Une actualité toujours dominée par les banques centrales

Analyse de marché - 29/07/2019

Les banques centrales occupent une nouvelle fois le devant de la scène. A en juger par la baisse de l’euro et des taux souverains européens en amont de la réunion de la BCE, les attentes des investisseurs étaient manifestement importantes cette semaine. Pourtant, l’issue de ce comité de politique monétaire apporte plus de questions que de réponses.

Certes, la BCE a confirmé ses inquiétudes concernant les perspectives de croissance, et surtout d’inflation (y compris des anticipations d’inflation). Ceci l’a conduit à opérer un ajustement significatif de sa communication afin d’afficher sa détermination à agir en vue de nouvelles mesures d’assouplissement dès septembre.

Fait important, M. Draghi a de nouveau évoqué un objectif symétrique d’inflation (laissant potentiellement l’inflation surchauffer) à l’image de la communication de la FED, et ce afin d’éviter un risque de désancrage des anticipations d’inflation. Notons néanmoins que la BCE a délivré peu de détails sur les options d’assouplissement de sa politique monétaire (reprise des achats d’actifs, mesures pour mitiger l’impact de baisses des taux pour les banques). 

Compte tenu des récents indicateurs avancés en zone euro toujours orientés à la baisse, le scénario d’une baisse des taux en septembre paraît le plus probable. Les marchés resteront dans l’attente de la quasi-certaine baisse des taux de la Féderale Réserve la semaine prochaine. De toute évidence, le positionnement des investisseurs sur les marchés de taux et actions laisse peu de place à une déception.

  Actions européennes

Ignorant la révision en baisse de la croissance globale par le FMI ou les scores préoccupants en Allemagne de l’IFO et du PMI manufacturier, les marchés actions européens ont touché de nouveaux plus hauts pluriannuels, portés par des publications globalement de bonne facture et les postures accommodantes de la BCE. La rotation sectorielle en faveur des valeurs cycliques s’est ainsi poursuivie, alors que les investisseurs ont considéré les warnings dans le secteur automobile comme constituant des points d’entrée dans ce segment délaissé.

Continental, qui revoit significativement sa guidance 2019 en tablant sur une baisse du marché de 5%, progresse fortement post publication ! Le marché s’est néanmoins retourné dans l’après-midi de jeudi, après que M. Draghi a laissé entendre que la mise en place des mesures d’assouplissement ne faisait pas l’unanimité au sein du Conseil, tout en adoptant une tonalité très prudente quant aux perspectives industrielles de la zone Euro.

Dans l’ensemble, la croissance organique des entreprises européennes est plutôt rassurante, en l’absence de ralentissement général et marqué. Les surprises ressortent ainsi plutôt à la hausse qu'à la baisse, et la sphère liée à la consommation ressort particulièrement robuste. Unilever et plus visiblement Danone enregistrent ainsi des taux de croissance organique au T2 qui reflètent une amélioration.

La croissance des grands groupes de luxe est restée solide malgré des variations dans la dynamique : Kering a ainsi fait état d’un ralentissement de la croissance de Gucci invoquant un environnement concurrentiel qui se durcit, alors que la croissance des ventes de la division Mode et Maroquinerie de LVMH s'est accélérée au T2. Les groupes pharmaceutiques ont continué d'afficher une solide croissance : Roche, Novartis, GSK et particulièrement AstraZeneca, ce qui reflète clairement un cycle d'innovation favorable.

Dans la technologie, Dassault Systèmes a fait état d’une accélération de sa croissance organique à 10% au T2 alors que le consensus était deux points plus bas. Au sein des parapétrolières, notons également les chiffres au-dessus du consensus publiés par TechnipFMC avec un carnet de commandes record, ou par Vallourec avec un EBITDA très au-dessus des attentes. Les déceptions restent peu nombreuses, mais ont été sanctionnées : Tarkett a dévissé après un nouvel avertissement, Atos a fait état d’un FCF décevant et de la poursuite de la contraction de l’activité notamment aux US, STM a dévoilé une guidance timide pour 2019, et JC Decaux a émis une guidance décevante pour le T3 malgré un très bon S1. Notons enfin l’offre de rachat par le fonds de Private Equity Advent sur Cobham.

  Actions américaines

Le S&P se maintient au-dessus de 3000 points alors que la saison des résultats trimestriels bat son plein, et avant la réunion très attendue de la Réserve Fédérale la semaine prochaine. En attendant, les taux et le pétrole restent stables avec le 10 ans à 2,07% et le baril à 56$.

Au niveau sectoriel, les valeurs défensives souffrent d’une prise de bénéfices (Utilities -2,5%, Healthcare -1%, et Staples -1%). A contrario les valeurs cycliques affichent les meilleures performances, avec les industrielles (2,1%), et la technologie (+1,3%) qui bénéficient des bonnes performances des semi-conducteurs (SOX +4.4%).

Au niveau des entreprises, Texas Instrument est en hausse de 7,5% après des résultats supérieurs aux attentes. Google progresse également de 8% après clôture hier soir sur un programme de rachat d’actions de 25 milliards $ et une accélération de la croissance dans la division Website. Le laboratoire pharmaceutique Bristol-Myers dévoile également des résultats supérieurs aux attentes, et a revu à la hausse ses perspectives pour l’année 2019.

  Actions japonaises

Au Japon, les résultats des élections à la Chambre des conseillers (la chambre haute du parlement), qui se sont tenues le dimanche 21 juillet, n’ont pas surpris les marchés. Ceux-ci ont d’ailleurs été stimulés par certains facteurs favorables : la dépréciation du yen, qui a atteint la barre des 108 face au dollar américain (ce qui est positif pour les exportateurs), le regain d’optimisme à l’égard du conflit commercial sino-américain et l’amélioration du sentiment vis-à-vis des titres du secteur des semi-conducteurs. Leur impact a toutefois été contrebalancé par les tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient qui ont suscité de nouvelles inquiétudes, l’Iran ayant saisi un pétrolier britannique. Alors que les entreprises s’apprêtent à rendre compte de leurs résultats du trimestre achevé en juin, la volonté de ne pas parier sur la direction que prendra le marché a constitué une tendance sous-jacente.

Sur le plan sectoriel, le transport maritime, les produits métalliques et les appareils électriques se sont distingués, tandis que les produits pharmaceutiques, la pêche, l’agriculture et la foresterie, ainsi que les produits alimentaires ont sous-performé.

Le 24 juillet, après la clôture, SoftBank Corp. (9434), la filiale de télécommunications de SoftBank Group (9984), a fait part de son intention de racheter 46 millions d’actions (soit 0,96% de l’ensemble des actions en circulation) pour un montant de 74 milliards de yens, ce qui a évidemment été bien accueilli par le marché et a entraîné une forte hausse du titre de SoftBank Group. (9984). À l’inverse, Asahi Group Holdings (2502) a vu son cours plongé, en raison de l’annonce, le 19 juillet, de l’acquisition de l’activité australienne d’Anheuser-Busch InBev par le biais de l’émission de nouvelles actions, ce qui a immédiatement suscité des craintes quant à la dilution de ses bénéfices et causé la chute du titre.

  Marchés émergents

Les marchés émergents affichent un certain regain d’optimisme à l’égard d’un éventuel accord commercial entre Washington et Pékin. Les représentants des deux pays se retrouveront lundi prochain à Shanghai, après que la Chine a accepté cette semaine de ne pas imposer de taxes sur les achats de soja en provenance des États-Unis, en signe de bonne volonté.

Pékin a inauguré cette semaine son STAR Market, l’équivalent chinois du Nasdaq, afin d’offrir une place boursière aux entreprises technologiques innovantes qui privilégiaient jusqu’à présent l’étranger pour leur introduction en bourse. BYD et Toyota Motor ont annoncé la signature d’un accord pour le développement conjoint de berlines et de SUV à plancher surbaissé et des batteries, afin de les lancer sur le marché chinois. À l’instar de Geely et de Great Wall Motors en début de mois, SAIC a revu à la baisse cette semaine son objectif de ventes pour 2019, et prévoit désormais un recul de 7% en glissement annuel, contre une croissance de 1% des volumes auparavant. Hikvision s’est redressé au deuxième trimestre 2019, notamment dans le segment des grandes entreprises, avec une amélioration des perspectives malgré les difficultés affichées sur le marché extérieur. New Oriental Education a rendu compte d’une croissance de son chiffre d’affaires et de ses marges supérieure aux attentes, à la faveur de frais de vente et de marketing moins élevés que prévu. À l’inverse, TAL a fait part de résultats décevants pour le deuxième trimestre de 2019 et de prévisions inférieures aux attentes pour le troisième trimestre, en raison de pressions sur les marges causées par la hausse des dépenses en marketing.

En Inde, le marché s’est replié sur fond de craintes concernant la croissance. Parmi les entreprises ayant publié leurs résultats, HDFC Bank a enregistré un ralentissement de la croissance des prêts, à 17% en glissement annuel, ainsi qu’une augmentation des coûts de crédit du fait de la hausse des provisions. Hindustan Unilever, le leader du secteur des biens de grande consommation, a vu son chiffre d’affaires reculer à un plus bas sur sept trimestres (+6,6% sur un an), malgré l’amélioration de ses marges, à la faveur d’une meilleure gamme de produits et d’une réduction de ses coûts. En revanche, Asian Paints a rendu compte d’une forte croissance de son chiffre d’affaires et d’une augmentation de ses marges, sur fond de repli des prix des matières premières. Reliance a également fait part de solides résultats, stimulés par ses activités de consommation et de télécommunications, qui représentent désormais 25% du chiffre d’affaires total.

En Corée du Sud, Hyundai Motors et Kia Motors ont publié des résultats supérieurs aux attentes, à la faveur notamment de la dépréciation du won coréen et du lancement de nouveaux modèles. SK Hynix a enregistré un recul particulièrement marqué de ses bénéfices, en raison de la baisse des prix des puces DRAM et NAND, et a annoncé une réduction de la production.

En Afrique du Sud, l’inflation est restée confinée dans la fourchette cible de la banque centrale, laquelle a baissé son taux directeur à 6,5% la semaine dernière. Au Brésil, la nouvelle stratégie de Cielo, axée sur sa part de marché, a montré des premiers signes encourageants. Si la rentabilité de l’entreprise a de nouveau reculé, la croissance de son volume de paiement a atteint un sommet sur sept trimestres. La banque mexicaine Banorte a rendu compte de résultats conformes aux attentes au deuxième trimestre, malgré une nette augmentation du nombre de créances douteuses. En Argentine, la confiance des consommateurs a poursuivi sa progression en juillet et s’est établie à 44,2, une hausse de 8,9% par rapport à juin et son niveau le plus élevé depuis mars 2018.

  Dettes d'entreprises

 

Crédit

La tendance était positive cette semaine, portée par l’espoir de voir la Banque Centrale Européenne et la Fed, la semaine prochaine, tenir des discours accommodants. Jeudi, les annonces de la BCE ont cependant été jugées assez décevantes par le marché, qui s’attendait à davantage de détails sur les mesures accommodantes. Dans ce contexte, l’indice Xover s’est resserré de 13 Bps entre lundi et jeudi et le Main de 3 Bps.

Le plan de cession d’actifs de Casino se poursuit, le distributeur a ainsi annoncé avoir conclu de nouvelles promesses unilatérales d’achat pour la société Vindémia et plusieurs magasins déficitaires. Casino a par ailleurs surpris le marché avec des résultats plus favorables que prévu (CA en hausse de 3,5% en organique). Le groupe a confirmé ses objectifs et a indiqué vouloir accélérer la réduction de sa dette en France à moins de 1,5 Mds € en 2020. Vallourec a performé : ses résultats sont supérieurs aux attentes (CA et EBITDA en forte croissance) et les objectifs 2019 sont confirmés. Les obligations Heidelberger Druck ont retracé une partie des pertes réalisées la semaine dernière, elles avaient souffert d’une révision à la baisse des objectifs 2019, notamment au niveau de la marge d’EBITDA.

Moody’s a annoncé vendredi dernier, relever à la hausse les notes de Unicredit et Bankinter se basant en grande partie sur une amélioration de la qualité des actifs. Les obligations Tier 2 des deux émetteurs sont ainsi devenues éligibles aux 3 indices Investment Grade. Les Tier 2 Unicredit ont très bien performées suite à l’annonce. Coté résultats bancaires, Deutsche Bank a déçu le marché avec une perte nette de 3,15 Mds €, supérieure au montant annoncé en début de mois (charges de restructuration plus importantes que prévues). Hors restructuration la performance ressort légèrement en dessous des attentes avec des revenus en baisse de 6% sur un an. UBS a dévoilé des résultats supérieurs aux attentes (résultat net en hausse de +1% sur un an), portés par la bonne performance du segment Investment Banking. La principale division Global Wealth Management (GWM) a cependant déçu, affichant une décollecte nette de 2 Mds $ et une légère contraction de la marge nette.

Le marché primaire a été assez dynamique sur le High Yield. On note notamment les émissions de Intrum à 7 ans pour 800 millions € avec un coupon de 3,5% et de Vivion à 5 ans pour 700 millions € (coupon de 3%).

Convertibles 

Worldline (exploitation de plates-formes de traitement numérique des transactions financières) a émis 600 millions € d’Oceane à 7 ans sans coupon avec 60% de prime de conversion, afin de refinancer une partie du crédit-relais mis en place pour l'acquisition de la participation minoritaire de 36,4 % dans equensWorldline.

Turning Point Brands Inc. (fournisseur de produits de remplacement pour le tabac) a émis 150 millions $ à 2,5% d’échéance 5 ans. Côté publication, on notera qu’au sein du secteur du luxe en Europe les résultats sont très variés. Kering a de nouveau déçu par la poursuite de la décélération de Gucci, alors que LVMH affiche un très bon 2eme trimestre, notamment sur la partie Mode et Maroquinerie. Aux Etats-Unis, ServiceNow a publié de bons résultats pour le 2eme trimestre. En revanche leurs guidances pour le 3eme trimestre sont prudentes avec une cible à 27-28% pour la facturation, contre 34% actuellement. Après une progression de 70% depuis le début de l’année, le titre a donc souffert de quelques prises de bénéfices. A noter également que Tesla déçoit de nouveau suite à des pertes supérieures aux attentes et un nouveau changement important au niveau de son top management.

Elément complémentaire