Les regards se tournent vers la période des résultats

Analyse de marché - 13/07/2019

Les marchés sont toujours fortement influencés par les déclarations des membres des banques centrales. Cette semaine, l’intervention de Jerome Powell devant la Chambre des Représentants était largement attendue. Il a insisté sur la confirmation que les incertitudes sur le commerce mondial et sur la vigueur de la croissance économique existaient toujours et ce dans un contexte d’inflation modérée.

Cette position confirme l’anticipation d’une baisse des taux de la Réserve Fédérale pour le mois de juillet. Cela était déjà bien anticipé par les investisseurs obligataires et les taux longs sont remontés malgré ce discours accommodant. Le taux allemand à 10 ans est même revenu sur les niveaux auxquels il était avant le discours de Mario Draghi à Sintra. Le mouvement a été plus positif sur les actions. En effet, les actions américaines ont retrouvé leur plus haut historique. Le S&P 500 dépasse les 3000 points en séance, mais sans arriver à clôturer au-dessus de ce niveau.

En Europe, les actions sont en légère baisse sur la semaine. En effet, les volumes des transactions échangés sont faibles sur les marchés. Au vu des niveaux atteints, le rallye peine à se poursuivre et tout le monde est dans l’attente. Une fois passé le discours de Jerome Powell, les regards se tournent maintenant vers les publications de résultats. Celles-ci commencent la semaine prochaine aux Etats-Unis, et les résultats sont attendus en légère baisse pour ce trimestre par rapport à l’année dernière.

En Europe, certaines entreprises, principalement cycliques (BASF, Daimler) ont déjà fait des profit warnings.

Dans ce contexte, nous profitons de la légère tension sur les taux d’intérêt pour remettre de la sensibilité, en préférant les échéances à 5 ans par rapport à celles plus longues (10 et 30 ans). Sur les actions, nous conservons une certaine prudence et pensons qu’il est préférable d’avoir de la convexité en portefeuille, compte tenu de la faiblesse de la volatilité, en utilisant des options. 

  Actions européennes

La Banque Centrale Européenne confirme dans les minutes de sa dernière réunion la possibilité d’une prochaine baisse des taux. En revanche, cette perspective ne suffit pas à porter les actions européennes cette semaine, marquées principalement par des révisions à la baisse des résultats des entreprises. Seul le secteur de l’énergie semble se maintenir. Les deux motifs invoqués ont principalement été :

1) un ralentissement de l’activité, en particulier sur le secteur automobile,

2) l’impact de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis.

BASF annonce ainsi une révision à la baisse de 30% de son résultat opérationnel, le groupe étant particulièrement exposé au secteur automobile – bien que d’autres facteurs entrent en compte. Après BMW, c’est au tour de Daimler qui fait son 4ème avertissement sur ses résultats en un an, évoquant entre autres l’impact du rappel de véhicules suite aux airbags défectueux de Takata, et l’augmentation des dépenses pour répondre aux procédures judiciaires et gouvernementales sur le diesel (de 1,6 milliard d'euros). Hexagon chute fortement suite à sa révision de résultats mettant en cause une très faible demande en Chine sur le mois de juin, particulièrement sur les composants électroniques. Deutsche Bank a dévoilé un plan de restructuration agressif comprenant la suppression de 18 000 emplois dans le monde ainsi qu’une baisse des coûts de 25%, et d’autres mesures complémentaires. Le groupe bancaire a ainsi pris la décision de fermer au sein de sa banque d’investissement toute l’activité de vente de ses actions. Après avoir été bien accueillies par le marché, les projections de la banque pourraient se révéler un peu plus optimistes, le titre a corrigé par la suite. Par ailleurs, la banque allemande fait également l’objet d’une enquête sur son implication dans le fonds malaisien 1Malaysia Development Berhad (1MDB).

UniCredit est sortie définitivement du capital de FinecoBank qui est désormais une société entièrement indépendante.

Les relations franco-américaines se tendent. Donald Trump menace de répliquer suite au vote du projet de loi sur la création d'une taxe sur les services numériques, qui a été adopté ce jeudi 11 juillet en France.

  Actions américaines

Le S&P 500 a atteint un nouveau plus haut historique cette semaine passant la barre des 3 000 points sur la clôture de mercredi et dans la journée du 11 juillet. Les indices actions américains S&P 500 et Nasdaq ont progressé respectivement de 0,32% et 0,71% (à la clôture de jeudi soir), soutenus par un discours du président de Réserve Fédérale qui continue d’être très accommodant. En effet, Jerome Powell lors de son dernier discours a confirmé une baisse des taux en vue du prochain FOMC.

Le pétrole progresse de 5% sur la semaine. Le Brent s’échange au-dessus de 67$ (le WTI est à $60) sur la journée du 12 juillet porté par la forte baisse des stocks de pétrole. L'Agence américaine d'Informations sur l'Energie (EIA) a officiellement confirmé mercredi cette tendance en faisant part d'un plongeon des stocks de brut de 9,5 millions de barils lors de la semaine achevée le 5 juillet. Par ailleurs, une tempête tropicale qui frappe le Golfe du Mexique et semble se diriger vers la côte américaine peut également affecter les exploitations de pétrole offshore du golfe du Mexique.

En terme de contributions sectorielles, on note une forte dispersion des performances par secteur cette semaine. L’énergie a progressé de +1,8%. Ce secteur a été soutenu par la montée des prix du pétrole, suivie par la consommation discrétionnaire à +1,1%, tandis que les matériaux de base à -1,8% et les industrielles à -0,5% continuent de souffrir la faiblesse des données macro-économiques et les anticipations des résultats négatifs des sociétés européennes des mêmes secteurs. Dans la chimie, Corteva et Dupont sont en baisse respectivement de 8% et 6% sur l’avertissement de résultats de BASF sur la semaine. Les grandes sociétés biopharmaceutiques ont baissé en fin de semaine sur des articles de presse évoquant le risque d'une réglementation défavorable qui pourrait maintenant se déplacer des assureurs santé vers les sociétés pharmaceutiques. La maitrise des coûts des soins de santé continue en effet d’être une priorité pour l'administration du président Donald Trump avec la possibilité d’une règlementation sur les prix des médicaments qui pourraient peser sur les fabricants.

Dans le secteur de la technologie, on note la forte performance des semi-conducteurs, avec Western digital et Micron en hausse de 13% et 10% sur la semaine après que Samsung a annoncé une intention d’augmenter les prix de 10% sur la mémoire NAND.

  Actions japonaises

Le marché actions japonais s’est replié en début de semaine en raison de la solidité des données économiques aux États-Unis. Ces dernières ont contribué à la baisse des attentes concernant la potentielle réduction des taux d’intérêt américains. Le marché a toutefois rebondi jeudi, après que le président de la Réserve Fédérale a déclaré devant le Congrès qu’une baisse du taux directeur était à prévoir. Cependant, la hausse des titres est restée limitée, sur fond d’inquiétudes liées à l’appréciation du yen et à la prudence affichée par les investisseurs quant à la possible perturbation de la chaîne d’approvisionnement de la production mondiale dans le secteur des semi-conducteurs. L’indice TOPIX a reculé de 0,88%.

L’évolution des cours boursiers des principaux fabricants de matériaux japonais a été contrastée, ceux-ci semblant impactés par les mesures restrictives prises par le gouvernement sur les exportations de trois matières premières essentielles à la fabrication des puces mémoire vers la Corée du Sud. JSR (4185 : fabricant de résine photosensible) a cédé 4,16%, à l’instar de Stella Chemifa (4109 : producteur de gaz de gravure fluorhydrique) qui a perdu 1,26%. À l’inverse, Tokyo Ohka Kogyo (4186 : principal fabricant de résine photosensible) a progressé de 1,75%. Ces entreprises japonaises, dont les fabricants de semi-conducteurs sont dépendants, détiennent une part importante du marché mondial des matériaux essentiels à la production de semi-conducteurs et d’écrans.

Les secteurs du transport maritime (-3,27%), des machines (-3,05%) et des produits chimiques (-2,18%) ont sous-performé, tandis que le secteur minier (+3,99%) et celui des produits du pétrole et du charbon (+2,89%) ont surperformé, en partie du fait de l’intensification des tensions au Moyen-Orient.

  Marchés émergents

Les marchés émergents se sont repliés de 0,45% cette semaine, en raison d’une actualité contrastée sur le front politique et macroéconomique. Conformément aux attentes, les exportations et importations chinoises ont légèrement reculé en juin, tandis que les financements ont rebondi à 2 260 milliards de yuans, un chiffre largement supérieur aux prévisions des analystes (1 900 milliards de yuans). Les ventes des constructeurs automobiles chinois aux concessionnaires se sont inscrites en baisse pour le douzième mois consécutif en juin (-7,8% en glissement annuel). En revanche, les ventes de véhicules aux particuliers se sont appréciées durant le mois (+4,9%), marquant ainsi la première hausse en un an, les concessionnaires offrant d’importantes remises afin de réduire leurs stocks.

Du côté des entreprises, TSMC a rendu compte d’un chiffre d’affaires supérieur aux attentes au deuxième trimestre 2019, sa croissance ayant fortement rebondi en juin (+22%). Largan a publié des résultats meilleurs que prévu sur la même période, avec une croissance de 20% en glissement annuel de son BPA, à la faveur d’une amélioration des marges, et ce, malgré un ralentissement des ventes en juin en raison de la situation de Huawei.

Autre conséquence de la détérioration des relations entre la Corée du Sud et le Japon, les dirigeants de Samsung Electronics et SK Hynix ont fait part au gouvernement sud-coréen de leurs craintes quant à un possible arrêt de la production des usines de puces à la fin du mois, si le Japon n’abandonnait pas ses mesures restrictives sur les exportations. Ils ont ainsi déclaré que leurs stocks de certains matériaux comme le gaz de gravure leur permettraient de maintenir la production sur deux ou quatre semaines seulement. Par ailleurs, les prix au comptant des puces DRAM se sont inscrits en hausse pour la première fois depuis décembre 2017, du fait des incertitudes liées à l’offre causée par les mesures de contrôle des exportations japonaises. Ce mouvement a été également accompagné par un nouveau sentiment à l’égard des puces DRAM en raison de la chute des prix des puces NAND.

En Inde, Tata Consultancy Services a annoncé avoir enregistré une croissance trimestrielle de 10,6% en glissement annuel, un léger ralentissement par rapport aux trois trimestres précédents. La croissance a été en partie impactée par la faiblesse des valeurs bancaires européennes, de l’automobile et du commerce de détail. Du côté des bonnes nouvelles, la marge d’EBIT et les prises de commandes (+16% sur un an) ont été solides.

Au Brésil, l’adoption en première lecture par le Congrès de la réforme de la sécurité sociale constitue une nouvelle étape importante pour sa stabilité. Le marché avait anticipé que le vote sur la réforme commencerait en septembre. Si ce vote a été réalisé plus tôt que prévu, son résultat indique clairement que :

(1) la dynamique de la réforme évolue dans la bonne direction

(2) le gouvernement brésilien jouit du pouvoir politique nécessaire pour faire adopter des réformes économiques pertinentes devant le Congrès.

Concernant les économies qui devraient être obtenues avec cette réforme de la sécurité sociale, leur fourchette a également été revue à la hausse et s’établit maintenant entre 850 et 950 millions de réals sur les dix prochaines années, contre 700 à 800 millions de réals auparavant.

En Argentine, les données économiques positives ont fait état d’une progression de la production industrielle en mai (+0,6% en glissement mensuel), dont le niveau est désormais supérieur de 6,1% comparé au plus bas niveau du cycle atteint en décembre 2018. En outre, l’activité de construction s’est inscrite en hausse de 2,3% sur un mois en mai, contrebalançant ainsi largement la contraction observée en avril (-0,3% en glissement mensuel, ajusté des variations saisonnières). Enfin, au Mexique, le ministre des finances a démissionné en faisant part de divergences d’opinions au sein du Cabinet, remettant ainsi en cause l’indépendance du ministère des Finances au sein du gouvernement.

  Matières premières

Les prix du pétrole sont repartis à la hausse cette semaine, près de 4% pour le Brent et 5% pour le WTI, revenant ainsi sur des niveaux qui prévalaient en mars et fin mai (67$/b pour le Brent, 60$/ pour le WTI). Si la faiblesse récente a été alimentée par les craintes sur la demande, (craintes qui ont vu les agences spécialisées réduire leurs attentes de croissance de la demande de pétrole sur l’année 2019) la hausse de ces derniers jours montre que le marché n’a pas oublié qu’il reste des tensions au niveau de l’offre. Celle-ci se matérialise par une forte baisse des stocks hebdomadaires aux Etats-Unis (pour rappel, le début de l’année a été marqué par à restockage important, et la situation commence à se normaliser). La saison des ouragans qui vient de commencer dans le Golfe du Mexique, avec la tempête tropicale Barry, est un élément supplémentaire d’inquiétude sur l’offre à court terme. Un tiers de la production (600kb/j) est pour le moment interrompue de manière préventive. L’histoire montre que l’amplitude de ces phénomènes météorologiques, et leurs impacts sur la production, est impossible à anticiper. L’histoire montre également que l’intensification de ces évènements est liés au changement climatique. Enfin, l’augmentation des tensions dans le Golfe Persique, avec la récente tentative de blocage d’un tanker de la société BP par des navires iraniens, ajoute une dimension psychologique. Pour rappel, les membres de l’OPEP ont décidé en début de mois de prolonger l’accord de réduction de production jusqu’à fin mars 2020. La production du cartel a de nouveau baissé en juin, de -130kb/j à 30Mb/j, alors que la production du Venezuela continue de baisser, et a atteint 734kb/j en juin, un plus bas depuis 16 ans, alors qu’elle était de 2,4Mb/j en juin 2015.

  Dettes d'entreprises

 

Crédit

La semaine a été marquée par le discours de Jerome Powell devant le Congrès, qui a rappelé que les inquiétudes liées au commerce international continuent de peser sur les perspectives économiques aux Etats-Unis. Ces déclarations ont conforté les anticipations d'un assouplissement de la politique monétaire dès la fin du mois de juillet.

Les bons chiffres sur l’emploi et l’inflation américaine, au-dessous des attentes du consensus, ont provoqué un mouvement de sell-off sur les marchés des taux. Le 10 ans allemand se resserre de 15 points de base pour atteindre -0,21%. Le Xover et le Main restent inchangés sur la semaine respectivement à 245 et 50 points de base.

Les flux restent bien très bien orientés sur les obligations Investment Grade et à Haut Rendement, avec une collecte de 1 milliard d’euros et 960 millions d’euros respectivement sur la semaine, soit 12,5 milliards d’euros (5,8% du total des actifs) et 5,8 milliards d’euros (8,6% du total des actifs) depuis le début de l’année.

Deutsche Bank (BBB+) a annoncé comme attendu, un vaste plan de restructuration, avec la suppression de 18 000 emplois (20% de ses effectifs) et des changements au sein de son équipe dirigeante. Le risque d’exécution est proportionnel à l’ampleur du plan.

Suedzucker (BBB-) a dévoilé des résultats encore en forte baisse au premier semestre 2019, toujours affectés par la faiblesse des prix contractés en Europe.

Moody’s a révisé la perspective de Telecom Italia de stable à négative. L’agence estime que la division TIM continuera d’évoluer dans un environnement très concurrentiel avec un levier élevé, malgré l’engagement fort du management de réduire la dette.

Du côté du marché primaire, FinecoBank a émis une obligation AT1 (BB-) de 300 millions d’euros avec un PerpNC5 à 5,875%. Cette émission a été très bien réceptionnée par le marché, avec plus de 2,5 milliards d’euros dans les carnets d’ordres. La National Bank of Greece a fait son retour sur le marché, avec l’émission d’une obligation Tier 2 (CCC) de 400 millions d’euros avec un 10NC5 à 8,25% (contre une indication de prix autour de 9,0% en début de syndication).

Convertibles 

Le marché des obligations convertibles a connu une activité inhabituelle au cours de la semaine, avec une hausse des valorisations faisant suite à un nouveau message accommodant de la part de la Réserve Fédérale. Depuis le 4 juillet, le marché primaire s’est montré peu actif, en raison de la période de « blackout » qui précède la publication des résultats. Seul le fonds souverain malaisien, le Khazanah Nasional Berhad, a émis 500 millions de dollars américains d’obligations convertibles échangeables en actions de la banque malaisienne CIMB (échéance à 5 ans avec option d’achat à 3 ans et prime comprise entre 15 et 20 %). Dans le reste de l’actualité, notons également la baisse des prévisions de BASF. Le groupe chimique allemand réduit en effet ses objectifs en matière de chiffre d’affaires/EBIT compte tenu du ralentissement de la croissance de l’économie mondiale et de la production industrielle pénalisées essentiellement par les conflits commerciaux. Aux États-Unis, Illumina (équipements dédiés aux sciences de la vie) a annoncé de manière anticipée un chiffre d’affaires de 835 millions de dollars américains pour le 2ème trimestre 2019 (montant inférieur de plus de 50 millions de dollars au consensus) et table sur une croissance de 6% (contre 13-14 %). Ces données s’expliquent principalement par le chiffre d’affaires décevant des activités liées à la génomique des populations.

Elément complémentaire