est pas une devise en tant que telle mais s’apparente à une créance virtuelle sur les monnaies composant le panier sous-jacent. Si l’inclusion du yuan va influencer la détermination de la valeur des DTS et les taux d’intérêt qui leur sont assortis, celle-ci ne signifie aucunement que les banques centrales seront contraintes d’accroître leurs réserves de change libellées en yuan.

Le yuan n’est à l’heure actuelle pas considéré comme une devise de réserve à l’inverse du franc suisse ou du dollar canadien qui composent une fraction des réserves de change internationales des banques centrales sans pour autant figurer dans le panier des droits de tirage spéciaux du FMI (cf. graphique de droite). A ce jour, l’équivalent de USD 285 milliards de DTS a été alloué aux pays-membres, un montant qui reste mineur au regard des USD 11’413 milliards de réserves de change officielles (cf. graphique de gauche).
Après cette inclusion – de nature essentiellement honorifique au regard des sommes en jeu – le véritable défi de Pékin est désormais d’acquérir ce statut de devise de référence. C’est cela qui dopera véritablement l’appétit des banquiers centraux et des investisseurs internationaux pour les actifs financiers chinois, actuellement très peu détenus par des mains étrangères (de l’ordre de 1 à 2% des actifs financiers domestiques).
L’obtention de ce statut ne pourra se faire que sur le long terme car il est subordonné au degré de confiance des banquiers centraux internationaux envers le yuan et revêt plusieurs dimensions telles le potentiel d’appréciation et la liquidité de celui-ci, le développement et la profondeur des marchés d’actifs domestiques, le degré d’ouverture aux capitaux étrangers ou encore la crédibilité de la People’s Bank of China.

A ce titre, les mesures de contrôle de capitaux prises afin d’endiguer les pressions baissières sur le yuan et les sorties de capitaux ou l’interventionnisme des autorités chinoises lors du crash boursier de mi-2015 – avec en point d’orgue la cotation suspendue de nombreux titres – n’offrent pas un cadre suffisamment sain que pour convaincre les investisseurs et les banquiers centraux sur ces points.
Ainsi, bien que cette inclusion aille indéniablement vers davantage d’intégration financière de la Chine, les dynamiques de court terme – tel le ralentissement de la croissance locale et l’évolution du dollar américain – devraient rester de mise, poussant le yuan vers une modeste dépréciation (voir notre Hebdo Eco du 20 juin). Ironiquement, cette inclusion pourrait même à court terme accentuer la volatilité du yuan étant donné que la People’s Bank of China a un incitant moindre à soutenir le cours de sa devise (cf. graphique de droite).

Si l’inclusion du yuan est clairement une reconnaissance internationale de la Chine comme acteur économique et financier incontournable, elle pose donc la question du degré d’ouverture de la balance des capitaux du pays et du développement de ses marchés financiers. C’est véritablement maintenant que commence le gain d’une crédibilité internationale pour le yuan.