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Les tensions sino-américaines accaparent à nouveau la lumière

Analyse de marché - 05/08/2019

La semaine a été compliquée sur les marchés actions qui auraient pourtant dû être rassurés par la baisse attendue des taux d’intérêt de 0,25% par la Réserve Fédérale. Mais les commentaires associés n’ouvrant pas franchement la voie à une série de baisses dans les mois à venir ont décontenancé les investisseurs.

Cependant, d’autres éléments ont pesé. Tout d’abord la probabilité grandissante d’un Brexit sans accord a entraîné une chute préoccupante de la devise britannique. Ensuite, la décision du président Donald Trump de taxer de 10% supplémentaires 300 milliards de dollars d’importations américaines en provenance de la Chine. 

Ces éléments interviennent alors que les résultats des entreprises sont plutôt rassurants par rapport à des anticipations « médiocres » mais les indicateurs ISM d’activité industrielle aux Etats-Unis et plus particulièrement les indicateurs d’activité manufacturière en Europe (43,2 en Allemagne et inférieur à 50 en France) pointent tous vers une dégradation. 

Même si la consommation tient et que le soutien des banques centrales et des politiques budgétaires à l’activité ne se dément pas, le risque de dégradation nous incite à conserver un biais défensif en réduisant le poids des actions européennes. 

  Actions européennes

Une semaine marquée par le retour du conflit commercial sur le devant de la scène pour les marchés actions, qui fait globalement passer la réunion de la Réserve Fédérale au second plan. L’annonce du président Donald Trump d’une mise en place à compter du 1er septembre de droits de douane additionnels de 10% sur les 300 milliards de dollars américains d'importations chinoises non encore taxées a provoqué un retournement des marchés. La chute des taux longs s’est poursuivie avec un Bund filant vers les -0,50%. Des indices manufacturiers décevants avaient jusque-là eu peu d’impact, alors que la salve de publications ressort globalement satisfaisante : 54,8% de surprises positives sur les BPA (bénéfices par action) vs 50% en moyenne depuis 2011, et 58% de surprises positives sur le chiffre d’affaires vs 42% en moyenne depuis 2011. Les publications des industrielles cycliques déçoivent néanmoins globalement en Allemagne, à l’image de Siemens dont la marge au sein de la division Digital Factory ressort dégradée. Bayer fait de son côté état de perspectives dégradées au sein de l’entité Crop-Science et avertit sur sa guidance 2019. Le secteur bancaire s’était repris dans la semaine, aidé notamment par la publication rassurante de Société Générale sur sa solvabilité et sa capacité à verser de nouveau un dividende en cash. L’Oréal a déçu après des résultats moins bons que prévus, marqués par un repli des ventes aux Etats-Unis. Le secteur parapétrolier s’est distingué dans un contexte de multiplication des contrats. Adidas a profité des commentaires rassurants du CEO de Puma sur la hausse soutenue de la demande sur les marchés clés des Etats-Unis et de la Chine. Sanofi a surpris favorablement après un relèvement de ses prévisions annuelles.

Du côté des transformations d’entreprises, LSE a annoncé l’acquisition de Refinitiv. Deutsche Telekom poursuit son re-rating dans le sillage de l’approbation de la fusion Sprint/T-Mobile mettant en lumière la sous-évaluation de son business d’opérateur historique. Enfin, EssilorLuxottica se reprend après avoir confirmé ses objectifs annuels ainsi que la prise de contrôle de GrandVision pour 7,2 milliards d’euros. 

  Actions américaines

La semaine s’est achevée sur une série de séances mouvementées, le S&P 500 et le Nasdaq corrigeant sur la semaine de respectivement de -2,4% et -2,7% à la clôture du 1er août.

On note un fort rebond de la volatilité et le premier revirement de +1% à –1% du S&P 500 en séance (jeudi) depuis le début de l’année. La baisse des taux de 25 points de base par la Réserve Fédérale étant déjà largement anticipée par les marchés, l’attention des investisseurs s’est concentrée sur la conférence de presse qui a suivi la réunion du FOMC. Le marché a négativement réagi aux propos de Jerome Powell qui écarte le début d’un cycle d’assouplissement monétaire.

Jeudi soir l’annonce du président Donald Trump de vouloir appliquer 10% de droit de douanes additionnels sur 300 milliards de dollars américains d’importations chinoises à partir du 1er septembre a également précipité une correction en fin de séance. Sur le plan technique, la dispersion des performances sectorielles continue d’être très marquée, avec une très forte correction des composantes les plus cycliques (financières, industrielles, énergie) et un intérêt toujours présent pour les titres « momentum » et défensifs (i.e. logiciels, services aux collectivités, consommation de base). Sur la semaine, les secteurs qui surperforment sont les foncières cotées et les valeurs minières aurifères, tandis que la consommation discrétionnaire, les industrielles et l’énergie sous-performent le reste du marché.

Le pétrole (WTI) a clôturé à 53,7 dollars américains, accusant une baisse de -4,5% sur la semaine, sur fonds de retour des tensions commerciales et leurs implications sur la croissance mondiale. Au niveau des entreprises, alors que s’achève une nouvelle semaine de publication des résultats, 76% des sociétés ayant publié leurs résultats ont annoncé des BPA (bénéfices par action) au 2nd trimestre supérieurs au consensus, alors que seulement 58% des sociétés ont surpris à la hausse sur la croissance de leurs chiffre d’affaires. Le nombre de révisions à la baisse des résultats attendus sur le 3ème trimestre continue à augmenter, ce qui laisse entrevoir des niveaux de résultats attendus sans doute trop élevés au 4ème trimestre 2019 et sur l’année 2020. Parmi les annonces de BPA sur la semaine, on note les résultats de General Electric qui sont sortis en deçà du consensus sur la contraction des marges de sa division industrie et énergies renouvelables mais la société a relevé sa guidance sur l’année 2019, tandis que Verizon, dans le secteur des télécoms a sorti des résultats mitigés avec des revenus et EBITDA plus bas qu’attendus, avec cependant une croissance notable de sa base d’abonnés (+450 mille) dans la téléphonie mobile. 

  Actions japonaises

La Banque du Japon (BoJ) a décidé de reconduire sa politique monétaire ultra-accommodante à l’issue de sa réunion de la fin du mois de juillet. Le gouverneur de la BoJ, Haruhiko Kuroda, a toutefois indiqué que la banque centrale n’hésiterait pas à mettre en œuvre des nouvelles mesures d’assouplissement si la réalisation de son objectif d’inflation venait à être davantage compromise. La BoJ a ainsi décidé de conserver plusieurs options de politique monétaire en préparation des prochains mois.          

Le marché des actions japonaises a été marqué par la prudence des investisseurs et notamment par leurs craintes entourant les résultats trimestriels (pour la période avril-juin) et le risque d’appréciation du yen face au dollar américain. L’indice TOPIX a reculé de 0,27% durant la semaine. Outre le conflit commercial sino-américain persistant, la détérioration des relations entre le Japon et la Corée du Sud a également pesé sur le marché boursier.

Dans un contexte de prudence à l’égard de la saison de publication des résultats, le secteur pharmaceutique a surperformé le marché. Daiichi Sankyo a ainsi progressé de 9,16% à la faveur de solides bénéfices. À l’inverse, dans le secteur de la consommation, les titres qui avaient jusqu’ici relativement bien résisté ont affiché des performances assez faibles. Kao Corporation et Shiseido ont reculé de 6,25% et de 4,53% respectivement, sur fond de craintes d’une baisse de leurs ventes en Chine. Enfin, dans le secteur du transport terrestre, Yamato Holdings a chuté en raison des résultats trimestriels décevants. 

  Marchés émergents

Les marchés émergents se sont repliés cette semaine, sur fond de regain d’incertitudes entourant les tensions commerciales sino-américaines et la position ferme de la Réserve Fédérale, qui a cependant abaissé son taux directeur. Le président Donald Trump a annoncé l’imposition de nouveaux droits de douane de 10% sur 300 milliards de dollars américains d’importations chinoises, tout en jugeant les négociations commerciales organisées à Shanghai productives. Pékin a menacé les États-Unis de riposter, alors que les délégations des deux pays ont convenu de se revoir début septembre à Washington.

En Chine, le compte rendu de la réunion du Politburo a fait état d’une prudence accrue à l’égard des perspectives économiques, le Bureau politique chinois reconnaissant que la croissance était confrontée à des pressions baissières de plus en plus importantes et que des mesures de stabilisation étaient nécessaires afin de faire face à l’impact du conflit commercial. Néanmoins, l’institution a réaffirmé sa position plus stricte vis-à-vis du secteur immobilier, puisque celui-ci ne sera pas concerné par les mesures de relance à court terme. L’indice PMI officiel s’est inscrit en hausse à 49,7 par rapport au mois de juin (49,4), contre des prévisions de 49,6. Du côté des entreprises, Huawei a déclaré avoir déjà récupéré 80% de ses ventes de téléphones portables à l’international depuis l’instauration des sanctions américaines, enregistrant une croissance de 23,2% de son chiffre d’affaires au premier semestre 2019, tandis que la division Consommation représente désormais plus de 40% de son activité.

En Inde, les prévisions d’une croissance de 4% de l’industrie automobile initialement annoncées par le constructeur automobile Maruti ne sont plus d’actualité, la presse locale ayant fait part de suppressions de postes et de fermetures de concessions en raison du ralentissement du secteur. Dans le secteur financier, ICICI Bank a publié des résultats solides, avec une amélioration de sa croissance et de la qualité de ses actifs, alors que les résultats d'Axis Bank se sont avérés plombés par la hausse des provisions et des amortissements de créances douteuses.

Le Japon a décidé de retirer la Corée du Sud de la « liste blanche » de ses partenaires commerciaux de confiance, l’intensification des tensions entre les deux alliés des États-Unis menaçant de fragiliser les liens en matière de sécurité ainsi que les chaînes d’approvisionnement mondiales. Moon Jae-in et Shinzo Abe ont tous les deux grimpé dans les sondages d’opinion de leur pays pour avoir pris une position ferme vis-à-vis de la situation. Samsung SDI a annoncé des résultats supérieurs aux attentes pour le 2nd trimestre 2019, la direction affichant un solide optimisme pour ce semestre grâce à la normalisation de son activité de stockage d’énergie et à l'accélération de celle liée au développement de batteries pour véhicules électriques. Samsung Electronics a rendu compte de résultats encourageants pour le 2nd trimestre 2019, les centres de données ayant recommencé à passer des commandes de puces mémoire du fait de la normalisation des stocks. La direction a toutefois décidé de retarder à début 2020 la mise à jour de sa politique de versement de dividende, en raison du manque de visibilité de son environnement de marché.

La Banque Centrale Russe a baissé son taux directeur de 7,5% à 7,25%, conformément aux attentes, et a laissé entendre que des nouvelles mesures d’assouplissement étaient à prévoir au vu du ralentissement de l’inflation, compte tenu de son objectif de 6-7%.

Au Brésil, le taux d’intérêt interbancaire (Selic) a été réduit de 50 points de base, alors que les analystes tablaient sur une baisse de 25 points de base. Le marché actions s’est redressé, tandis que le réal brésilien s’est déprécié sur fond d’attentes de mesures d’assouplissement supplémentaires. Le marché attend désormais patiemment de voir la réaction de l’économie à l’approbation de la réforme des retraites. Du côté des entreprises, le distributeur brésilien Lojas Renner a publié des résultats en deçà des attentes, alors que le titre de Cielo a réagi positivement aux annonces des médias selon lesquelles la banque publique Banco do Brasil envisageait de céder sa participation à Bradesco.

En Argentine, Mauricio Macri a mené la campagne des élections primaires, tandis qu’Alberto Fernández s’est engagé à ce que son gouvernement ne paye plus d’intérêt sur les bons de la banque centrale et à augmenter de 20% les pensions de retraite s’il sortait vainqueur des prochaines élections. 

  Dettes d'entreprises

 

Crédit

La tendance a été négative cette semaine, le marché a été déçu par le discours de la Réserve Fédérale jugé moins accommodant que prévu ; Jerome Powell a annoncé une baisse des taux d’un quart de point mais a aussi dissipé les espoirs d’un cycle prolongé d’assouplissement monétaire aux Etats-Unis. Les incertitudes sur le Brexit et le regain des tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis ont aussi été source de pression sur les spreads. Dans ce contexte, l’indice Xover s’est écarté de 13 points de base et le Main de 4 points de base entre lundi et jeudi.

Les obligations Refinitiv (fournisseur d'informations, de données et d'analyses au secteur financier) ont surperformé cette semaine après l’annonce d’une offre de rachat par le groupe London Stock Exchange pour 27 milliards de dollars américains. Les obligations Teva ont aussi été en hausse ; Pfizer a annoncé lundi son intention de fusionner son activité de médicaments non brevetés avec le groupe pharmaceutique Mylan. On observe aussi une bonne performance de l’émetteur Thomas Cook, suite à l’annonce de la prise de participation du tour-opérateur turc Neset Kockar à hauteur de 6,7% dans la compagnie. Enfin, les papiers Wind Tre terminent en hausse d’environ 4 points après l’annonce par CK Hutchison de leur refinancement dans une nouvelle entité Investment Grade.

On note un profit warning de Schaeffler qui revoit ses prévisions pour l’année 2019 en se basant dorénavant sur une production globale automobile en déclin de 4% en 2019 (contre 1% annoncé précédemment). L’ensemble du secteur des équipementiers automobiles a souffert suite à la nouvelle. Les obligations Altice sont en hausse, la croissance de l’EBITDA du groupe s’accélère au 2nd trimestre et les objectifs 2019 sont relevés à la hausse, en particulier au niveau des flux de trésorerie opérationnels. Enfin, on souligne les bons résultats de Smurfit Kappa qui affiche une croissance de son EBITDA de 17% et les résultats toujours bien orientés de Recordati dont le chiffre d’affaires progresse de 5% porté par une bonne performance de l’ensemble des zones géographiques.

Du côté des obligations financières, Credit Suisse a surpris le marché : le résultat net ressort en hausse de 26% sur l’année. Les segments Global Markets et International Wealth Management (collecte nette de 9,5 milliards de francs suisses) ont particulièrement bien performés. BNP Paribas publie aussi au-dessus des attentes, les activités de la Banque de Financement et d’Investissement (CIB) se sont redressées et le programme de réduction des coûts se poursuit.

Le marché primaire a été assez peu dynamique. Ardagh a émis des obligations pour un montant équivalent à 1,8 milliard de dollars américains en 3 tranches sur 7 et 8 ans afin de refinancer la souche 7,25% de maturité 2024 qui va être remboursée par anticipation. Par ailleurs, Swissport, groupe suisse de services aéroportuaires compte refinancer une partie de sa dette par l'émission d'une nouvelle ligne de crédit ainsi que de nouvelles obligations dont 280 millions d’euros de dette unsecured (CCC).  

Convertibles 

La semaine a été marquée par deux nouvelles émissions. LG Display (développeur et fabriquant de produits d'affichage numérique pour LCD, téléphonie mobile et OLED principalement) a émis une obligation convertible pour 688 millions de dollars américains avec une prime de 26% et 1,5% de coupon. La deuxième qui concerne Tencent a été très attendue par le marché. JP Morgan a sorti une échangeable pour 400 millions de dollars américains de Tencent avec une prime de 25% et à horizon 3 ans. La demande sur cette échangeable a été très forte.

Concernant les résultats, nous retenons ceux d’Akamai (logiciel d’infrastructure) qui a positivement surpris autant sur ses ventes que sur ses bénéfices, Air France qui a publié de bons résultats avec un EBIT à 400 millions d’euros (en progression de 16% en glissement annuel) et Nuvasive (équipements médicaux) qui a également publié de très bons résultats, en particulier sur le segment du traitement chirurgical des troubles de la colonne vertébrale. Ce segment représente 54% de ses ventes sur lesquelles la société a réaffirmé ses attentes de croissance à hauteur de 3,8% / 5,8%.

En revanche on constante quelques déceptions comme Ence (producteur de pâte à papier) qui a de nouveau déçu sur ses résultats, par ailleurs le délai légal pour la gestion de sa perte de concession pourrait aller jusqu’à 4 ans, ce qui n’a pas rassuré les porteurs de l’obligations convertibles ; ou encore Glencore, qui a souffert de la baisse des prix du cobalt, n’a pas atteint ses objectifs sur le cuivre africain et a rencontré des difficultés sur la production de zinc et nickel sur sa mine du Katanga.

Elément complémentaire