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Modération américaine et optimisme européen

L'hebdo des économistes - 25.04.2017

Aux Etats-Unis, la production industrielle a surpris à la hausse mais les ventes au détail sont en baisse en mars. Par ailleurs, le gouvernement est sous pression et D. Trump a été conduit de reporter la finalisation de sa proposition de baisses d’impôt. En zone euro, les enquêtes de confiance poursuivent leur progression en ce début de deuxième trimestre. La qualification pour le second tour des élections présidentielles françaises d’E. Macron a soulagé les investisseurs.

Aux Etats-Unis, les dernières données du premier trimestre sont restées mitigées avec notamment une amélioration de la production industrielle mais une détérioration des ventes au détail.

La production industrielle a rebondi au mois de mars (+0.5%) après deux mois de stabilisation et ce, malgré un recul de la production manufacturière. Les services aux collectivités (électricité, eau ou utilities) ont en effet été à l’origine de ce rebond, leur production ayant été fortement sollicitée en raison de conditions climatiques défavorables au mois de mars (+8.6% en variation mensuelle).

En revanche, les ventes au détail ont quelque peu déçu, reculant de 0.2% en mars. Cette baisse résulte du recul des éléments volatils des ventes au détail, à savoir l’énergie, le matériel de construction ou encore les ventes automobiles. Une fois ces éléments exclus, les ventes ont en fait accéléré de 0.5%.

C’est également en raison d’éléments volatils que l’inflation globale est passée de 2.7% en février à 2.4% en mars. Ce recul provient en grande partie d’une baisse de la contribution de l’énergie à la progression des prix (+1.2% en février, +0.9% en mars, cf. graphique ci-dessous), facteur qui était anticipé. L’évolution du prix des services et des automobiles a également exercé une pression baissière sur l’inflation sous-jacente, hors prix énergétiques et alimentaires. Celle-ci est passée de 2.2% en février à 2.0% en mars. Cette baisse n’est cependant pas inquiétante dans le sens où nous anticipions que l’inflation sous-jacente oscillerait entre 2.0% - 2.3% au premier semestre 2017. En effet, les anticipations d’accélération modeste de la croissance en début d’année ne devraient pas induire de tensions inflationnistes importantes.

 

Enfin, concernant les baisses d’impôt, D. Trump devrait prendre la parole mercredi afin de transmettre davantage de détails quant à la proposition en cours de préparation. Le Secrétaire du Trésor américain, S. Mnuchin, avait affirmé quelques jours auparavant que l’adoption d’une nouvelle loi sur les recettes gouvernementales avant le mois d’août n’était pas réaliste. En revanche, il a souligné qu’il escomptait que les négociations au Congrès ne durent pas jusqu’à la fin de l’année. Cela confirme notre scénario selon lequel les baisses d’impôt n’auront pas d’impact sur l’économie américaine avant la fin 2017, voire le début de 2018. En attendant, un arrêt prolongé de certaines activités gouvernementales (shutdown) à la fin de la semaine prochaine, date butoir pour le relèvement du plafond de la dette, nous semble peu probable. En effet, si le Congrès n’arrivait pas à se mettre d’accord, un report de l’échéance à mai, puis à octobre, est encore possible.

En zone euro, après un premier trimestre 2017 à des niveaux les plus élevés depuis bientôt six ans, les Purchasing Manager’s Index (PMI) ont poursuivi leur progression en avril. L’indice composite a ainsi atteint 56.7 en avril contre 56.4 en mars, au-delà des attentes. Elle a été rendue possible par le dynamisme du secteur privé français, dont le PMI composite a atteint 57.4 (56.8 en mars) grâce à une progression marquée dans le secteur manufacturier (55.1 en avril contre 53.3 en mars). Ceci a permis de compenser la première baisse du PMI composite allemand depuis janvier 2017, de 57.1 en mars à 56.3 en avril, qui se maintient toutefois en zone de forte progression de l’activité.

Du coté des ménages, la confiance est également en hausse : la dernière fois qu’elle était plus élevée c’était avant la crise en 2007. Cela devrait soutenir les ventes aux détails qui souffrent de la remontée de l’inflation (+1.8% au Q1 2017 contre +0.7% au Q4 2016).

Ces statistiques montrent que la dynamique de croissance dans le secteur privé de la zone euro continue d’être très bonne en ce début de deuxième trimestre 2017. Toutefois, pour que le dynamisme suggéré par les diverses enquêtes de confiance se concrétise par une accélération marquée du PIB au deuxième trimestre, il faudra que les indicateurs d’activité réelle, telle la production industrielle, montrent eux aussi des signes d’accélération pérenne. Ce qui n’est pas encore le cas (cf. graphique ci-dessous).

La qualification d’E. Macron pour le second tour de l’élection européenne a soulagé les investisseurs. La perspective d’une élection du candidat d’En Marche renforcerait les hypothèses d’amélioration d’entente du couple franco-allemand et de renforcement de la zone euro. L’assainissement du secteur bancaire de la zone euro pourrait ainsi se poursuivre, comme la capacité de cette zone à mettre en œuvre des politiques économiques adaptées à ses besoins spécifiques. Mais la volatilité va persister sur les marchés européens d’ici le second tour qui interviendra le 7 mai prochain.

Lisa Turk, Economiste, Etats-Unis
Matthias van den Heuvel, Economiste

 

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