Baisse des PMI en zone Euro, accord entre la Chine et les Etats-Unis pour réduire le déficit commercial américain des biens

L'hebdo des économistes - 29/05/2018

En bref
  • En zone Euro, les PMI ont poursuivi leur repli en mai et confortent notre scénario d’une décélération de la croissance du PIB en 2018
  • Les Etats-Unis et la Chine ont publié un accord commun destiné à réduire substantiellement le déficit commercial américain des biens, apaisant les tensions commerciales entre les deux pays
  • L’absence d’objectifs chiffrés et les dernières annonces de D. Trump sur d’éventuels droits douaniers portant sur les importations automobiles américaines suggèrent toutefois la persistance d’une incertitude marquée

En zone Euro, les indices PMI ont poursuivi leur repli en mai et confortent notre scénario d’une décélération de la croissance du PIB en 2018

La confiance des directeurs d’achats en zone Euro poursuit sa lente érosion. Ainsi, l’indice PMI composite, qui synthétise l’évolution de l’activité dans les secteurs manufacturiers et des services et qui s’était établi à son plus haut niveau depuis 12 ans en janvier 2018, a continuellement baissé depuis. Cette tendance a été confirmée avec la publication préliminaire de l’enquêt e PMI pour le mois de mai.

L’évolution de cet indice et les composantes des enquêtes confortent notre scénario selon lequel la croissance du PIB de la zone Euro, après avoir bénéficié d’un élan de rattrapage et de la baisse passée de l’euro en 2017, devrait se modérer en 2018. Ce moindre dynamisme de l’activité pourrait, selon notre analyse, conforter la Banque Centrale Européenne (BCE) dans son approche prudente. Ainsi, si nous continuons d’anticiper que la BCE ralentirait ses achats de titres en septembre 2018 pour les amener à leur terme d’ici la fin de l’année, nous prévoyons qu’elle opterait pour un statu quo durable sur ses taux directeur s en les maintenant à leur niveau actuel en 2018 et en 2019 et qu’elle poursuivrait, au cours de cette période, les réinvestissements des montants qu’elle reçoit lorsque les titres qu’elle détient arrivent à échéance, ce qui maintiendrait la taille de son bilan stable à un niveau élevé.

L’indice composite PMI pour la zone Euro a baissé de 55.1 à 54.1 points au mois de mai ce qui serait en ligne avec une croissance trimestrielle du PIB de 0.4% au second trimestre 2018. Le ralentissement de l’activité s’observe dans le secteur des services pour lequel l’indice PMI a reculé de 54.7 à 53.9 points et pour le secteur manufacturier dont l’indice PMI a baissé de 56.6 à 55.5 points. Les composantes des enquêtes montrent notamment :

  • Une poursuite de la baisse des nouvelles commandes à l’exportation dans le secteur manufacturier, dont l’indice est passé de 54.3 à 52.4 en mai et est donc revenu à son plus bas niveau depuis août 2016. Cette faiblesse des commandes à l’exportation pourrait résulter de la hausse de l’euro advenue depuis avril 2017.
  • Une hausse du prix des intrants, qui, pour l’indice composite, est passé de 58.6 à 59.8 en mai. Celle-ci pourrait résulter des hausses des prix de l’énergie et pourrait peser sur les marges des entreprises si, comme nous l’anticipons, celles-ci n’étaient pas en mesure de répercuter cette augmentation sur les prix aux consommateurs en raison d’une décélération attendue de la consommation privée.

Implications :

  • Ainsi, dans l’ensemble, ces publications confortent notre scénario d’une décélération de l’activité en zone Euro marquée par les effets négatifs de l’appréciation de l’euro sur les exportations et les effets négatifs des prix de l’énergie sur le pouvoir d’achat réel des ménages dans un contexte d’une croissance modérée des salaires.
  • Ce ralentissement de l’activité devrait, selon notre analyse, conforter la BCE dans son approche prudente et l’amener à adopter une communication plus accommodante qu’anticipé. Dans ce contexte, nous maintenons notre scénario selon lequel, si la BCE amenait ses achats d’actifs à leur terme fin 2018, elle maintiendrait les conditions monétaires accommodantes d’une part, en conservant ses taux directeurs à leurs niveaux actuels en 2018 et en 2019 et, d’autre part, en poursuivant au cours de cette période sa politique de réinvestissement qui lui permet de maintenir la t aille de son bilan stable et à un niveau élevé.

Les Etats-Unis et la Chine parviennent à un accord commercial, l’incertitude autour du commerce international persisterait

Ce 19 mai, la Chine et les Etats-Unis ont publié une déclaration commune selon laquelle des mesures effectives seraient prises afin de réduire substantiellement le déficit commercial américain des biens vis-à-vis de la Chine. Ce dernier s’établissait à USD 376 milliards en 2017.

De manière générale, les deux économies se sont accordées pour éviter une guerre commerciale et mettre un terme à l’introduction de tarifs douaniers additionnels ainsi que souligné par Liu He, vice-premier ministre chinois. Bien que des objectifs chiffrés n’aient pas été communiqués, la Chine s’engage à accroître de manière significative ses importations depuis les Etats- Unis, plus particulièrement dans les segments de l’agriculture et de l’énergie. Le pays s’est également engagé à renforcer so n cadre réglementaire en matière de protection de la propriété intellectuelle lequel avait été critiqué par D. Trump comme encourageant les transferts technologiques forcés au détriment des entreprises américaines actives en Chine. Aussi, dans le prolongement des annonces faites à l’occasion du forum de Davos, Pékin a rappelé son intention d’ouvrir davantage son marché domestique à l’international, dans le secteur des services et de l’automobile entre autres. Sur ce point, le Ministère des Finances chinois a acté la baisse dès le 1er juillet 2018 des droits douaniers appliqués aux importations chinoises de véhicules et de composants automobiles. Ceux-ci passeraient de 25% à 15% et de 10% à 6% respectivement. Cet élément est de nature à soutenir les exportations internationales de véhicules à destination de la Chine. Les États-Unis ont exporté pour USD 157 milliards de voitures en 2017 dont 9% de celles-ci – soit USD 14 milliards – ont été à destination de la Chine. Pour l’Allemagne, les exportations de véhicules vers la Chine représentaient 258 443 véhicules en 2017, soit 5.9% du total des exportations de véhicules, représentant un montant de près de EUR 10 milliards. Si ces développements devraient apaiser les frictions commerciales entre  les deux pays, des objectifs chiffrés n’ont pas été communiqués. Toutefois, au vu des éléments actuellement engagés, il paraît peu probable qu’un accroissement même significatif des achats chinois des biens agricoles et énergétiques américains puisse réduire l’actuel déficit commercial des Etats-Unis envers la Chine d’un montant de USD 200 milliards ainsi que demandé par le Président américain au début des négociations. En effet, en 2016, les importations chinoises de produits agricoles et énergétiques représentent respectivement des montants de l’ordre de USD 17 milliards et USD 5 milliards.

 Ainsi, comme l’a analysé Mathilde Lemoine, Group Chief Economist Edmond de Rothschild, les tensions commerciales pourraient persister, maintenant un degré d’incertitude élevé à l’égard du commerce international sans pour autant induire un ralentissement significatif de celui-ci.

La persistance d’un degré d’incertitude marqué s’illustre par les développements qui ont suivi l’atteinte d’un accord conjoint avec la Chine. D. Trump a en effet enjoint au Département du Commerce d’effectuer une enquête évaluant les menaces que représentent les importations de véhicules à la sécurité nationale américaine. Ce dernier avait déjà invoqué la sécurité nationale lors de l’instauration des tarifs sur l’acier et l’aluminium, méthode qui permet au Président américain d’éviter la consultat ion du Congrès. Si l’administration envisagerait des tarifs douaniers de 25% sur les importations de véhicules, le président ne prendra une décision définitive que lorsque l’enquête du Secrétaire au Commerce lui aura été remise. Les importations américaines de nouveaux véhicules ont atteint USD 191.7 milliards en 2017, soit 8.2% des importations totales de biens américaines. La majorité était en provenance du Mexique, du Canada, du Japon et de l’Allemagne.