Baisse des marchés actions : un sentiment de déjà-vu ?

Analyse de marché - 04/10/2019

Hormis la hausse technique du dernier jour du trimestre, le marché a subi une série de nouvelles négatives tant politiques qu’économiques.

En effet, les indicateurs avancés de l’industrie et des services (ISM) ont baissé largement par rapport aux attentes. L’ISM manufacturier a touché un point bas depuis 2009, avec une baisse importante de nouvelles commandes. L’ISM des services qui résistait bien a fléchi sur le mois de septembre en baissant à 52,6, la composante emploi atteignant son niveau le plus bas depuis 5 ans à 50,4. En Europe aussi, les chiffres définitifs des PMI ont confirmé la faiblesse de l’activité industrielle et des secteurs exposés au commerce mondial.

Sur le plan politique, les craintes se sont déplacées vers l’Europe avec la confirmation de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) que les aides européennes à Airbus représentaient un dommage pour les Etats-Unis. Dans la foulée, le département au Commerce américain a décidé d’imposer de nouveaux droits de douane aux produits européens, notamment les avions ainsi que certains produits agricoles. En Europe, toujours, les négociations pour le Brexit ont aussi animé les marchés. Boris Johnson a proposé un plan alternatif à la clause du « backstop » qui bloque actuellement tout accord de sortie. Les européens n’ont pas immédiatement rejeté ce plan, ce qui a entraîné une hausse de la livre sterling, mais ils restent cependant sceptiques.

Les marchés actions ont connu deux journées de forte baisse sur la semaine, effaçant la hausse du mois de septembre. Les taux européens n’ont que peu baissé par rapport à l’ampleur de la correction des actifs risqués. Le mouvement a été plus marqué sur les taux américains où le taux à 10 ans se rapproche des points bas du mois d’août et les anticipations de baisse des taux lors de la prochaine réunion de la Réserve Fédérale fin octobre ont rebondi.

La semaine prochaine, la réouverture du marché chinois après l’anniversaire des 70 ans de la République Populaire de Chine sera scrutée par les investisseurs et ces derniers seront évidemment attentifs à toute déclaration sino-américaine compte tenu de la rencontre prévue le 10 octobre.

Dans ce contexte de poursuite de ralentissement économique, nous continuons d’acheter de la dette souveraine américaine et allemande et maintenons notre position de prudence sur les actifs risqués.  

  Actions européennes

La semaine boursière a été marquée par un décrochage de près de 3% des indices européens ce mercredi 2 octobre, enregistrant la plus forte baisse du MSCI Europe depuis décembre 2018. Les mauvais indicateurs macroéconomiques, notamment l’ISM manufacturier américain, ont déclenché la correction, néanmoins stabilisée sur la fin de semaine.

Peu de publications de résultats, mais on notera l’avertissement sur les profits de Commerzbank qui ne devrait pas afficher de croissance de ses revenus en 2019, et la bonne publication de H&M qui affiche un rebond de la croissance des ventes, de même que de sa marge.

Sunrise, l’opérateur télécom suisse, revoit à la baisse la taille de son augmentation de capital dans le cadre de sa volonté de rachat des activités suisses de Liberty, afin de convaincre ses actionnaires réticents, et le premier d’entre eux est l’opérateur Freenet. L’approbation du rachat doit encore passer devant l’Assemblée Générale. Parmi les valeurs françaises, la semaine a été marquée par les journées investisseurs organisées par Suez et Thales. Le plan stratégique dévoilé par Suez vise à augmenter la création de valeur du groupe vis-à-vis de toutes ses parties prenantes et repose sur une croissance plus sélective avec une moindre intensité capitalistique, un programme d’efficacité opérationnelle, et une évolution du portefeuille d’activités visant à accroître le retour sur capitaux employés, ce qui augmenterait sa capacité de distribution de dividendes. Pour Thales, la journée investisseurs a été l’occasion de présenter les enjeux technologiques liés à l’acquisition récente de Gemalto, qui devrait générer des synergies de revenus comprises entre 300 millions d’euros et 500 millions d’euros. Les objectifs financiers dévoilés par le groupe pour la période 2019-2023 sont apparus un peu prudents, pénalisés notamment par l’absence de croissance dans la division transport, et une hausse de la R&D autofinancée, partiellement compensée par des efforts continus sur la base de coûts. Enfin Verallia, l’ancienne filiale de Saint Gobain actuellement détenue par le fonds Apollo et par BPI France, troisième producteur mondial d'emballages en verre pour les boissons et les produits alimentaires, a levé cette semaine près d’1 milliard d’euros via la plus grosse opération d’introduction en bourse en France, depuis celle du gestionnaire de flottes automobiles ALD en 2017.

Enfin, cette semaine aura été marquée par de nombreux changements de CEO. KPN, après avoir annoncé la venue de l’ex-Proximus Dominique Leroy, renonce finalement à sa nomination, pour désigner son COO comme nouveau CEO du groupe ; BP procède également au remplacement de son CEO, de même que Tesco qui annonce le départ surprise de David Lewis, et enfin, après 9 années en tant que CEO d’Imperial Brands, Alison Cooper, quittera le groupe de tabac lorsque le conseil d’administration aura trouvé un successeur.  

  Actions américaines

Le S&P 500 et le Nasdaq sont en baisse de 2,3% et 1,7% cette semaine, signant un début de mois clairement dans le rouge après une montée des craintes sur un ralentissement économique aux États-Unis. La publication de chiffres macro-économiques en dessous des attentes aux États-Unis, avec un ISM Manufacturier a 47,8 (au plus bas depuis juin 2009) et un ISM non manufacturier a 52,6 (vs 55 attendu), a accéléré un mouvement risk-off cette semaine, avec le taux 10 ans américain en baisse de 15 points de base à 1,52%.

Au niveau sectoriel, avec le repli de 6,5% du prix du baril de Brent à 58$, le secteur de l’énergie baisse de 4,4%. Les valeurs industrielles reculent de 3,9% et les financières de 3.6%. Les valeurs défensives baissent dans une moindre mesure. Au niveau des entreprises, les brokers en ligne chutent fortement. E-trade et Charles Schwab affichent respectivement -15% et -14%, après que plusieurs acteurs aient pris la décision de réduire leurs commissions de transaction à 0% pour les clients privés. 

  Actions japonaises

À l’approche de la saison de publications des résultats, l’indice TOPIX a été sous pression et a clôturé la période en baisse de 2,21%.

Il a néanmoins rebondi le 1er octobre à la faveur de données meilleures que prévu de l’étude Tankan pour le mois de septembre, mais également suite à la déclaration de la Maison Blanche qui a démenti l’information selon laquelle l’administration Trump envisageait d’imposer des restrictions d’investissement sur les entreprises chinoises (y compris un retrait de la cote des ADR). Le marché s’est toutefois replié le reste de la semaine, et en particulier le 3 octobre – le TOPIX chutant de 1,72%, plombé par l’actualité internationale. L’appétit pour le risque des investisseurs s’est atténué après la publication de l’indice ISM manufacturier américain pour septembre ; lequel s’est inscrit en deçà de 50 pour le 2nd mois consécutif, et après que l’OMC a autorisé Washington à imposer des droits de douane sur les produits européens. 

  Marchés émergents

Les marchés émergents ont reculé de 0,9% cette semaine (cours du 3 octobre à la clôture). La semaine dernière s’est terminée sur une note négative, le marché ayant spéculé sur de possibles restrictions imposées par Washington sur les investissements en Chine, bien que les derniers indicateurs macroéconomiques de la deuxième puissance économique mondiale aient été plus encourageants. Les indices PMI manufacturiers officiel et Caixin se sont ainsi inscrits en hausse par rapport au mois précédent, à un niveau plus élevé qu’attendu. Les ventes immobilières ont également augmenté en septembre, progressant de 33% en glissement annuel, ce qui représente une accélération par rapport à la hausse de 21% enregistrée en août. Parmi les 493 entreprises ayant fait part de leurs prévisions de bénéfices pour le troisième trimestre, 216 ont annoncé les avoir revus à la hausse. Les entreprises de la chaîne d’approvisionnement d’Apple ont reçu une excellente nouvelle cette semaine puisque le lancement de l’iPhone 11 semble meilleur que prévu, ce qui a incité le géant américain à augmenter la production de son nouveau modèle de près de 10% selon le Nikkei.

En Inde, l’actualité du secteur des sociétés financières non bancaires a de nouveau été préoccupante, Indiabulls Housing Financial ayant dévissé de 34% lundi sur fond d’allégations de fraude. Cela intervient après que la banque centrale indienne (RBI) a imposé un plan de mesures correctives rapides à Lakshmi Vilas Bank, qui souhaitait fusionner avec Indiabulls, mettant ainsi en péril le projet de fusion. Les ventes automobiles ont de nouveau reculé en septembre malgré une amélioration séquentielle. Maruti Suzuki a ainsi enregistré une croissance de 17% de ses ventes sur un mois. Par ailleurs, la RBI a réduit son taux directeur de 25 points de base pour la cinquième fois depuis le début de l’année, tout en conservant un ton conciliant.

Au Brésil, le texte de base de la réforme des retraites a été approuvé en première lecture par le Sénat, par 56 voix contre 19. En l’état, la réforme devrait permettre au pays d’économiser 750 milliards de réaux sur dix ans. Cette nouvelle est favorable à l’économie brésilienne, bien que le montant total des économies soit inférieur aux quelque 1 000 milliards de réaux initialement prévus. Les indicateurs macroéconomiques publiés cette semaine ont fait état d’une légère amélioration, l’indice PMI manufacturier s’établissant à 53,4 en septembre et poursuivant sa progression par rapport à son plus bas atteint en juillet (49,9). La production industrielle s’est également inscrite en hausse sur un mois à 0,8%, contre 0,2% en août.

Au Pérou, les incertitudes politiques se sont intensifiées après que le président Martín Vizcarra a annoncé la dissolution du Congrès. 

  Dettes d'entreprises

 

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La tendance a été assez mitigée sur la semaine, les incertitudes autour du Brexit sont nombreuses et les indicateurs américains décevants ont ravivé les inquiétudes sur la croissance économique mondiale. Dans ce contexte, l’indice Xover s’écarte de 19 points de base et le Main de 3 points de base. 

Les obligations Fives ont souffert, vendredi dernier Moody’s a dégradé la note du groupe de B2 à B3 (perspective négative maintenue) sur la base d’un ratio de levier trop élevé (9,8x à fin juin 2019). Les obligations HEMA ont aussi fortement baissé après des résultats décevants au 2nd trimestre 2019. Si le chiffre d’affaires est en hausse de 3,5%, l’EBITDA ajusté décroit de 25% et le levier se détériore à 7,5x contre 6,9x il y a trois mois. L’ouverture d’une enquête, en Italie, contre le président du fonds actionnaire Ramphastos Investments a aussi été source de pression sur les instruments du groupe. On note une potentielle avancée dans le dossier des opioïdes pour Teva, qui pourrait prendre part à la procédure de banqueroute de Purdue Pharma. Par ailleurs, WeWork a officiellement indiqué le report à une date indéterminée de son IPO et après S&P la semaine dernière, Fitch a également révisé à la baisse la note de la dette du groupe. Un plan de redressement devrait être annoncé d’ici peu. 

Selon la presse, United Group et Providence Equity Partners ont soumis des offres sans engagement pour racheter l’opérateur télécom bulgare Vivacom, actuellement détenu par Spas Roussev et la filiale londonienne de la banque russe VTB. Par ailleurs, Banco Sabadell pourrait mettre en vente sa filiale d’asset management. La contribution de ce segment aux revenus du groupe est assez peu élevée et l’impact sur la rentabilité devrait ainsi être assez limité. La potentielle cession serait liée à des considérations stratégiques. 

Du côté du marché primaire, Wind Hellas a émis à 5 ans pour 525 millions d’euros (coupon de 4,25%). Du côté de la dette financière, l’assureur Hannover Re a émis une obligation Tier 2 à 20 ans de coupon 1,125% avec call 10 ans. Enfin, AIB a émis une obligation AT1 pour 500 millions d’euros de coupon 5,25%. La demande pour le titre a été élevée avec un carnet d’ordre 6 fois sursouscrit. 

Convertibles 

Une semaine plutôt calme du côté du marché primaire sur les obligations convertibles avant les résultats d’entreprises. Nous avons simplement vu Neoen, entreprise française de production d’énergie renouvelable solaire, éolienne et de celle tirée de la biomasse, émettre 200 millions d’euros d’obligation convertible à 5 ans avec 35% de prime. Dans le reste de l’actualité, Sika (spécialités chimiques pour la construction et l’industrie), a relevé ses objectifs de marge pour 2023 (entre 15% et 18% contre 14-16%).

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