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La croissance sous Xi Jinping

Regards et perspectives économiques - 23.01.2017

Le président chinois a relancé la croissance mondiale au moyen d’une augmentation de l’investissement des entreprises d’Etat.

Les Etats-Unis ont perdu leur influence macro-économique mondiale … mais ils continuent de dominer les marchés financiers. La personnalité du nouveau président américain et l’espoir généré dans sa politique conduisent les investisseurs à mettre son programme au centre de leurs préoccupations. Toutefois, l’analyse macro-économique montre que l’amélioration des perspectives d’activité intervenue depuis l’été 2016 et le renouveau de l’industrie résultent du changement de politique économique décidé par la Chine.

En effet, pour atteindre l’objectif de croissance compris entre 6.5% et 7% fixé par le président chinois, Xi Jinping, le gouvernement a décidé, début 2016, d’assouplir ses politiques monétaire et budgétaire. D’une part, le déficit public chinois a été revu à la hausse de 2.3% à 3%. D’autre part, les crédits ont fortement progressé pour atteindre un montant record inobservé depuis 2009. L’investissement des entreprises d’Etat a donc progressé de 20% en 2016. Or, la Chine reste le plus gros consommateur de matières premières, même si ce pays fait face à des surcapacités. La consommation chinoise d’acier brut, de zinc et de cuivre représente 45% de la consommation mondiale, celle d’aluminium 51% et celle de minerai de fer 73% ! En conséquence, la relance de l’investissement des entreprises d’Etat a engendré une hausse des prix des matières premières et l’activité industrielle mondiale s’est raffermie. Les perspectives d’activité dans le secteur manufacturier n’ont jamais été aussi fortes depuis 5 ans en zone euro. Aux Etats-Unis, elles ont rebondi fortement et atteint un plus haut depuis 2014. En Chine, c’est le niveau le plus élevé depuis 4 ans. Par ailleurs, les prix de vente se sont redressés tant dans les pays développés qu’émergents. Le mouvement a été particulièrement marqué lors du dernier mois de l’année 2016.

Le véritable enjeu de 2017 consiste donc à définir si le mouvement de « reflation » initié par la Chine est cyclique ou structurel, c’est-à-dire si la croissance mondiale va continuer d’accélérer ou non. Les modalités d’application du programme du nouveau président américain auront un impact moins déterminant.

De récentes prises de paroles officielles ont laissé entendre que l’objectif de croissance en Chine pourrait être revu à la baisse pour éviter un nouvel accroissement des déséquilibres financiers. Les 25 membres du Politburo ont réitéré leur ambition « d’obtenir des progrès importants en matière de stabilité ». Les prêts bancaires représentent 110% du PIB, soit un niveau supérieur à celui atteint en 1997 lors de l’éclatement de la crise asiatique. Si une telle orientation était confirmée lors de la réunion annuelle du Congrès national du peuple en mars prochain, cela pèserait sur les perspectives de croissance mondiale et limiterait la poursuite de la hausse du prix des matières premières.

De plus, les Etats-Unis ne sont pas en mesure de prendre le relai puisque leur poids dans l’économie mondiale a considérablement reculé. Depuis 2008, ce pays ne contribue plus qu’à hauteur de 12% à la croissance mondiale contre 32% pour la Chine. Par ailleurs, le consommateur américain ne fait plus à lui seul la dynamique mondiale. Les importations américaines ne représentent plus que 12% des importations mondiales contre 20% au début du XXIème siècle. Ainsi, même si l’application du programme de Donald Trump engendrait une accélération de la croissance américaine plus forte qu’anticipé, son effet d’entrainement sur le reste du monde serait plus mesuré que ce qui a été observé au début des années 2000.

Macro-économiquement parlant, c’est la Chine qui fait désormais la tendance de la croissance mondiale, quelles que soient les déclarations du 45e président américain qui propose de renouer avec un âge d’or. En revanche, les Etats-Unis continuent de dominer les marchés financiers mondiaux, ce qui accentue la déconnection entre les évolutions financières et les tendances macro-économiques. Les Etats-Unis représentent  à eux seuls 41% de la capitalisation boursière et de l’encours des marchés obligataires mondiaux. Si la zone euro s’autonomise financièrement et l’Asie commercialement, les marchés financiers de ces zones restent moins liquides, moins profonds voire incomplets dans le cas des pays émergents.

En conséquence,

  • Le prix des matières premières pourrait croître moins rapidement début 2017 avant de se stabiliser une fois le nouvel objectif de la croissance chinoise annoncé
  • L’accélération de la croissance américaine pourrait être limitée par l’impact négatif de l’appréciation récente du dollar et par la hausse des taux d’intérêt, ce qui réduit le potentiel de hausse des rendements obligataires souverains et du dollar
  • Si la croissance américaine accélérait plus rapidement que nous l’anticipions, son effet d’entrainement sur la croissance mondiale serait plus faible que ce qui était observé avant la crise
  • La BCE a développé l’autonomisation financière de la zone euro par le Quantitative easing notamment, ce qui lui donne une plus grande capacité à influencer les taux longs des Etats membres et compenser ainsi partiellement l’impact négatif de la prime de risque politique
  • L’Asie offre les meilleures perspectives de développement à moyen terme grâce au renforcement du processus de régionalisation déjà à l’œuvre
  • Les Banques centrales vont rester à la manœuvre et continuer de « manipuler » le prix des actifs

 

Par Mathilde Lemoine, Group Chief Economist. Paru dans l'Agefi le 23  janvier 2017.