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Où les Etats-Unis seront-ils dans quatre ans?

Dans la presse - 06.04.2017

Les mesures de relance de l’administration Trump prolongeront le cycle américain mais ne règleront pas les problèmes structurels du pays. Article de Lisa Turk, Economiste, Edmond de Rothschild (Suisse) S.A., pour Banco, avril 2017

Le programme de relance mis en avant par Donald Trump a suscité beaucoup d’espoir aux Etats-Unis. Alors que l’économie américaine semble être en haut de cycle, les mesures proposées pourraient prolonger la période d’expansion pendant quelques semestres, impliquant un risque de poussée inflationniste. En revanche, l’impact du stimulus sur les problèmes structurels des Etats-Unis devrait rester limité, au dépens d’une croissance qui devrait demeurer structurellement faible jusqu’à la fin du mandat du président.

La croissance de la productivité et de la population sont historiquement au plus bas



La conjoncture américaine semble solide. Elle se caractérise par le plein-emploi - le chômage est à 4.8% -et par une inflation hors prix énergétiques et alimentaires supérieure à 2% depuis plus d’un an. Le crédit aux entreprises et aux ménages n’a pas cessé d’accélérer durant les quatre dernières années, soutenant la consommation privée et le marché immobilier. Par conséquent, le PIB évolue au-dessus de son potentiel depuis 2014, ce qui a poussé la Réserve Fédérale (Fed) à resserrer sa politique monétaire afin d’éviter une accélération trop importante de l’inflation.

Si la conjoncture arrive en haut de cycle, structurellement en revanche, le rythme de croissance économique n’a jamais été aussi faible aux Etats-Unis, 1.5% en moyenne durant la présidence de B. Obama contre 3.8% avant les années 2000. Certains facteurs, comme le faible taux de participation à la population active, la moindre vigueur des dynamiques démographiques ou encore la faible productivité ont affaibli la croissance du PIB ces dernières années.

 

 

Indispensable relance

D’ici 2020, sans l’application de mesures de relance, l’économie américaine pourrait déjà avoir entamé une décélération, notamment provoquée par un ralentissement de la consommation des ménages. Si le marché de l’emploi peut aujourd’hui encore absorber de la main d’œuvre disponible, la faible productivité du capital et du travail devraient empêcher les salaires d’accélérer de manière trop robuste et la hausse des taux Fed Funds pourrait ralentir le crédit aux ménages et aux entreprises.

Pour autant, le programme de relance proposé par D. Trump change la donne et devrait permettre à l’économie américaine de prolonger son cycle de plusieurs semestres. Les baisses d’impôts sur les revenus et sur les sociétés devraient accroître les dépenses de consommation des ménages et pourraient attirer des entreprises aux Etats-Unis. Le projet en infrastructures pourrait quant à lui relancer l’investissement en capitaux fixes. Mais si ces mesures stimuleront la croissance à court terme, elles n’aborderont cependant pas le cœur des problématiques structurelles de l’économie américaine.

Evidemment, un projet en infrastructures de grande taille pourrait accroître la productivité d’un secteur spécifique ou pourrait absorber certains chômeurs découragés et non-qualifiés. Mais les problèmes de vieillissement et de ralentissement de la croissance de la population ne seront pas réglés par la limitation de l’immigration ; l’inadéquation entre l’offre et la demande de compétences sur le marché du travail ne sera pas résolue par des coupes de budget dans l’éducation ; et la question de la faible productivité nécessitera davantage de réformes qu’un projet en infrastructures représentant 0.6% du PIB par an.

Une croissance structurellement faible depuis la crise



Ces problèmes structurels risquent donc de ne pas être abordés et de continuer à niveler le potentiel de l’économie par le bas. Si le PIB potentiel reste structurellement faible mais que la conjoncture accélère temporairement, l’apparition d’une forte poussée inflationniste pourrait finalement être à la base d’un ralentissement de l’économie.

 

 

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