A la différence de la science et de l'impatience de la jeunesse, la politique est l'art du possible

Actualité - 17/10/2019

Une part significative du plan de 54 milliards d’euros engagé par l’Allemagne concerne le véhicule électrique, ce qui n’est pas neutre étant donné la place du secteur automobile dans l’économie Allemande.

Ce « plan climat » vient confirmer les tendances vues en France, Royaume-Uni et Pays Bas avec des subventions favorisant les modèles électriques purs par rapport à l’hybride. Mais l’Allemagne joue moins la carte du malus pour les modèles les plus polluants.

Pour les constructeurs allemands, cette annonce peut se lire selon deux angles :

  • Le virage électrique est acté, le gouvernement allemand ne soutiendra pas une remise en cause des règles d’émissions européennes.
  • Le gouvernement est prêt à soutenir cette transition.

L’Allemagne veut créer un marché domestique pour le véhicule électrique. La subvention des modèles électriques permettra de supporter les marges des constructeurs. D’autre part, la hausse, rapide, de la pénétration de l’électrique devrait mécaniquement réduire la pression sur les modèles thermiques puisque la régulation européenne impose une limite sur les émissions moyennes. Il reste encore à convaincre le consommateur allemand que l’ID.3 de Volkswagen, dont la production commencera en novembre, est la nouvelle voiture du peuple.

« A la différence de la science et de l'impatience de la jeunesse, la politique est l'art du possible », disait Merkel, devançant les critiques. Avec ce plan, l’Etat Allemand semble vouloir rendre possible le virage électrique de son industrie automobile. Et il est impensable qu’une telle décision fut prise sans une consultation extensive des acteurs de l’industrie qui valident donc cette transition.

Signe qui ne trompe pas, la même semaine, Daimler annonçait mettre fin à sa R&D concernant les moteurs thermiques.

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Dans le détail :

Angela Merkel, sous la pression du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) et des Verts (forts du soutien de plus de 20% de l’électorat allemand aux dernières élections européennes), a annoncé un plan Climat de 54 milliards d’euros d’ici 2023 (jusqu’à 100 milliards d’ici 2030). Ce plan, qui doit encore être validé par le Bundestag doit permettre à l’Allemagne de tenir ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55% d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 1990. Des mesures importantes étaient attendues compte tenu de l’échec de l’Allemagne à tenir son engagement 2020 de 40% de réduction (seulement 30% réalisé).

La principale mesure concerne le véhicule électrique : l’Allemagne vise ainsi 10 millions de véhicules électriques (pur et hybride) d’ici 2030, soit 15% du parc actuel (la prévision la plus optimiste tablait sur 7 millions d’ici 2030). Pour mesurer l’effort à fournir : un tel objectif implique la mise en route de près d’1 million de véhicules par an (soit 30% des ventes annuelles). En 2018, les véhicules électriques représentaient moins de 2% des ventes annuelles.

A noter que le plan allemand est en ligne avec les chiffres annoncés un an plus tôt par Volkswagen, visant 25% de ses ventes 2025 en BEV (véhicule électrique à batterie).

Pour supporter le développement de l’électrique, le plan prévoit également l’installation d’un million de station de charge et des mesures d’aide à l’achat (suppression de taxes et subventions).

La chancelière allemande a également annoncé la mise en place d’un système d’échange de quotas d’émission –similaire à l’ETS1 européen- couvrant le transport et le chauffage. Le prix initial de €10/t CO2e passera à 20€ en 2022 et à 35€ en 2025. Il pourra ensuite varier entre 35 et 60€. Cette taxe viendra renforcer la compétitivité des véhicules électriques par rapport aux thermiques pour les flottes professionnelles, mais le prix est trop faible pour réellement impacter les particuliers.

La plupart des analystes s’accordent à dire que le plan actuel est insuffisant pour atteindre les objectifs 2030 de l’Allemagne et les réactions des politiques outre-Rhin ne font que confirmer ce constat.

En 2018, les véhicules vendus en Europe émettaient en moyenne 120g/km de CO2. Pour atteindre l’objectif européen de 95g/km de CO2 en 2021, les constructeurs ont finalement peu de leviers : 1/ l’électrification du mix2, 2/ la réduction des émissions des modèles thermiques ou 3/ encourager la vente de modèles hybrides et décourager celle des modèles thermiques les plus émetteurs.

Or ces 3 leviers auront tous un impact négatif sur la marge des constructeurs, déjà au plus bas (marges négatives sur les véhicules électriques et en baisse sur les modèles thermiques à cause de la régulation).

1 European Union Emission Trading Scheme – EU ETS est un mécanisme de droits d'émissions de dioxyde de carbone (aussi appelé gaz carbonique, noté « CO2 ») mis en œuvre au sein de l’Union européenne dans le cadre de la ratification par l'UE du protocole de Kyōto.

2 Le mix énergétique, ou bouquet énergétique, est la répartition des différentes sources d'énergies primaires consommées dans une zone géographique donnée.

Achevé de rédiger le 10/10/2019

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