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Une première semaine hyperactive à la Maison Blanche

Regards et perspectives économiques - 31.01.2017

Les 5 décrets et 10 memoranda signés par D. Trump depuis son investiture indiquent sa détermination à mettre en œuvre son programme rapidement. Les décrets présidentiels ne sont pas que symboliques, ils ont force de droit. L’administration Trump a émis l’hypothèse d’appliquer une taxe sur les imports de biens en provenance d’économies avec lesquelles les Etats-Unis ont un déficit commercial, mettant sous pression le commerce international.

Depuis son investiture le 20 janvier, D. Trump a déjà signé 5 décrets présidentiels et 10 memoranda : il a notamment annulé le traité transpacifique, a redémarré les projets d’oléoducs Dakota Access Pipeline et Keystone XL Pipeline, a signé un décret contre l’Obamacare, a gelé les embauches de fonctionnaires au niveau fédéral ou encore a interdit l’accès au territoire américain aux ressortissants d’Irak, d’Iran, du Yémen, de Somalie, de Lybie, de Syrie et du Soudan, détenteurs de visas y compris. D. Trump affiche clairement sa détermination à mettre en œuvre son programme rapidement et de manière très pragmatique.

Ces décrets présidentiels vont au-delà du symbole dans la mesure où ils ont force de droit. Le président, plus haute autorité du pouvoir exécutif américain, les utilise en théorie pour gérer l’application de nouvelles lois votées par le Congrès via les agences fédérales. Il peut notamment adapter l’allocation de fonds fédéraux en faveur de certains projets. Mais les décrets sont également utilisés pour outrepasser le Congrès et guider les agences fédérales parfois dans le sens opposé de lois qui ne conviennent pas au Président. Dans le décret contre l’Obamacare, D. Trump ordonne par exemple aux agences fédérales d’utiliser davantage d’exemptions et de dérogations à la loi afin d’en minimiser sa portée. Si le Président souhaite très certainement abroger et remplacer l’Obamacare par une nouvelle loi votée au Congrès, il accélère via ce décret la limitation « des dégâts économiques » de la loi (cf. tableau de gauche). Un autre exemple est celui de B. Obama qui a signé un total de 249 décrets et 257 memoranda (cf. graphique de droite) avant tout afin d’outrepasser un Sénat et une Chambre des Représentants tous deux à majorité républicaine durant ses deux dernières années de présidence**.

 

 

 

Deux autres éléments renforcent la probabilité d’application du programme annoncé par D. Trump : d’une part, outre les décrets, le président des Etats-Unis a une autorité constitutionnelle importante dans les domaines de la politique étrangère, de la défense nationale ou encore dans l’application et la négociation de traités. D’autre part, la dernière conférence de presse avec le président du Sénat et de la Chambre des Représentants a confirmé que l’organe législatif travaillait étroitement avec l’organe exécutif afin de mettre en œuvre un maximum de propositions. P. Ryan a cependant précisé que le processus législatif prendrait du temps, ce qui confirme notre hypothèse que les nouvelles lois entreront en vigueur d’ici la fin 2017 seulement.

 La persévérance de D. Trump n’avait pas été entièrement anticipée par les investisseurs, qui intègrent sa détermination au fur et à mesure des annonces de décrets. Le secteur de la construction a bien réagi à la signature du décret en faveur de la construction d’un mur entre le Mexique et les Etats-Unis, tout comme le secteur industriel à la signature du décret concernant la reprise des projets d’oléoducs.

En ce qui concerne la publication des chiffres du PIB américain, la croissance a accéléré à 1.9% en glissement annuel au 4ème trimestre 2016, légèrement supérieure à nos prévisions. En effet, les entreprises ont d’une part constitué de nombreux stocks (cf. graphique de gauche) et, d’autre part, elles ont profité de la remontée des prix des matières premières pour investir davantage en capitaux fixes. L’industrie extractrice a notamment augmenté ses investissements au quatrième trimestre. Les exportations ont en revanche souffert de la hausse du dollar et pourraient encore être amenées à en souffrir au premier trimestre de cette année (cf. graphique de droite).

Dans l’ensemble, l’année 2016 aura été décevante avec une croissance moyenne de 1.6% seulement contre 2.6% en 2015. Le fort ralentissement de l’investissement en capitaux fixes des entreprises en est la raison principale (cf. graphique de gauche). En effet, les craintes de récession en début d’année 2016 avaient affaibli la confiance des chefs d’entreprise qui ont préféré attendre une stabilisation de l’environnement pour recommencer à investir. La remontée des prix du pétrole devrait permettre aux entreprises pétrolières de reprendre leurs investissements en machines et équipements et à contribuer ainsi à la croissance américaine en 2017.

 

Sur le plan du commerce international, l’administration Trump a considéré l’application d’une taxe de 20% sur les imports de biens en provenance du Mexique afin de financer la construction d’un mur séparant les deux pays. Cette taxe pourrait même avoir une portée plus large, s’appliquant à l’ensemble des économies avec lesquelles les Etats-Unis ont un déficit commercial. Si le flou entourant les dispositions de D. Trump à l’égard du commerce international demeure, le risque d’une spirale négative n’est pas à exclure. Dans la foulée de ces déclarations, le président mexicain E. Nieto a ainsi annulé une réunion prévue ce 31 janvier avec D. Trump, ce dernier réitérant son ambition de renégocier les termes de l’accord NAFTA (North American Free Trade Agreement).

 

A l’instar du cas chinois, une guerre commerciale mexico-américaine aurait des répercussions négatives pour ces deux économies. Le Mexique, très dépendant du cycle économique américain, dispose d’une structure commerciale déséquilibrée, possédant un surplus commercial de USD 122.6 milliards avec les Etats-Unis mais un déficit significatif avec le reste du monde (cf. graphiques). La hausse de l’inflation locale, alimentée par la dépréciation du peso elle-même causée par l’incertitude politique ambiante, est de nature à contraindre la banque centrale à s’engager dans une politique monétaire plus restrictive alors que la croissance du PIB peine à décoller. L’application d’une taxe sur les imports de 20% porterait la croissance mexicaine en récession, probablement à -1.5% pour 2017 selon nos calculs et ce, sans intégrer les effets secondaires. Du point de vue des Etats-Unis, le renchérissement des biens importés sous l’effet de cette taxe éroderait le pouvoir d’achat des consommateurs. Comptant pour 10% des exports mexicains vers les Etats-Unis, les prix des dérivés pétroliers seraient revus à la hausse si les raffineries reportaient l’accroissement de leurs coûts de production sur l’acheteur final. De plus, le Mexique constitue le deuxième marché à l’export des Etats-Unis ce qui les menacerait de ripostes commerciales, dans le secteur de l’agriculture par exemple.

Dans la zone euro, les chiffres de l’indice PMI Markit Composite suggèrent que la forte croissance de l’activité dans le secteur privé observée au dernier trimestre 2016  se poursuit en ce début d’année. Après avoir atteint 54.4 en décembre, son niveau le plus élevé en cinq ans et demi, cet indice s’est stabilisé à 54.3 en janvier. Le secteur privé bénéficie de la baisse de l’euro qui renforce la demande extérieure pour les produits manufacturés.

 

** Si les décrets n’ont pas l’obligation d’être approuvés par le Congrès, ils ne peuvent pas aller à l’encontre de la Loi ou de la Constitution. Si le Congrès souhaite annuler un décret, il peut voter une loi qui contraint au mieux la directive présidentielle, quoique le Président puisse également mettre son veto si la majorité des 2/3 des voix n’est pas atteinte au Congrès. Un décret peut également être annulé par contestation devant les tribunaux de la Cour suprême, dont le 9ème siège est encore vide. Une juge fédérale a par exemple suspendu une partie de l’application du décret présidentiel de D. Trump interdisant aux ressortissants de certains pays d’entrer sur le territoire américain. Elle a en effet considéré l’expulsion des personnes ayant des visas valides comme étant anticonstitutionnelle.


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