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La volatilité du marché dans un tweet

Analyse de marché - 10/05/2019

Après avoir touché à nouveau des points bas, la volatilité a connu un rebond. L’étincelle est venue des tweets du président Trump menaçant la Chine de relever les taxes sur une partie des importations chinoises de 10% à 25% dès vendredi si les négociations n’avançaient pas de façon substantielle.

La menace a effectivement été mise à exécution alors que le vice-premier ministre chinois, Liu He, est aux Etats-Unis pour poursuivre les négociations. De plus, cette semaine, les différentes sources d’instabilité géopolitiques se sont réactivées, à savoir le Moyen-Orient et la Corée du Nord. Dans cet environnement, les actions ont corrigé jusqu’à ce que l’espoir d’une solution rapide refasse surface à la suite des déclarations plus constructives du président Trump. Les actions chinoises ont d’autant plus souffert sur la période que les derniers chiffres des prêts et du PMI ont déçu. La croissance des crédits a ralenti plus que prévu en avril après un 1er trimestre positif, ce qui montre que la reprise reste fragile.

Du côté des statistiques économiques européennes, si les PMI espagnols et italiens étaient inférieurs aux attentes, les chiffres allemands, français et globaux pour la zone Euro étaient conformes voire un peu meilleurs qu’attendus comparés à ceux du mois précédent. Ainsi la stabilisation se confirme. Cependant, la Commission Européenne a mis à jour ses prévisions de croissance pour 2019 en les révisant à la baisse (1,2% pour la zone Euro, avec une croissance allemande à 0,5%).

Le mouvement d’aversion au risque s’est vu aussi sur les taux gouvernementaux avec une baisse des taux allemands et américains et un écartement des spreads entre l’Allemagne et les autres pays de la zone Euro.

Nous conservons notre positionnement plus prudent sur les actifs risqués que nous avions initié il y a plusieurs semaines, notamment en attendant d’y voir plus clair sur l’environnement politique. 

  Actions européennes

Semaine de correction marquée sur les marchés actions européens sur fonds de retour des inquiétudes quant à l’issue des négociations commerciales, alors que les Etats-Unis ont augmenté leurs tarifs douaniers de 10% à 25% sur près de 200 milliards de dollars de biens chinois. Les discussions sino-américaines vont néanmoins continuer au-delà des délais prévus. L’ajustement des perspectives de croissance par la Commission Européenne pour la zone Euro de 1,3% à 1,2% n’a pas arrangé les choses.

Dans cette logique, les secteurs cycliques les plus exposés au commerce international corrigent. C’est notamment le cas pour l’automobile, la chimie, les matériaux, les semi-conducteurs ou le luxe. Les banques pâtissent également de ce mouvement d’aversion au risque, alors que les secteurs défensifs surperforment. Les publications se poursuivent, et ressortent en ordre dispersé. Les résultats traduisent néanmoins un ralentissement de la croissance organique pour les secteurs cycliques comme l’automobile, la chimie, les biens d’équipement ou les semi-conducteurs.

ArcelorMittal a dévoilé des résultats décevants pénalisés par des surcapacités de production mondiales, une baisse des prix de l’acier et une hausse des matières premières. HeidelbergCement se démarque néanmoins avec des résultats solides, la dynamique de prix permettant désormais de couvrir les coûts. Continental souffre malgré la confirmation de ses objectifs et le redressement attendu au 2nd semestre. La publication a mis en lumière la faible profitabilité de la division Equipement Auto. UniCredit baisse également à l’instar des autres banques, en dépit de résultats meilleurs que prévus, tirés par des provisions sur crédits plus faibles et des cessions d’actifs dans l’immobilier. Wirecard a dévoilé une excellente publication sur le 1er trimestre (hausse organique des ventes de +33% sur un an, hausse de la marge EBITDA de +120 points de base), grâce à des tendances particulièrement robustes dans le paiement en ligne. Le management en a profité pour relever ses objectifs 2019. Dans le secteur des télécommunications, notons la performance solide de Deutsche Telekom, porté une nouvelle fois par T-Mobile.

Du côté de la transformation des entreprises, Siemens a effectué une publication au 1er trimestre supérieure aux attentes, et a annoncé le projet de scission de sa division Gas & Power. Le conseil constitutionnel a ouvert la voie à l’organisation d’un Référendum d'Initiative Partagé sur la privatisation d’ADP. Orange a annoncé le rachat du spécialiste néerlandais de la cyber-sécurité SecureLink, s’affirmant comme un leader du secteur en Europe. Iliad a pour sa part indiqué avoir trouvé un accord avec Cellnex pour la vente de 5 700 tours en France et 2 200 en Italie pour 2 milliards d’euros. 

  Actions américaines

Aux Etats-Unis, les marchés signent une seconde semaine consécutive dans le rouge (le S&P 500 -2,5% et le Nasdaq -3,1%), avec un retour de l’aversion au risque suite aux menaces de Trump dimanche dernier d’augmenter les droits de douane de 10% à 25% sur 200 milliards de dollars américains d’importations en provenance de la Chine. Cette semaine a été marquée par les différentes évolutions des discussions entre le président Trump et le vice premier ministre chinois et a engendré logiquement une sous-performance des secteurs les plus sensibles aux négociations commerciales : Matériaux de base (-4%), Technologie (-3,7%), Industriels (-3,2%).

Les leaders de cette semaine sont l’énergie (-0,7%), avec la stabilité des cours du pétrole et le rebond de Chevron après avoir abandonné son offre sur Anadarko, et les secteurs les plus défensifs : Santé (-1,5%), Biens de consommation de base (1 ,5%). Du côté des entreprises, Electronic Arts a profité du lancement d’APEX Legends qui a boosté la croissance de sa division Live Service à hauteur de 25% sur un an et a conduit à un bénéfice par action 30% supérieur aux attentes pour ce trimestre.

  Actions japonaises

Après la période prolongée de congés nationaux, le marché actions japonais a chuté en raison du tweet inattendu publié par le président Trump dans lequel il a déclaré que les droits de douane sur 200 milliards de dollars américains d’importations chinoises seraient relevés à 25%. Les valeurs des secteurs sensibles à la conjoncture économique, comme les machines et les appareils électriques, se sont nettement repliées, alors qu’elles avaient le plus contribué au rebond du marché japonais avant sa fermeture, sur fond d’optimisme quant à l’issue des négociations commerciales. L’indice TOPIX a clôturé la semaine en baisse de 4,15%.

Komatsu, SMC, FANUC et Murata Manufacturing, dont l’exposition à la Chine ou au marché des smartphones est relativement élevée, ont particulièrement souffert. À l’inverse, SONY a progressé après avoir enregistré des nouveaux records de ses bénéfices. Le marché porte désormais son attention sur le différend commercial sino-américain, bien qu’il devrait bientôt se focaliser sur les fondamentaux des entreprises en raison de la saison de publications des résultats qui bat son plein. 

  Marchés émergents

Les marchés émergents se sont nettement repliés cette semaine, alors que la guerre commerciale sino-américaine occupe de nouveau l’actualité. Le week-end dernier, le président Trump a accusé la Chine de freiner l’avancée des discussions et a annoncé une hausse de 10% à 25% des droits de douane sur 200 milliards de dollars américains de produits chinois à compter de ce vendredi. Les négociations commerciales se poursuivent. Les données macroéconomiques chinoises ont été plutôt décevantes, les exportations et les importations s’inscrivant en deçà des attentes. La croissance du crédit a également ralenti plus que prévu en avril, après avoir affiché des chiffres solides lors du 1er trimestre, à 11,3% en glissement annuel, contre 11,7% en mars. Les équipementiers automobiles chinois ont fait part de faibles résultats en avril, les ventes de SAIC et de Geely ayant reculé de 20% sur un an durant le mois. Alors que la saison de publication des résultats est bientôt terminée pour le marché des actions de catégorie A, les bénéfices ont dans l’ensemble augmenté de 9,8% au cours du 1er trimestre 2019. En Inde, ICICI Bank a fait état d’une amélioration de la qualité de ses actifs lors de l’annonce de ses résultats, avec des tendances opérationnelles solides, tandis que Titan Company s’est distinguée parmi les entreprises du secteur de la consommation, à la faveur de bons résultats, et ce, malgré le ralentissement actuel de la consommation. La banque centrale de Malaisie a été la dernière en date à assouplir sa politique monétaire, avec une baisse de 25 points de base de son taux directeur, la première depuis juillet 2016, afin de soutenir l’économie.

Au Brésil, les ventes au détail se sont inscrites en deçà des attentes, en hausse de seulement 0,3% par rapport au mois précédent. Les principaux segments, comme les ventes de supermarchés (-0,4%), le carburant (-0,8%) ainsi que le mobilier et les appareils électroménagers (-0,1%), ont enregistré une croissance négative. Banco do Brasil a rendu compte de résultats solides pour le 1er trimestre 2019 et a dépassé les estimations, à la faveur d’un taux d’imposition effectif en baisse, de l’amélioration de sa marge nette d’intérêts et d’une augmentation des recouvrements des créances. Son rendement des capitaux propres s’est établi à 16%, tandis que son BPA s’est apprécié de 44%. Les résultats de Petrobras ont été légèrement inférieurs aux attentes, en raison d’une production de pétrole plus faible que prévu, bien que la direction ait affirmé que cela avait été causé par un événement ponctuel. Vale a annoncé un résultat déficitaire pour ce trimestre, le premier depuis 2015, du fait de la rupture du barrage de Brumadinho en janvier dernier. En Argentine, les résultats de Banco Galicia ont été supérieurs aux prévisions, grâce à une activité de trading soutenue. Toutefois, les provisions ont été multipliées par deux et le ratio des créances douteuses s’est nettement apprécié.

En Afrique du Sud, le dépouillement des bulletins de vote des élections législatives est en cours. Avec près de 80% des votes déjà comptabilisés, la victoire du parti au pouvoir, le Congrès National Africain (African National Congress), semble obtenir 57,02% des suffrages, contre 21,9% pour l’Alliance Démocratique (« Democratic Alliance ») et 10,08% pour les Combattants Pour la Liberté Economique (« Economic Freedom Fighters »). Les résultats finaux devraient être annoncés la semaine prochaine. Nous conservons une opinion favorable à l’égard des marchés émergents. 

  Matières premières

Suite à la mise en place des sanctions sur les exportations de son pétrole, l’Iran a décidé de suspendre certains de ses engagements concernant l’accord de 2015 sur son nucléaire, menaçant ainsi d’augmenter son programme d’enrichissement d’uranium. Les Etats-Unis ayant auparavant annoncé l’envoi d’un groupe aéronaval au Moyen-Orient, sans doute pour prévenir les menaces de l’Iran de bloquer le détroit d’Hormuz, par lequel transitent 20% des flux maritimes mondiaux de pétrole. A noter que le président Trump a également décidé d’inclure le minerai de fer, l’acier, le cuivre et l’aluminium dans les sanctions touchant les exportations iraniennes. Il se trouve qu’une partie significative de ces exportations (99% pour le minerai de fer, 85% pour le cuivre) sont à destination de la Chine. Les volumes en question sont limités à l’échelle mondiale, mais font ressortir les connexions entre les sanctions contre l’Iran, le Venezuela et les négociations sino-américaines sur le commerce international. Ces dernières se sont à nouveau tendues en début de semaine, suite aux menaces de l’administration américaine d’augmenter les droits de douanes sur les importations chinoises. L’effet a été immédiat sur les marchés financiers, entrainant un mouvement d’aversion au risque significatif. Les matières premières, sensibles à la croissance de l’économie mondiale, ont accompagné la baisse. Le cuivre a ainsi baissé de 2% pour la 2ème semaine consécutive, et sa hausse depuis le début de l’année n’est plus que de +2,3%. De son côté, après avoir touché le bas de la fourchette 70-72$/b, le Brent s’est ressaisi en fin de semaine. Les données de mouvements de tankers font part d’une réduction du trafic, et qu’aucun pétrolier n’a quitté les terminaux d’exportation iraniens depuis le début du mois. L’Arabie Saoudite a de son côté déclaré être prête, avec le reste de l’OPEC, à répondre aux demandes de livraisons supplémentaires de pétrole. Ce disant, l’organisation confirme qu’elle n’augmentera sa production qu’à la hauteur des demandes, mais ne créera pas d’offre excédentaire. Le regain des tensions géopolitiques n’a que modérément profité à l’or. Bien qu’en hausse de +0,3% sur la semaine caractérisée par des marchés baissiers, le métal jaune est inchangé depuis le début de l’année. La banque centrale chinoise continue quant à elle à accumuler de l’or dans ses réserves, avec une hausse de 14,9t en avril, soit 58t depuis le début de l’année. 

  Dettes d'entreprises

 

Crédit

La tendance était négative cette semaine face au regain de tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis. L’indice Xover s’écarte ainsi de trente points de base et le Main de huit points de base entre lundi et jeudi.

UniCredit et Intesa Sanpaolo ont publié des résultats au-dessus des attentes, les activités de marché ont mieux performé que prévu et les coûts et provisions ressortent en baisse, compensant ainsi la faiblesse au niveau des revenus nets d’intérêt et des commissions. La qualité des actifs continue à s’améliorer et les deux banques présentent toujours une bonne situation capitalistique. 

FCA (Ba2/BB+) qui avait déjà averti sur les conditions difficiles du 1er trimestre 2019, a publié des résultats semestriels décevants mais a confirmé ses objectifs pour 2019. Le chiffre d’affaire et l’EBIT sont en baisse de 5% et 29% dû principalement à une baisse des ventes. Cellnex a publié de bons résultats au 1er trimestre 2019 en ligne avec le consensus ; le chiffre d’affaires et l’EBITDA progressent de 11% notamment grâce à la croissance externe. Par ailleurs, Cellenex a annoncé vouloir renforcer sa présence en France, Italie et Suisse par la signature de deux accords avec Iliad et Salt portant sur l’acquisition de sites mobiles pour un montant de 2,7 milliards d’euros et sur le déploiement de nouveaux sites. UPC Holdings, de son coté, souffre toujours de la pression concurrentielle en Suisse avec un chiffre d’affaires et EBITDA qui se contractent de 1% et 4,4%. Le groupe indique cependant que les cessions d'actifs sont en bonne voie. Softbank Group (Ba1/BB+) a publié de bons résultats, le chiffre d’affaires et l’EBITDA progressent de 4,8% et 21% grâce à une bonne performance de la majorité des segments. Par ailleurs, selon la presse, le groupe envisagerait une IPO du fonds Vision et négocierait avec le sultanat d’Oman un investissement de plusieurs milliards de dollars américains dans le fond actuel. Enfin, Kronos a encore une fois annoncé des résultats en baisse, l’EBITDA chute de 50% impacté par une baisse des prix et une hausse du coût des matières premières.

L’autorité boursière espagnole a autorisé LetterOne à modifier les termes de son OPA sur Dia en retirant le seuil minimal d’acceptation. Les obligations Dia ont bien réagi, l’injonction de capital de 500 millions d’euros prévue par LetterOne est dépendante du succès de cette OPA. Par ailleurs, la presse a évoqué une acquisition de Jaguar-Land Rover par PSA, information qui a très vite été démentie par la maison mère du groupe automobile anglais (Tata Motors).

Du côté du marché primaire, Cirsa a émis des créances à 6 ans pour un montant 390 millions d’euros avec un coupon de 4,75%. Cette émission servira, en partie, à financer l’acquisition de Giga

Convertibles 

La semaine a été assez calme en terme de nouvelles émissions, notamment à cause de la publication des résultats.

Intercept (biopharma, développement d’un produit OCA en phase 3 pour le NASH ainsi que pour le PBC, maladie orpheline) a proposé d’émettre 200 millions de dollars américains (un « greenshoe » de 30 millions de dollars américains) d’obligations convertibles à échéance 7 ans avec un coupon entre 1,5% et 2%, une prime de conversion de 30% à 35% pour le financement de ses besoins en fonds de roulement et les besoins généraux de l'entreprise.

Du côté des publications, on notera Jazz Pharmaceuticals PLC qui a publié des très bons résultats avec une progression du chiffre d’affaire supérieure aux attentes qui concerne la plupart des produits. Du côté des prévisions, nous soulignons que la société a également été positive avec le lancement d’un nouveau produit Sunosi (traitement de trouble du sommeil) qui devrait prendre de l’ampleur à partir de 2020, et l’importance du Xyrem qui devrait se voir autorisé en pédiatrie.

Ubisoft, qui publiera ses résultats la semaine prochaine, a profité des bons résultats d’EA, notamment sur les marges (EBIT à 459 millions de dollars américains, soit 38% supérieur aux attentes) ainsi que sur les niveaux de précommandes supérieurs aux attentes sur les différents canaux en dehors du mobile qui décroit. Enfin, nous notons la publication décevante de Supernus Phramaceuticals (biopharma spécialisée sur les troubles du système nerveux) avec, au 1er trimestre, un chiffre d’affaire de 83 millions de dollars américains contre les 102 millions de dollars américains attendus en raison des faibles ventes reportées sur deux produits utilisés pour le traitement de l’épilepsie. Toutefois, la société reste positive sur ses prévisions et confirme son objectif de 435-455 de millions de dollars américains de chiffre d’affaires pour 2019. 

 

Achevé de rédiger le 10/05/2019

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