Après la baisse, il n'est pas encore l'heure de se repositionner

Analyse de marché - 07/08/2019

En l’espace des 6 dernières séances boursières, les marchés d’actions ont sensiblement reculé (-6% environ pour le S&P 500 et l’Eurostoxx 50) et les taux des emprunts d’Etat « core » ont plongé (de l’ordre de -30 points de base sur le 10 ans américain et de -15 points de base sur le taux allemand, ce dernier offrant désormais un rendement de -0.52%).

Rappelons brièvement le contexte de ces derniers jours:

  • Dès le 26 juillet, la pression baissière sur la livre sterling s’accentue du fait de la montée du risque de « hard Brexit », suite à la mise en place d’une administration de hard brexiters à Londres ;
  • Le 31 juillet, la Réserve Fédérale délivre bien la baisse des taux attendue par les investisseurs (-25 points de base) mais son communiqué pointe davantage une assurance face à la montée des incertitudes que le début d’un mouvement potentiellement plus marqué. Le discours de la Réserve Fédérale passe de la proactivité à la réactivité, un changement de statut à nos yeux important.
  • Sur la base de ces éléments nous décidons le 1er août de réduire le poids des actions européennes au profit du cash.
  • Dans la soirée du 1er août, le président Donald Trump annonce dans un tweet la mise en place d’une taxe de 10% sur 300 milliards de dollars d’importations chinoises.
  • Le 5 août, le Yuan franchit le seuil symbolique des 7 contre le dollar US, en baisse de plus de 2% en deux séances, de même que les autorités chinoises laissent circuler l’information qu’elles suspendent les achats des biens agricoles américains. Le Trésor américain accuse la Chine de manipuler sa devise (dans la pratique, la banque centrale chinoise a réduit ou cessé ses interventions qui visaient à empêcher la baisse de sa devise).
  • C’est indéniablement un regain de tensions entre la Chine et les Etats-Unis avec une première répercussion sur le marché des changes qui a emporté les actifs risqués.

Analyse

L’incompréhension entre les deux parties s’est accentuée, la Chine semblant sous-estimer le large consensus politique entre Républicains et Démocrates sur la question du déséquilibre profond et injuste des règles commerciales pratiquées à Pékin et du manque de respect pour la propriété intellectuelle, de même que les Etats-Unis intègrent probablement trop peu l’atteinte à la souveraineté chinoise que comportent certaines de leurs revendications. La mauvaise nouvelle est que certaines étapes, potentiellement dangereuses, dans l’escalade sino-américaine ont été franchies. La bonne nouvelle est qu’aucun des deux pays n’a fondamentalement intérêt à un conflit et qu’après une telle manifestation des déterminations respectives, il y a probablement une volonté de ne pas franchir un point de non-retour.

Il est très difficile à ce stade de savoir comment le dialogue sino-américain va évoluer mais on notera que les sujets de crispation potentiels se multiplient :

  • Les mesures de rétorsion chinoises visent probablement intentionnellement le président américain : la Chine devait pertinemment savoir que la baisse de sa devise provoquerait une secousse sur les marchés financiers, un sujet particulièrement cher au président Donald Trump, de même que si les biens agricoles devaient pâtir des restrictions, les électeurs du futur candidat républicain, déjà en campagne électorale, seront impactés. Elles peuvent tout aussi bien amener le président Donald Trump à transiger qu’à surenchérir.
  • Risque de guerre des changes ? Le discours du Président comme du Trésor américain est volontairement ambigu sur le dollar, il peut donc être utilisé comme instrument. Les marchés y seraient vraisemblablement très sensibles. La dépréciation du Yuan de 3% en août 2015 avait suscité une correction des marchés financiers, de même que « l’accord de Shanghai » visant à mettre fin au désaccord sur les changes de février 2016 avait été accueilli par les investisseurs avec soulagement. Dans un contexte de décélération économique et de faiblesse chronique de l’inflation, toute politique visant à faire baisser sa devise serait vécu comme une politique visant à exporter son risque déflationniste et perturberait les repères des investisseurs.
  • Une crise des missiles ? Les Etats-Unis, qui ont dénoncé le Traité de désarmement INF, cherchent à installer des missiles de portée intermédiaire en Asie. « La Chine ne restera pas les bras croisés et sera dans l’obligation de prendre des mesures de rétorsion si les Etats-Unis devaient déployer des missiles dans cette région du monde » a répondu un directeur général d’un Département du Ministère des affaires étrangères.
  • Selon le Financial Times, les américains surveillent de près les mouvements des cargos chinois, certains étant soupçonnés de transporter du pétrole iranien vers la Chine.
  • Enfin, l’ampleur des manifestations et le mouvement de grève qui s’étend à Hong-Kong commence à faire résonner les menaces de Pékin qui cherche à siffler la fin de la partie. Quelles seraient les répercussions internationales en cas d’intervention directe des autorités chinoises ? Remarquons que l’Occident jusqu’ici a soigneusement évité de communiquer sur ce sujet.

Conclusion

Tout repli des marchés constitue une opportunité potentielle de se repositionner, d’autant plus que notre allocation d’actifs est globalement prudente, et que si l’économie mondiale est indéniablement en ralentissement, le contexte aux Etats-Unis ainsi qu’en Chine reste plutôt résilient. Mais la montée de cette tension géopolitique de surcroît dans un contexte électoral aux Etats-Unis trouble surtout la visibilité, les répercussions d’une surenchère pouvant être matérielles. La baisse des marchés en elle-même n’est pas suffisante pour considérer que cette incertitude est bien intégrée, d’autant plus qu’elle évolue de façon erratique en temps réel. La forte contre-performance relative des actions émergentes cette année par rapport aux autres indices montre malgré tout que certains indices retrouvent de la valeur, mais le terrain à court terme demeure incertain. Après le récent abaissement du risque dans les portefeuilles, nous conservons notre allocation d’actifs et continuons à surveiller la situation de près.

Elément complémentaire