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Les investisseurs ouvrent les yeux sur le risque politique italien

Actualité - 31/05/2018

Dans un climat de confusion politique, la dette italienne a amorcé un mouvement de légère détente, alors que le taux à deux ans avait atteint son plus haut niveau depuis 2013 et que le taux à 10 ans avait dépassé 3% en début de semaine.

La structure du marché obligataire italien est particulière, car seule une très faible portion des €2.7tn de dette est détenue en dehors de ses frontières. Plus de 2/3 de sa dette est détenue par les résidents, à savoir les banques, les fonds de pension et les assureurs. Ils tendent à être moins sensibles aux variations de prix que les autres investisseurs. La BCE détient par ailleurs 15% de la dette italienne.

Déboussolés, les marchés se réveillent d’une longue période de bienveillance et prennent conscience du retour des remous politiques en Europe, dont la prime de risque reste difficile à évaluer. Jusqu’à présent, ils ont fait preuve d’un excès de confiance dans un environnement économique favorable, au regard du resserrement des spreads du taux à 10 ans italien versus le Bund à 10 ans allemand entre le mois de janvier et les élections italiennes du mois de mars.

Carlo Cottarelli, ancien fonctionnaire du Fonds monétaire international (FMI) et spécialiste des comptes publics, a été chargé par le président de la République italienne, Sergio Mattarella, de former un nouveau gouvernement - probablement transitoire - après le veto prononcé contre Giuseppe Conte, porté au pouvoir par la coalition entre le Mouvement 5 étoiles (M5S) et la Ligue du Nord. De nouvelles élections doivent être organisées au cours des prochaines semaines / prochains mois. Les investisseurs vont se montrer particulièrement attentifs au déroulement des événements et notamment à la campagne électorale qui pourrait se jouer davantage encore que la précédente sur le terrain de l’anti-européanisme. En dépit du possible durcissement des positions de chacun des partis, les marchés garderont sans doute à l’esprit qu’une sortie de la zone euro est bien plus compliquée à mettre en œuvre qu’un retrait de l’Union européenne.

Le prolongement de la période d’incertitude politique en Italie devrait inévitablement créer de la volatilité, néanmoins source d’opportunités. Par conséquent, nous conservons des liquidités pour disposer de marges de manœuvre dans le but de réaliser de nouveaux investissements. Les pays périphériques de la zone euro restent attractifs à condition de se montrer particulièrement sélectifs. Ainsi, le Portugal, la Grèce ou encore Chypre présentent un intérêt grâce à l’amélioration de la dynamique économique et la réduction des risques politiques.


Par François Raynaud, Gérant Allocation d’actifs & Dettes Souveraines chez Edmond de Rothschild Asset Management