Une semaine difficile

Analyse de marché - 23/11/2018

La semaine a encore été difficile. Les ingrédients sont toujours les mêmes.
  • Doutes sur la vigueur de l’économie mondiale
  • Craintes sur les marges des entreprises
  • Normalisation à venir des politiques monétaires
  • Menaces sur le commerce mondial
  • Crainte d’un no-deal pour le Brexit
  • Bras de fer entre la Commission européenne et l’Italie sur le respect des normes budgétaires

Les éléments nouveaux sont l’accentuation de la défiance sur la technologie américaine et sur les sociétés endettées. Le seul élément véritablement positif est le retour de la valorisation des marchés d’actions sur la médiane des 10 dernières années voire en dessous. Nous espérons un rebond des marchés d’actions dont la baisse paraît précoce et exagérée compte tenu de la croissance de l’économie mondiale attendue en 2019. 

  Actions européennes

Parmi les valeurs européennes, le fait majeur de la semaine est l’arrestation de Carlos Ghosn, PDG de Renault et président de Nissan. Carlos Ghosn est soupçonné d’une sous-estimation volontaire de sa rémunération totale dans le rapport soumis aux autorités boursières japonaises, d’abus de biens sociaux et d’utilisation frauduleuse des investissements du groupe. Cette annonce arrive au moment même où Carlos Ghosn semblait vouloir préparer un projet de fusion entre Renault et Nissan. Cet événement soulève de multiples questions sur l’avenir de l’alliance entre les deux constructeurs automobiles, dont les relations remontent à 1999, date à laquelle Renault avait pris une participation dans Nissan et envoyé Carlos Ghosn pour redresser le groupe japonais au bord de la faillite.

Sur le plan industriel, l’alliance semble difficile à dénouer : 80% des opérations de Renault et Nissan s’effectueront sur des plateformes communes à horizon 2022, avec des synergies qui devraient s’accélérer pour atteindre 10 milliards d’euros. En ce qui concerne l’évolution de la gouvernance et de la structure capitalistique, Thierry Bolloré va prendre le poste de PDG intérimaire et Philippe Lagayette le poste de Président intérimaire du groupe Renault, tandis que Carlos Ghosn a été destitué à l’unanimité de la présidence de Nissan. Reste désormais à s’atteler au sujet épineux de l’évolution de la structure capitalistique de l’alliance Renault-Nissan, que le management de Nissan souhaite plus équilibrée.  

Hormis cette actualité sur le groupe Renault, la saison des publications des résultats du troisième trimestre s’achève. Quelques retardataires ont publié leurs comptes cette semaine. Notamment Compass, dont le dernier trimestre fiscal est ressorti en ligne avec les attentes, sur de bonnes tendances opérationnelles, et le cimentier CRH, qui déçoit sur ses prévisions d’Ebitda pour l’année. 

La journée investisseurs d’Enel lui a permis de rassurer les marchés, avec le relèvement de ses objectifs 2019-2021, et la confirmation d’un taux de distribution de 70% de ses résultats, avec un plancher 2019 correspondant à près de 7% d’un rendement bénéficiant d’une forte visibilité (poids des activités régulées). Generali a également réuni ses investisseurs pour leur présenter son plan à trois ans, qui prévoit notamment un relèvement du taux de distribution.

Du côté des projets de changement de périmètre, Volkswagen réunira son conseil d’administration d’ici la fin de l’année pour évoquer la séparation de l’activité ‘camions’, de même qu’UniCredit qui réfléchirait à séparer son activité italienne, de ses divisions dans le reste de l’Europe.

Enfin, la Société Générale a trouvé un accord avec la justice américaine, en payant une amende de 1,3 milliard de dollars, couverte par ses provisions.

  Actions américaines

Semaine écourtée pour cause de Thanksgiving. Le S&P abandonne 3%, dans des volumes relativement faibles, entraînant sa performance depuis le début d’année en territoire négatif. Les données macro-économiques sont ressorties en deçà des attentes. Les mises en chantiers progressent de 1,5% (anticipations à +2,2%), les commandes de biens durables se sont contractées de 4,4% (attente à -2,6%) et la confiance du consommateur mesurée par l’Université du Michigan recule à 97.5 contre 98.3 pour le mois précédent. Les marchés ont surtout souffert du débouclement des positions consensuelles et des tensions sur le marché du crédit.

Le Vice-Président des Etats-Unis, Mike Pence, a durci le ton vis-à-vis de la Chine. Il avertit que la politique américaine ne changera pas tant que Pékin gardera ses habitudes. L’espoir d’un accord lors du prochain G20 en Argentine dans quelques jours s’éloigne. Par ailleurs, le Sommet de la Coopération Asie-Pacifique s’est achevé cette semaine sans déclaration commune, une première depuis 20 ans.

Foot Locker a bondi de 15% suite à des ventes à périmètre comparable supérieures aux attentes (+2,9% vs +2%). GAP a progressé de 5% suite au programme de restructuration ambitieux du CEO. Apple continue de glisser (-5%, portant sa baisse depuis le début du mois à -20%). Ses fournisseurs témoignent d’une baisse des commandes.

Les secteurs de la consommation discrétionnaire et de la technologie reculent de 4% et 5% respectivement, alors que les secteurs immobilier et des services publics, perçus comme défensifs, amortissent la baisse (-1%). 

  Actions japonaises

Dominées par la tendance baissière affichée par les valeurs technologiques américaines, les actions japonaises n’ont pu résister face à la détérioration de la confiance des investisseurs. L’indice TOPIX a reculé de 0,02% cette semaine.

Les résultats trimestriels ont été contrastés, et dans certains cas légèrement décevants, s’inscrivant en deçà des attentes des investisseurs qui tablaient globalement sur des révisions à la hausse. Bien que les prévisions de bénéfices aient été revues tant à la hausse qu’à la baisse, l’impact positif de la révision à la hausse sur les cours boursiers est resté limité pour les entreprises ayant fait part de bénéfices positifs, contrairement à l’an dernier. Toutefois, il convient de noter que les écarts de valorisations et de bénéfices des entreprises se sont plutôt creusés. Le ratio cours/bénéfices moyen des valeurs composant l’indice Nikkei 225 s’est inscrit en baisse à 12,13x, s’approchant ainsi de l’extrémité inférieure de la fourchette historique. 

Sur le plan sectoriel, les secteurs axés sur la demande intérieure, comme les produits alimentaires, le transport terrestre ainsi que l’électricité et le gaz, ont relativement bien tenu, tandis que le secteur minier, les produits du pétrole et du charbon et l’assurance ont sous-performé.

Côté valeurs, le fabricant d’équipements de production de semi-conducteurs, Tokyo Electron, a rebondi de 7,85% après avoir connu une période de faiblesse. En revanche, le constructeur automobile Nissan Motor a cédé 4,8% durant la semaine (son titre allant même jusqu’à décrocher de 7%), suite au scandale lié à l’annonce de l’arrestation du président de son conseil d’administration. Carlos Ghosn est accusé d’avoir sous-évalué ses revenus de cinq milliards de yens dans sa déclaration aux autorités fiscales japonaises. Mitsubishi Motors, membre de l’alliance stratégique avec Renault et Nissan Motor, a également perdu 7,8%. 

  Marchés émergents

Pour la première fois depuis la création de l’APEC, l’organisation de coopération économique pour l’Asie-Pacifique, les pays membres ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur une déclaration commune en raison des fortes divergences entre les États-Unis et la Chine sur le commerce et les investissements qui ont freiné la coopération, au vu des discours prononcés par Xi Jinping et Mike Pence. La dernière déclaration du Bureau du représentant américain au commerce selon laquelle la Chine continue de voler la technologie américaine dans des secteurs comme les véhicules électriques, la biotechnologie et les semi-conducteurs, n’a pas non plus contribué à apaiser les tensions à l’approche du sommet du G20. Au cours du week-end, les Taïwanais décideront à l’occasion des élections municipales, et dans le cadre d’un référendum, s’ils souhaitent changer le nom de la péninsule utilisé lors des Jeux olympiques, de « Chinese Taipei » à « Taiwan », un choix qui pourrait encourager les partisans d’une indépendance, mais également accroître les tensions avec la Chine.

Les dernières données chinoises continuent de faire état d’un ralentissement de la croissance, même dans le secteur des biens de consommation courante. Baozun, prestataire de solutions d’e-commerce en Chine, a annoncé des résultats supérieurs aux attentes au troisième trimestre 2018, avec une hausse de 55% en glissement annuel de la valeur brute des marchandises et une croissance de 49% sur un an de sa marge d’exploitation. L’entreprise a toutefois légèrement revu à la baisse ses prévisions de croissance de la valeur brute des marchandises pour le quatrième trimestre, à 40-45% en glissement annuel. Meituan, société spécialisée dans la livraison de plats cuisinés en Chine, a enregistré une croissance de 97% sur un an de son chiffre d’affaires au troisième trimestre 2018. Cependant, la société ne prévoit pas d’être rentable avant les six à douze prochains mois compte tenu du ralentissement macroéconomique et de la forte concurrence d’Ele.me, la filiale d’Alibaba. Foxconn, le principal assembleur de téléphones d’Apple, a indiqué dans une note interne sa volonté de réduire ses dépenses d’investissement de trois milliards de dollars l’an prochain afin de faire face à un environnement difficile et très concurrentiel.

En Thaïlande, le gouvernement a adopté un plan de relance correspondant à environ 0,5% du PIB de 2017, visant à aider les ménages à faible revenu afin de raviver la dynamique de croissance qui a pâti de la faiblesse du PIB au troisième trimestre 2018, de la baisse du nombre de touristes chinois et de la montée des tensions politiques. Airports of Thailand a fait part d’un recul du nombre total de passagers en glissement mensuel, à +1,2% en novembre contre +3,2% en octobre, et le projet de construction d’un deuxième terminal pour l’aéroport Suvarnabhumi, le plus grand du pays, a été suspendu, en attente d’autorisation.

En Inde, le titre Reliance Industrial se négocie à un meilleur prix sur fond de rumeurs d’une possible scission de sa filiale Reliance Retail.

Au Brésil, la banque centrale a publié deux nouvelles règles visant à simplifier et à réduire les exigences de réserves pour les banques brésiliennes. Rubem Novaes a été nommé à la tête de Banco do Brasil

  Matières premières

En l’espace d’une semaine, le marché du pétrole a connu deux journées avec les plus fortes volatilités intraday de son histoire, se traduisant par une baisse de près de 6% le 13 novembre et de près de 7% le 20 novembre. Si les fondamentaux sont un peu moins solides qu’il y a quelques semaines, entre les exemptions sur les sanctions sur l’Iran, la hausse récente de la production libyenne (cette dernière a atteint 1,2Mb/j, au plus haut depuis 2013, elle a atteint 1,5Mb/j en 2010 et était encore à 400kb/j il y a 2 ans) et des interrogations sur la croissance de la demande en 2019, ils n’expliquent pas ces mouvements.

Les facteurs techniques que nous évoquions la semaine dernière sont quant à eux dominants : stratégies CTA/Momentums qui sont vendeuses, débouclement de positions longues, effet gamma négatif sur les marchés d’options (les niveaux de 50, 55 et 60$/b sur le WTI ont des volumes tout particulièrement importants), et ce dans un marché dont la liquidité diminue en cette fin d’année. Cet environnement est amené à perdurer jusqu’à la prochaine réunion de l’OPEP prévue le 6 décembre.

Les tweets de Donald Trump qui appelle à un maintien de prix bas et qui a un moyen de pression sur l’Arabe Saoudite au travers du dossier Khashoggi sont des éléments à prendre en compte dans l’équation. Il semble cependant évident que l’Arabie Saoudite va réduire ses exportations (le pays a puisé dans des stocks pour alimenter le marché). La question reste de savoir si la réduction sera suffisante pour apaiser les craintes du marché. 

  Dettes d'entreprises

 

Crédit

Le marché du crédit a ouvert en baisse, avec un écartement d’environ 13 points de base entre l’ouverture lundi et la clôture mardi pour le Xover et trois points de base pour le Main. La finalisation des accords sur le Brexit apparaît compliquée, certains membres du parti de Theresa May faisant opposition et la situation en Italie inquiète toujours (budget non modifié et procédure de déficit excessif appliquée par la Commission européenne). Mercredi, le marché a rebondi face aux avancées positives sur le Brexit et aux commentaires de l’Italie laissant envisager une certaine marge de négociation sur le budget.

Les financières qui ont particulièrement souffert en début de semaine ont fortement rebondi par la suite. Par ailleurs, Deutsche Bank a été sous pression. La banque serait impliquée dans le scandale de blanchiment lié à Danske Bank.

Les obligations Klöckner Pentaplast, fournisseur d’emballage, ont souffert après la publication de résultats décevants (chute de l’EBITDA, détérioration de la liquidité et objectifs 2018 revus à la baisse). De la même façon, les obligations Vallourec ont chuté après des résultats décevants vendredi dernier, marqués par une consommation significative de FCF. Altice Europe (B1/B) a publié aussi des chiffres en-dessous des attentes mais a confirmé ses objectifs 2018. Enfin, Aldesa (B2) affiche des résultats en recul en raison d’une baisse de l’activité au Mexique (-19% pour le chiffre d’affaires sur un an).

But (B2/B) a surpris le marché avec de très bons résultats (chiffre d’affaires et EBITDA en hausse de 4,6% et 6,6%) malgré un marché du meuble en net repli. Il y a eu de nombreux flux acheteurs sur Bombardier (fabricant d’avions et de trains) qui a souffert dernièrement : le gouvernement pourrait travailler avec le groupe si son aide est nécessaire.

L’émetteur Renault a été sous pression après l’arrestation de Carlos Ghosn par le parquet de Tokyo pour violation supposée de la réglementation financière. Elle interroge sur l’alliance Renault/Nissan qui, rompue, pourrait engendrer de nombreux coûts supplémentaires.

Nyrstar (Caa1/CCC), qui est confronté à de nombreux problèmes de liquidité, devrait recevoir une nouvelle facilité de BFR de 650 millions de dollars de la part de Trafigura. Celle-ci devrait être disponible au 30 novembre et remplacera celle actuellement en cours de 250 millions de dollars. 

Convertibles 

Après la chute de la bourse américaine lundi soir, le reste de la semaine a été marqué par un climat d’aversion pour le risque, tandis qu’en Europe, le Brexit et le budget de l’Italie continuent de préoccuper les investisseurs. Les secteurs de la technologie, de la finance et des matériaux sont les principaux responsables de la baisse des performances.

Cette semaine a été relativement active sur le front des nouvelles émissions en Asie avec la réalisation d’une transaction de très grande envergure en Chine. Sur le marché primaire japonais, deux nouvelles émissions sont intervenues, après la saison de publications des résultats.

La chaîne de grands magasins Takashimaya Company a émis pour 60 milliards de yens d’obligations convertibles à 10 ans, assorties d’une prime de 15%. Sur ce montant, 40 milliards de yens seront alloués au remboursement d’obligations convertibles arrivant à échéance en 2018, et les 20 milliards de yens restants sont destinés aux dépenses d’investissement et à l’infrastructure informatique.

Cosmo Energy Holdings, société de raffinage et de distribution de pétrole, a émis pour 60 milliards de yens d’obligations convertibles à 4 ans, assorties d’une prime de 13%, afin de financer ses investissements dans la pétrochimie et dans d'autres activités comme les énergies renouvelables.

Country Garden Holdings, société de développement immobilier en Chine, a émis pour 7,83 milliards de dollars de Hong Kong d’obligations convertibles à échéance 2023, assorties d’un coupon de 4,5% et d’une prime de 30% en vue de racheter une partie de ses obligations convertibles à échéance 2019.

Sur le marché secondaire, Covestro a publié un avertissement sur résultats dû à un environnement de plus en plus concurrentiel. Ence Energia Y Celulose a annoncé un nouveau plan stratégique visant à diversifier ses activités, à consolider son offre et à lancer de nouvelles gammes de produits. Le marché a accueilli favorablement ce plan et plusieurs recommandations ont été revues à la hausse. Enfin, SBI Holding a perdu plusieurs points de pourcentage en raison de son exposition au secteur des crypto-monnaies.

Achevé de rédiger le 23/11/2018

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