Une lueur d'espoir

Analyse de marché - 02/11/2018

Les indices actions européens et mondiaux ont repris le chemin de la hausse cette semaine.

Donald Trump et Xi Jinping ont annoncé la reprise du dialogue sur les tensions commerciales qui avait été interrompu, alors que les deux dirigeants devraient s’entretenir en marge du G20 en Argentine à la fin du mois. L’amélioration des perspectives dans le cadre des négociations sur le Brexit a également permis aux marchés de relever la tête. Un accord avant la fin du mois de novembre serait envisageable, une solution aurait en effet été trouvée pour permettre aux institutions financières britanniques de poursuivre leur activité sur le territoire européen. Ce point est essentiel pour la City qui souffre de la réorganisation des entreprises s’inquiétant de la perte du passeport financier.

Sur le plan fondamental, la période de publication fait ressortir des résultats solides en Europe et aux Etats-Unis. 82% des sociétés américaines ont publié en moyenne (au 02/11) une croissance de 23% de leurs profits (7% au-dessus des attentes), pour des chiffres d’affaires en hausse de 8% d’une année sur l’autre. Les sociétés européennes ayant publié (représentant 52% du Stoxx600) délivrent pour leur part une croissance de 10% des profits (3% au-dessus du consensus) pour des chiffres d’affaire en progression de 6%. Les investisseurs restent néanmoins anxieux sur l’évolution future des marges, les messages mitigés des entreprises continuant à peser sur le sentiment de marché, mais l’amélioration des chiffres d’affaires est de nature à rassurer.

Dans ce contexte de retour de l’appétit pour le risque, les taux d’intérêts européens et américains ont renversé leur mouvement de « flight to quality » de la semaine précédente et se sont tendus. Aux Etats-Unis, ceci a été amplifié par la hausse des taux réels, le taux gouvernemental à 10 ans revenant sur le niveau de 3.17%.

  Actions européennes

 Octobre est passé et le marché en cette fin de semaine a entamé un net rebond qui laissera aux investisseurs un goût moins amer. Un tweet de Donald Trump sur le bon déroulement des discussions avec le Président chinois Xi Jinping et un rapport publié mentionnant que Trump aurait demandé à des représentants de son administration de rédiger les possibles termes d’un accord qui pourrait intervenir lors du sommet du G20 à la fin du mois  redonnent espoir. Espoir également alimenté par des publications globalement meilleures cette semaine. Alors que 55% des sociétés ont désormais publié, 52% % d’entre elles ont battu les estimations de résultats.

Du Royaume Uni, où la  banque centrale a laissé son taux directeur inchangé, mais s’est dite prête à agir sur les taux après le Brexit, est venu un article du Times disant qu’un accord aurait été trouvé pour laisser un accès au marché européen aux entreprises financières anglaises ce qui a permis à la livre de reprendre près de 1,2% contre l’euro sur la semaine.

Sans réelle surprise dans un secteur automobile qui a beaucoup produit, l’équipementier Schaeffler a de nouveau émis un warning avec une marge du 3ème trimestre inférieure de 100bps à ce que la société avait confirmé en août et coupe son attente de marge pour l’année. Mais preuve que tout n’est pas nécessairement perdu pour le secteur, Volkswagen a publié des résultats du T3 18, avec un EBIT en hausse de +10% vs. consensus et a maintenu une guidance annuelle ne nécessitant désormais plus qu’une marge de 6.1  au T4 (vs. 6.4 au T3).

On retiendra plutôt les excellentes ventes de L’Oréal en croissance organique de 7,5%, soit en accélération par rapport aux 6,5% du 1er semestre. Sanofi affiche une hausse des ventes de 3% supérieures au consensus grâce aux vaccins et des EPS 8% au dessus, dont la moitié est due à l’amélioration des performances opérationnelles et un relèvement du bas de fourchette de l’objectif de bénéfice par action (BPA) FY18 à 4-5% vs 3-5%. De même le groupe Airbus publie un EBIT 12% au-dessus du consensus, tiré par une surperformance de 11% sur les avions commerciaux. Au sein du secteur bancaire les résultats d’ING meilleurs qu’attendu tant sur les revenus que sur les coûts ont contrasté avec ceux de la BNP où le résultat avant impôt ressort 7% en-dessous du consensus.

  Actions américaines

 Semaine particulièrement compliquée sur le marché américain. Le S&P500 a commencé par perdre 2.5% pour reprendre 3.7% sur les trois dernières séances. Le Nasdaq perdait 3.6% pour rebondir de 5.4% sur trois jours. Les mouvements erratiques du marché avec un nouveau record du VIX, l’indicateur de volatilité  de marché, soulignent le manque de confiance des investisseurs. Du coté des indicateurs macro-économiques, la croissance du PIB pour le troisième trimestre ressort à 3.5%. On retiendra également les bons chiffres de l’emploi, avec 227K créations d’emplois selon ADP pour le mois d’octobre, bien supérieur aux attentes. L’ISM manufacturier est ressorti à 55.7, niveau toujours élevé marquant un rythme d’expansion pour l’économie américaine mais en net repli par rapport au mois précédent qui était de 59.8.

L’agitation des marchés est provoquée par les publications de résultats mais surtout l’environnement de politique internationalle et les craintes d’un ralentissement de l’économie mondiale dans un contexte de guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. Du coté des sociétés, les FANG dont les valorisations sont très élevées corrigent sur des publications de résultats affichant toujours des croissances solides. En revanche, General Motors rebondit de 9% sur des résultats trimestriels supérieurs aux attentes. L’entreprise affiche une marge opérationnelle supérieure à 10% sur le marché américain grâce à un effet prix positif lié aux nouveaux pickups. La société enregistre aussi des profits records en provenance de Chine.

Au sein du S&P500, les sociétés de matières premières enregistrent la plus forte hausse sur la semaine (+5.7%) suivies par les valeurs financières (+3%) et les valeurs industrielles (+1.8%). Les services aux collectivités sont en retrait (-1.75%) ainsi que les valeurs immobilières (-0.3%).

  Actions japonaises

 Après avoir longuement évolué à la baisse en octobre, les cours des actions japonaises ont rebondi lors des deux derniers jours ouvrés du mois. L’indice TOPIX a progressé de 2,26 % durant la semaine.

Les acteurs du marché ont commencé à prendre davantage conscience du caractère survendu des titres par rapport à la solidité des bénéfices des entreprises et de la fourchette des ratios cours/bénéfices (P/E) précédents, ainsi que de la sous-évaluation relative des actions japonaises sur le marché mondial. SONY (+7,76%) a retenu l’attention du marché suite à l’annonce de révision à la hausse de ses prévisions de bénéfices pour l’exercice 2018 (s'achevant en mars 2019).

Après avoir été particulièrement touchés, les secteurs industriels sensibles à la conjoncture économique et axés sur les exportations ont nettement rebondi cette semaine. Les secteurs des appareils électriques (+6,37 %), des produits chimiques (+4,83 %) et des machines de précision ont affiché des performances positives. Murata Manufacturing a vu son cours bondir de 20,93 %, à l’instar de SMC, FANUC, Shin-Etsu Chemical, Mitsubishi Electric et Kyocera, dont les titres ont enregistré une croissance à deux chiffres. Les secteurs financiers se sont également bien comportés.

À l’inverse, le secteur de l’information et de la communication a lourdement chuté (-7,05%). Suite à l’annonce par le leader du secteur, NTT DoCoMo, de la révision à la baisse du prix du service de téléphonie mobile suscitée par la politique du gouvernement Abe visant à protéger les utilisateurs, le cours des titres NTT DoCoMo, NTT (société mère) et KDDI a reculé sur fond de craintes quant à l’impact potentiel sur les bénéfices.

  Marchés émergents

 La Chine a rebondi, les investisseurs s'étant montrés plus confiants à la faveur de certains facteurs : les tensions commerciales entre Washington et Pékin se sont apaisées, Donald Trump et Xi Jinping ayant fait part de leur optimisme quant à une résolution du conflit commercial qui les oppose. Par ailleurs, le président chinois s’est engagé à améliorer l’environnement économique pour les entreprises privées. Il a ainsi annoncé de nouvelles baisses d’impôts ainsi que la création de fonds de sauvetage, a promis un traitement équitable des secteurs privé et public et a garanti la protection des droits individuels et de propriété. En outre, le yuan a commencé à s’apprécier après s’être échangé à près de 7 yuans pour un dollar. Enfin, Donald Trump a demandé aux représentants de son administration de rédiger les possibles termes d’un accord commercial. En termes de résultats, China Merchants Bank et ABC ont enregistré une croissance relativement solide de leurs bénéfices, en particulier une forte croissance des produits nets hors intérêts. À l’inverse, les résultats de Moutai ont déçu les investisseurs en raison de la capacité limitée à satisfaire la demande et de l’absence d’augmentation des prix.

En Inde, HDFC a fait part de résultats solides à la faveur d’une croissance de 17 % des prêts et de la bonne qualité de ses actifs. Selon certaines sources, le gouvernement avait l’intention d’invoquer la section 7 du Reserve Bank of India Act, afin de lui permettre de donner des instructions spécifiques à la banque centrale indienne dans l’intérêt national. La polémique n’est pas allée plus loin après que le gouverneur de la RBI a menacé de démissionner. Il a défendu la nécessité de protéger l’indépendance dont jouit la banque centrale pour mener à bien sa politique, aux côtés du gouvernement notamment.

Au Brésil, Jair Bolsonaro, le candidat d’extrême droite du parti social-libéral, a comme prévu été élu président de la République, avec 55 % des voix contre 45 % pour son adversaire du Parti des travailleurs, Fernando Haddad. Il s’est montré relativement favorable aux entreprises lors de son premier discours. Il a ainsi mis l’accent sur la réforme de la sécurité sociale, sur la réduction du déficit budgétaire et des dépenses publiques, ainsi que sur la stabilisation de la dette. Le nouveau président brésilien a également annoncé vouloir respecter la constitution, accroître les libertés, réduire la bureaucratie, faire preuve d’une tolérance zéro vis-à-vis de la corruption et mener une politique plus favorable aux entrepreneurs. En termes de résultats, Bradesco a fait part d’un troisième trimestre 2018 supérieur aux attentes sous l'effet de l’amélioration de sa marge nette d’intérêts, de la qualité de ses actifs et du contrôle des coûts. Localiza a également annoncé une solide croissance de son chiffre d’affaires (33 % en glissement annuel) et de ses marges de location, qui a toutefois été compensée en partie par une plus forte dépréciation de son segment Véhicules d’occasion. MercadoLibre a rendu compte de résultats mitigés au troisième trimestre 2018, en raison de la baisse de la valeur brute des marchandises, malgré la progression de son segment Fintech et ses améliorations logistiques.

Au Mexique, le marché a été désagréablement surpris par la décision du président élu Andrés Manuel López Obrador d’annuler la construction du nouvel aéroport de Mexico, suite aux résultats du référendum qui s’est tenu sur quatre jours, mais auquel n’ont participé qu’un million de citoyens. Nous pensons que le projet de budget qui sera annoncé en décembre constitue le prochain élément d’importance à suivre.

Bien que nous restions prudents à l’égard des marchés émergents, notamment en raison des inquiétudes liées à la croissance mondiale, nous saluons les initiatives de la Chine visant à stabiliser la croissance ainsi que l’apaisement possible des tensions commerciales entre Washington et Pékin.

  Matières premières

 Depuis son point haut du 3 octobre, à 86$, le baril de Brent a perdu 16%, près de 14$/b. Ce point haut était probablement excessif et alimenté par des positions très acheteuses des traders sur le Nymex. La correction qui a suivi a été en partie alimentée par le retour de l’aversion au risque du marché, sous fonds de craintes sur la croissance de l’économie en 2019. La correction de ces derniers jours est le miroir de la hausse de fin septembre, tant elle semble excessive. Elle reflète cependant la confusion sur les chiffres de production de l’OPEP et l’impact réel de la baisse des exportations iraniennes. Bloomberg prévoit une hausse de la production de l’OPEP sur le mois d’Octobre de 430kb/j, en provenance essentiellement de l’Arabie Saoudite et de la Libye. En parallèle, les Etats-Unis sont en train d’accorder des dérogations sur les importations de pétrole en provenance d’Iran pour 8 pays dont l’Inde, la Chine, la Corée du Sud et le Japon. Ces 4 pays sont la destination d’environ 60% des exportations iraniennes. L’impact de ces dérogations n’est pas encore connu quant aux volumes concernés et leur durée dans le temps. Il semble cependant que l’Inde pourrait importer 300k/j jusqu’au mois de mars prochain, à comparer avec une moyenne de 600kb/j depuis le début de l’année. Cette décision ne nous semble pas être un revirement de position de la part des Etats-Unis, mais plutôt une acceptation de la réalité. A savoir qu’il n’est effectivement pas possible d’avoir une compensation par l’Arabie Saoudite et de quelques autres pays d’une réduction à zéro des exportations iraniennes, sans entrainer une forte hausse des prix du pétrole, celle que le marché avait commencé à anticiper fin septembre.

Les métaux cotés sur le LME (Cuivre, Aluminium…) ont enregistré un rebond en fin de semaine, portés l’optimisme exprimé par les présidents américain et chinois quant à une résolution des tensions commerciales entre les 2 pays.

Les données du Conseil Mondial de l’Or (WGC) montrent que les Banques Centrales ont fortement accru leurs achats d’or sur le 3ème trimestre, à 148t, une hausse annuelle de 22%. Il s’agit du niveau trimestriel le plus élevé depuis 2015.

  Dettes d'entreprises

Crédit

 Le ton était positif cette semaine, S&P a décidé de ne pas abaisser la note de l’Italie, dégradant seulement la perspective à stable. Le président américain a évoqué un accord commercial à venir avec la Chine et la presse britannique a mentionné de nouvelles avancées sur le Brexit (un accord sur les services financiers serait imminent). Dans ce contexte, les spreads se sont resserrés avec environ – 14 points de base pour l’indice Xover entre lundi et jeudi. Les chiffres européens assez mitigés et des résultats pour certains assez décevants ont cependant pesé sur le sentiment général, notamment en début de semaine.

Le secteur des financières a particulièrement surperformé cette semaine avec un rallye sur les Cocos et sur les assureurs. Les flux acheteurs au sein du secteur automobile étaient aussi nombreux en début de semaine, la Chine envisagerait d’abaisser de 50% la taxe d’acquisition sur certains véhicules. FCA (Ba2/BB+) a par la suite publié de bons résultats 3Q18 (CA et EBIT en hausse de 9% et 13%), confirmant ses prévisions annuelles. Schaeffler (Baa3/BBB-), équipementier automobile, a cependant abaissé ses objectifs 2018 face à la baisse de la demande chinoise. Les résultats 3Q18 du groupe espagnol Dia ont été décevants (chute des ventes et de l’EBITDA) mais les obligations ont été en hausse cette semaine, le management s’est montré optimiste quant à une réduction de la dette et les porteurs obligataires tablent sur une recapitalisation. Les obligations Nyrstar (Caa1/CCC, secteur des métaux) ont souffert suite à la publication de résultats Q3 2018 non satisfaisants, le CA est en hausse de 11% sur 9 mois mais l’EBITDA recule de 17%. Le management n’a donné aucune information sur le refinancement de leurs dettes, inquiétant les investisseurs. On note aussi le profit warning de Senvion (B2/B) qui a revu ses revenus à la baisse pour 2018. Par ailleurs, l’émetteur CMC di Ravenna a été sous pression suite à des rumeurs de restructuration, l’annonce du versement de 50.6 millions euros par l’autorité des routes italiennes a cependant rassuré les investisseurs, écartant des risques de liquidité à court terme. Plus positif, SMCP (B1/B+) et Recordati affichent des résultats solides.

Coté financière, Santander a publié de bons résultats, supérieurs au consensus avec un ratio de capital CET1 au-dessus des 11%, objectif de fin d’année.

Convertibles 

 Assez fort rebond des marchés sur la dernière séance du mois d’octobre. Si les rebalancements de fonds et stratégies auront contribué positivement sur la journée du 31 octobre, plusieurs annonces ont soutenu ce rebond. A l’instar des annonces chinoises sur une politique de relance plus volontariste, des rumeurs sur la réduction des taxes chinoises à l’importation sur le secteur automobile, des déclarations « accommodantes » du gouverneur de la BoJ et le tweet de D. Trump soulignant la qualité de sa récente conversation avec le président chinois Xi Jinping, éléments qui ont été bien accueillis.

De nombreuses publications ont encore eu lieu : Sony a annoncé de très bons résultats sur le semestre dépassant les attentes cotés CA et bénéfices, en revanche ils ont indiqué une certaine prudence sur la partie hardware (TV…) de leur activité. SBI Holding (fonds de Venture Capital sur Fintech) a également annoncé de très bons résultats notamment sur ses activités Gestion d’Actifs et Services Financiers.

Safran a profité des conditions de marchés pour proposer le rachat de son obligation convertible zéro coupon d’échéance 31/12/2020, avec une prime de 0.90€ sur le VWAP du 30 octobre au 2 novembre 2018.

Achevé de rédiger le 02/11/2018

Elément complémentaire