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Les marchés démarrent le mois du bon pied

Analyse de marché - 08/04/2019

Nouvelle semaine de hausse des actifs risqués qui, pour beaucoup, ont totalement effacé la baisse du dernier trimestre 2018.

Les taux souverains ont aussi repris le chemin de la hausse, le taux 10 ans allemand repassant légèrement en territoire positif. Les statistiques économiques ont porté les marchés, à commencer par les indicateurs avancés PMI, reflétant l’activité des entreprises. En Chine, les PMI sont en hausse pour le mois de mars, reflétant le regain d’activité attendu à la suite des mesures de soutien prises par le gouvernement. En Europe, les chiffres finaux de mars étaient plus mitigés. Les surprises étaient plutôt négatives pour les indices manufacturiers, particulièrement en Allemagne, et plutôt positives sur les services, notamment en Espagne et Italie. Aux Etats-Unis aussi, l’indice ISM manufacturier a rebondi légèrement en mars alors que le non-manufacturier a baissé mais restant sur des niveaux élevés, ce qui reste cohérent avec un ralentissement mesuré de l’activité.

Du côté des négociations politiques et géopolitiques, les marchés ont salué des avancées entre la Chine et les USA. Pékin s’engagerait à augmenter ses importations de produits américains d’ici 2025. D. Trump et le vice premier ministre chinois Liu He se sont rencontrés et ont alimenté les espoirs d’un accord d’ici juin. Quant au Brexit, Mme May a fait évoluer sa position en acceptant d’entamer des négociations avec M. Corbyn pour sortir de l’impasse. Mme May a demandé un nouveau report jusqu’au 30 juin à l’Union Européenne.

La saison de publications des résultats pour le 1er trimestre 2019, qui commence la semaine prochaine aux Etats-Unis, sera importante pour les investisseurs. Les chiffres de croissance des résultats sur un an glissant sont attendus négatifs, mais les perspectives communiquées par les entreprises seront déterminantes car elles viendront confirmer ou non l’optimisme actuel. 

  Actions européennes

Portés par les espoirs d’une conclusion proche et favorable des négociations sino-américaines, ainsi que par des nouvelles plus positives côté macroéconomique (PMI Caixin en nette accélération sur mars en Chine, PMI services en amélioration en zone euro qui connaît un taux de chômage au plus bas de 10 ans), les marchés ressortent en hausse significative sur la semaine. Les taux obligataires se sont réajustés à la hausse, et la performance a été tirée par les secteurs les plus pro cycliques : matières premières, banques et automobile. Au sein de ce dernier, Michelin a reconfirmé ses objectifs 2020 en dépit d'un environnement qui devrait rester chahuté, notamment au premier semestre. Le Dax a surperformé dans ce contexte, résistant aux très mauvais chiffres des commandes industrielles allemandes pour le mois de février (-4% vs stable attendu). La technologie, semi-conducteurs en tête, a profité de commentaires de TSMC évoquant une reprise des commandes de puces pour smartphones. Les secteurs défensifs traditionnels ont souffert significativement en termes relatifs.

Côté transformation d’entreprises, Commerzbank a profité d’un article du FT évoquant un intérêt d’UniCredit, qui préparerait une offre concurrente à celle de Deutsche Bank. Saint-Gobain a également profité d’un projet de cession de 60% de ses canalisations françaises de Pont à Mousson à un chinois. ThyssenKrupp a pour sa part tiré parti de propos de son CEO qui s’est dit relativement confiant quant à l’obtention de l’accord de Bruxelles au niveau des autorités Anti-Trust, au regard des cessions d’actifs que le groupe serait prêt à réaliser avec son partenaire Tata en Belgique, Espagne et Royaume-Uni. Publicis a en revanche été sanctionné suite à son projet d’acquisition de l’américain Epsilon pour 4,5 milliards d’euros, faisant craindre un appel au marché. 

  Actions américaines

Les indices américains sont en nette hausse cette semaine avec la publication de chiffres économiques rassurants. Le S&P500 progresse de 2,2% et le Nasdaq de 3%. La semaine a démarré sur une note positive avec la publication du PMI Manufacturier en Chine au-dessus des attentes à 50,5. Dans ce contexte, les secteurs cycliques ont été bien orientés. (Matériaux de base +5%, Financières +3,6%, Industrielles +3,4%). Les valeurs défensives sous-performent les indices. (Consommation non-cyclique -0,65%, Utilities -0,5%). Le pétrole est soutenu par la solidité des chiffres macroéconomiques. Le prix du baril de WTI est en hausse de 3% et dépasse les 62 dollars le baril. Malgré la forte remontée du pétrole, le secteur de l’énergie ne progresse que de 0,4% sur la semaine. Au niveau des entreprises, Walgreen Boots Alliance signe la moins bonne performance du S&P500 à -14% après un abaissement de sa guidance annuelle, tandis que DOW (spin off de Dow Dupont) signe une forte performance pour sa première semaine de cotation à +17,5%. La saison des publications de résultats va commencer la semaine prochaine aux Etats-Unis avec les valeurs bancaires. Après une forte révision en baisse des attentes de résultats, le marché prévoit désormais un recul de 2,5% des profits des sociétés du S&P500 pour le premier trimestre. 

  Actions japonaises

Le Japon a débuté son exercice 2019 en annonçant le 1er avril le nom de la nouvelle ère impériale « Reiwa » (pouvant être traduit par « belle harmonie »), qui sera effectif à compter du 1er mai, jour de l’intronisation du nouvel Empereur. Malgré la détérioration de l’indice de diffusion, établi à partir des réponses à l’étude Tankan de la Banque du Japon (étude économique à court terme des entreprises), l’indice TOPIX a gagné 1,78% durant la semaine à la faveur de l’amélioration des données économiques chinoises et de la hausse des cours des actions américaines.

Les valeurs des secteurs sensibles à la conjoncture économique, comme les titres liés à la Chine, ont progressé sur fond de reprise attendue de l’économie chinoise et de sortie de la phase d’ajustement des stocks. Sumitomo Metal & Mining a bondi de 10,12%, à l’instar de Fanuc et de Komatsu, deux entreprises du secteur des machines qui ont vu leur titre s’apprécier de 9,83% et de 9,32% respectivement. Les fabricants de semi-conducteurs Shin-Etsu Chemical et Tokyo Electron ont également enregistré une solide performance. De son côté, Eisai a rebondi après avoir lourdement chuté la semaine dernière.

À l’inverse, les secteurs axés sur la demande intérieure, comme l’immobilier, le transport terrestre ainsi que l’électricité et le gaz, se sont repliés. 

  Marchés émergents

Les marchés émergents ont rebondi cette semaine (+2,6%) à la faveur d’une actualité positive concernant l’accord commercial sino-américain et l’amélioration des données économiques en Chine. Des progrès ont été réalisés à l’issue de la neuvième salve des négociations commerciales, mais un accord définitif n’a pas encore été trouvé. Donald Trump a déclaré que les deux pays pourraient parvenir à un accord d’ici quatre semaines environ, et que deux semaines supplémentaires seraient nécessaires pour le finaliser de manière officielle.

En Chine, l’indice PMI officiel s’est inscrit en hausse à 50,5 par rapport au niveau enregistré en février (49,2), soit sa meilleure progression depuis 2012, et a dépassé les attentes du marché (49,6). Le rebond saisonnier plus important que prévu des activités économiques témoigne d’une possible reprise au deuxième trimestre 2019. Ainsi, la croissance de 85% en glissement mensuel des ventes de poids lourds en mars, la hausse de 50% sur un mois des transactions immobilières dans les villes de premier plan, l’augmentation anticipée des prix du ciment à l’approche de la haute saison et le lancement dans les délais prévus de certains projets d’infrastructure sont autant de facteurs susceptibles d’améliorer la confiance des investisseurs. Le solde des opérations sur marge sur le marché des actions de catégorie A a continué d’augmenter et approche désormais des 1 000 milliards de renminbis. SAIC a fait part de ses résultats pour l’exercice 2018, avec une croissance de 3,6% de son chiffre d’affaires et le premier recul de ses bénéfices depuis 10 ans, en raison des difficultés macroéconomiques en 2018. Sino Biopharma a rendu compte d’une hausse de 41% de son chiffre d’affaires et de 37% de ses bénéfices. La direction s’attend à une meilleure visibilité de la politique relative à la deuxième phase des appels d’offres nationaux au cours de l’été 2019. Kweichow Moutai a généré des résultats solides et stables au premier trimestre 2019, avec une croissance de 20% de son chiffre d’affaires et de 30% de ses bénéfices.

En Inde, une semaine avant le début des élections générales le 11 avril, la banque centrale (Reserve Bank of India) a baissé ses taux directeurs de 25 pb comme attendu, compte tenu de la faiblesse macroéconomique, l’indice PMI manufacturier ayant reculé à un plus bas sur six mois en mars après avoir atteint un sommet sur quatorze mois le mois précédent. Ce repli tient notamment à la dégradation des indicateurs de la demande intérieure et extérieure, en particulier pour les nouvelles commandes. En mars, les exportations coréennes ont chuté pour le quatrième mois consécutif, les envois affichant une baisse de 8,2% en glissement annuel. Samsung Electronics a annoncé ses résultats préliminaires pour le premier trimestre 2019, ses bénéfices et ses ventes s’inscrivant en deçà des attentes, et ce, malgré la révision à la baisse des prévisions du marché après la publication de son avertissement sur résultats, en raison du fort ralentissement causé par la faible performance de ses activités liées aux écrans et aux puces mémoires. Ces résultats décevants semblent avoir été déjà intégrés par le marché (le titre a clôturé la semaine inchangé). 

Au Brésil, l’attention s’est portée sur les conséquences de la présentation du ministre de l’Économie Paulo Guedes devant le Comité constitutionnel et de justice et sur la décision du président Jair Bolsonaro de rencontrer l’ensemble des responsables des partis politiques, ce qui représente une nouvelle étape importante en vue de faire approuver la réforme des retraites. Cette période de discussions devrait continuer d’être une source de volatilité au Brésil. Du côté des entreprises, Linx a fait part de l’acquisition de Hiper et a déclaré qu’elle envisageait la cotation de ses actions aux États-Unis. Stone a rendu compte de résultats préliminaires solides (39 000 ajouts nets de clients, croissance de 60% du volume total des paiements) et a annoncé avoir réalisé une offre.

Au Mexique, OMA a enregistré une augmentation de 3,5% de son trafic total en mars, un niveau conforme à la hausse affichée en février, mais nettement inférieur aux 9,7% de l'an passé. Les ventes à périmètre comparable de Walmex ont dépassé les attentes, portées par les excellents chiffres réalisés lors du dernier week-end de mars. Moody’s a décidé de laisser la note souveraine et les perspectives de l’Afrique du Sud inchangées, alors que le marché avait anticipé la perte du statut « investment grade » du pays. En Turquie, les actions et la devise ont fortement rebondi, notamment les valeurs bancaires. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et la Société financière internationale ont déclaré qu’elles étaient prêtes à venir en aide au secteur bancaire. Nous conservons une opinion favorable à l’égard des marchés émergents.

  Matières premières

Les prix du pétrole restent bien orientés, le baril de Brent se rapprochant un peu plus des 70$/b, niveau qui a été brièvement franchi en séance. Cette fermeté sur les prix n’est pas surprenante au vu des données récentes de production des différents acteurs, des contraintes qui continuent d’affecter les productions iraniennes et vénézuéliennes et du regain des tensions en Libye. Les estimations Bloomberg font ainsi ressortir une production OPEP de 30,385Mb/j en mars, en baisse mensuelle de 295kb/j. L’Arabie Saoudite produisant 9,82Mb/j, niveau le plus bas depuis février 2015, et une baisse de 1,3Mb/j depuis novembre dernier. Le pays prend ainsi à sa charge l’essentiel de l’effort des pays producteurs pour réduire l’excès d’offre. L’agence américaine (EIA) a par ailleurs affiché une baisse de la production américaine de 90kb/j sur le mois de janvier, à 11,87Mb/j. Cette baisse intervient cependant après un mois de décembre record qui a été révisé à la hausse. A noter également la stratégie opérée par l’Arabie Saoudite ces derniers mois, à savoir de rediriger ses volumes de pétrole des Etats-Unis vers la Chine. L’impact est double : une réduction de l’offre sur la zone qui est la plus sensible étant donné la publication de statistiques hebdomadaires sur les stocks de pétrole, et un gain de part de marché sur la zone dont la croissance de la demande reste la plus dynamique. La surprise du début de semaine, liée à la forte amélioration du PMI Manufacturier chinois, a apporté un coup de fouet supplémentaire. En ressortant à 50,5 sur le mois de mars, le PMI est non seulement repassé au-dessus des 50 pour la première fois depuis novembre dernier, mais il enregistre également la plus forte hausse mensuelle depuis mars 2012. Les métaux ont également profité de ce regain d’optimisme, en progressant entre 1 et 2% sur la semaine pour le cuivre, le nickel et le zinc. La palme revient cependant au minerai de fer qui, à 93$/t pour le 62% de contenu en fer, progresse de près de 9% sur la semaine. Il bénéficie depuis le début de l’année des restrictions de production qui affectent Vale au Brésil, mais également de tempêtes tropicales qui impactent la production de l’Ouest de l’Australie

  Dettes d'entreprises

 

Crédit

Le crédit a continué de payer sur la semaine, porté notamment par des avancées positives sur les négociations commerciales sino-américaines : le crossover et le main se resserrent respectivement de -13 et -3 bps à 256 et 61 bps. Le gisement du high beta et le long duration ont surperformé dans un contexte de recherche de rendement.

Le marché primaire a été particulièrement dynamique cette semaine, et les émissions ont systématiquement été resserrées de 25 à 50 points de base par rapport aux niveaux de prix indicatifs donnés au début du process de syndication, témoignant de l’appétit des investisseurs. Sur le High Yield, la société française de location d’équipements Loxam (BB-) a émis 500 millions d’euros en deux tranches pour refinancer une partie de sa dette obligataire à moindre coût et étendre ses maturités : une souche senior (BB-) à 7 ans de 300 millions d’euros à 2,875%, et une souche subordonnée (B) à 8 ans de 265 millions d’euros à 4,5%. SGL Carbon (B) a émis une obligation senior à 5 ans de 250 millions d’euros à 4,625%. Elis (BB+) a émis une obligation à 5 ans de 400 millions d’euros à 1,75%. Enfin, Adler Real Estate (BB) a émis une souche courte à 3 ans de 400 millions d’euros à 1,5%.

En termes de news spécifiques, le secteur du commerce de détails a été mis sous pression cette semaine avec l’abaissement de la notation du groupe Casino par Moody’s de 2 crans à Ba3 négatif. L’agence cite deux raisons principales : premièrement l’insuffisance de cash-flows générée par les activités françaises qui limite la capacité du groupe à réduire sa dette brute malgré les cessions d’actifs ; deuxièmement la faible situation de liquidité de Rallye (premier actionnaire de Casino avec 51,4% du capital) et son niveau élevé de LTV qui créent des incertitudes quant à la future politique financière de Casino. Les obligations Casino perdent entre 1 et 3 points sur la semaine. L’obligation Aldesa 7,25% 2021 a gagné 16 points sur la semaine, portée par une publication de résultats 2018 encourageante. Enfin, la notation du premier producteur de sucres mondial Suedzucker (BBB-) a été abaissée à une perspective négative, rapprochant un peu plus la société du statut de fallen angel. Parallèlement, le rating de l’obligation hybride a été abaissé, de B+ à CC compte tenu de la suppression pendant au moins un an du coupon, suite au non-respect de la clause de « cash-flow event » dans le prospectus de l’obligation. 

Convertibles 

Deux nouvelles émissions cette semaine. Les deux sont chinoises et s’inscrivent dans la récente tendance que l’on voit en Asie. En effet depuis quelques mois les sociétés asiatiques du secteur de la technologie viennent fréquemment sur le marché primaire des obligations convertibles pour se financer. Deux observations sont à tirer de ce mouvement. La première est que l’on observe une très forte croissance des sociétés technologiques asiatiques, principalement en Chine. La seconde nous enseigne que pour financer cette forte croissance, les sociétés se tournent vers les marchés, en particulier deux types de financement, l’IPO et/ou les obligations convertibles.

La société Bilibili a levé 192 millions de dollars via ADS et 300 millions de dollars via une obligation convertible d’échéance 7 ans, avec 1,375% de coupon et de 37,5% de prime. Cette plateforme de partage de vidéo dispose d’une forte communauté faisant partie de la génération Z et couvre aujourd’hui un support plus large avec les vidéos en direct et les jeux mobiles. On note une forte demande pour cette obligation convertible, dont la taille a été augmentée de 300 millions à 430 millions de dollars. Ceci servira au financement de l’enrichissement des contenus, à de potentielles acquisitions, au développement de la technologie et aux opérations courantes.

La deuxième, Baozun Inc. propose une solution d’e-commerce complète pour un accès au marché chinois, elle accompagne ainsi les marques sur l’intégralité de la chaîne (du site internet à la livraison, en passant par le marketing digital et des modèles d’IA pour améliorer le panier moyen). L’émission est en cours, pour un montant de 225 millions de dollars d’échéance 5 ans, le coupon devrait être entre 1,375% et 1,875%, et la prime entre 30% et 35%, elle servira à financer les opérations courantes, le remboursement de dette et de potentielles acquisitions.

 

Achevé de rédiger le 05/04/2019

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