Un climat géopolitique en légère amélioration

Analyse de marché - 18/10/2019

L’accord partiel entre les États-Unis et la Chine et l’espoir d’une solution afin d’éviter un Brexit sans accord ont porté les actifs risqués cette semaine.

L’accord entre chinois et américains stipule que Washington ne relèvera pas les droits de douane de 25% à 30% le 15 octobre sur 250 milliards de dollars américains de produits chinois. Pékin s’est engagé pour sa part à doubler progressivement les importations chinoises de produits agricoles américains, à ne pas manipuler sa devise, à ouvrir davantage les marchés financiers, et à faire des avancées concernant la protection de la propriété intellectuelle sur le territoire chinois.

Le conseiller économique de Donald Trump, L. Kudlow, a ravivé les espoirs de la résolution rapide des conflits commerciaux en se montrant confiant sur la signature d’accords non seulement avec la Chine, mais aussi avec le Canada et le Mexique, d’ici Thanksgiving (28 novembre). 

Au Royaume-Uni, l’annonce jeudi d’un accord entre Bruxelles et Londres a dans un premier temps soulagé les investisseurs, en portant les marchés d’actions, la livre sterling, et les taux souverains. Mais le parti nord-irlandais a refroidi ces espoirs, semant le doute sur l’acceptation de cet accord par la Chambre des communes dès samedi.

Les marchés financiers semblent à présent miser au pire sur une nouvelle prolongation, malgré les propos de J-C Juncker qui a ouvert le Conseil européen en affirmant qu’il n’y aurait pas d’étude d’extension.  

C’est par ailleurs sans surprise que le gouvernement allemand a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour 2020 à +1%. Le ministre de l’Économie, P. Altmaier, a toutefois déclaré qu’il n’y avait pas de menace de crise économique. 

Les incertitudes vont ainsi persister au cours des prochains mois. L’effet se fera donc inévitablement ressentir sur le sentiment des investisseurs et dans les indicateurs avancés. Dans ce contexte, l’action des banques centrales restera un facteur de soutien, la Fed ayant annoncé qu’elle reprenait son programme d’achats d’actifs en se focalisant sur les obligations souveraines de court terme.

La saison de publication des résultats en Europe et aux États-Unis constituera un élément déterminant de la direction des marchés d’actions.

Face aux forces contradictoires auxquelles les investisseurs sont confrontés, un positionnement en actions relativement prudent reste encore de mise. 

  Actions européennes

Les évolutions sur le front du Brexit ont marqué les marchés actions européens sur la semaine. La perspective d’un accord leur a ainsi permis de casser les plus hauts annuels. Les indices ont même accéléré jeudi en fin de matinée avec l’annonce d’un accord en vue, mais ont fini par se replier avec l’opposition réaffirmée du Parti unioniste nord-irlandais et des travaillistes, ne garantissant pas une ratification au Parlement britannique.

Les publications du troisième trimestre sont nombreuses, et les avertissements en particulier sur le front de la croissance organique ne manquent pas, et n’épargnent aucun secteur.

Pernod Ricard fait état d’une croissance décevante notamment en Chine et en Inde, quand Rémy Cointreau invoque les évènements de Hong Kong et un restockage lent aux États-Unis sur le cognac. Le compartiment automobile est de nouveau touché : Faurecia s'attend à une baisse du marché encore plus forte que redouté jusqu'ici, et Renault revoit sa guidance 2019 en baisse, mettant en avant un environnement économique moins favorable que prévu et un contexte réglementaire qui implique une forte hausse des coûts. Thalès a fait état de revenus préliminaires au troisième trimestre en ligne avec les attentes mais avertit sur la croissance organique annuelle. Danone de son côté fait part de résultats pour le troisième trimestre inférieur aux attentes et revoit à la baisse ses perspectives annuelles. Le chiffre d’affaires au troisième trimestre chez Accor est inférieur aux attentes, avec une tendance de RevPAR (revenu par chambre disponible) inférieure aux prévisions en raison d'une performance plus faible en Asie-Pacifique.

Wirecard a refait l’actualité, avec de nouveaux articles publiés dans le Financial Times continuant à accuser la société de gonfler son chiffre d'affaires artificiellement, provoquant un fort décrochage du titre malgré de nouveaux démentis. Quelques valeurs sortent du lot néanmoins, tel qu’Assa Abloy qui publie des chiffres supérieurs au consensus avec un chiffre d'affaires en hausse de 3,8% pour le troisième trimestre. Teleperformance qui relève sa guidance pour 2022 ou encore Ericsson qui remonte sa guidance 2020 sur ses objectifs de vente et de marge opérationnelle. Tele2 se démarque également avec un excellent résultat et un Free Cash Flow fort. Les tendances suédoises se sont améliorées grâce à la forte croissance des abonnements et de l'ARPU (revenu moyen par client/utilisateur), et également des facteurs économiques qui vont dans le bon sens.

En ce qui concerne les transformations d’entreprises, notons que le spécialiste de la cyber sécurité Sophos a fait l’objet d’une OPA 100% cash de la part du fonds de Private Equity Thoma Bravo. L’annonce de la cession d’une entité de la division Spécialités Industrielles à SK Global a également profité à Arkema

  Actions américaines

Les marchés américains ont fortement rebondi cette semaine, le S&P 500 et le Nasdaq gagnant respectivement 0,9% et 1,3% sur la semaine à la clôture de jeudi soir, le SPX retrouve ainsi ses plus hauts de 2019 (proche des 3 000 points de base). Ce regain d’optimisme est dû à deux principaux facteurs qui sont premièrement, une amélioration du contexte géopolitique global avec une trêve dans le conflit commercial qui oppose les États-Unis à la Chine, et sur les dernières séances une perspective de conclusion d’un accord de sortie entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne et deuxièmement, les premières sorties de résultats du troisième trimestre des entreprises qui se sont annoncées plutôt positives. 

Reflétant cette détente sur le front des tensions internationales, les taux américains à dix ans sont remontés de 7 points de base sur la semaine à 1,75% et le baril de pétrole (WTI) a clôturé quasi inchangé en dessous de 54 dollars américains. Au niveau sectoriel, la hausse de cette semaine a été tirée par les services de communication (+2,2%), la santé (+2,4%) et les industriels (+1%), les secteurs plus défensifs sous-performant dans la hausse (les services aux collectivités sont en baisse de -0,5%, la consommation de base étant en retrait de -0,4%). 

Au niveau des entreprises, on note la sortie de résultats du troisième trimestre positifs et au-dessus des attentes dans le secteur bancaire (Bank of America et JP Morgan sont en hausse de respectivement 4,7% et 3,6% sur la semaine). Ces bons résultats de grands acteurs dans le secteur financier pointent la relative bonne santé de l’économie américaine. Netflix progresse également de près de 3% sur la semaine après les résultats du troisième trimestre qui ont démontré la résilience du géant du streaming (avec une croissance des abonnés à l’international supérieur aux attentes) face à la concurrence d’Apple et de Disney qui s’intensifie. Honeywell est en hausse de 4% cette semaine après des résultats meilleurs qu’attendus (avec une bonne tenue de l’activité de sa division aéronautique civile). A noter également cette semaine le mouvement baissier qui s’accélère sur certains titres de software suite à la baisse de prévisions de bénéfices de ForeScout et des nouvelles décevantes de Workday concernant sa stratégie. 

  Actions japonaises

Les actions japonaises ont progressé suite à l’annonce d’un accord commercial partiel entre les États-Unis et la Chine. Le rebond du marché des semi-conducteurs a également contribué à l’amélioration du sentiment des investisseurs, à l’instar des attentes d’une reprise de la croissance des bénéfices des entreprises. L’indice TOPIX a progressé de 1,81% durant la semaine, stimulé par la performance des secteurs du transport maritime, des produits en caoutchouc et des produits électriques, mais également par celle des titres liés au Nikkei 225. Un typhon dévastateur, Hagibis, a frappé l’est du Japon, provoquant de très fortes précipitations, d’importantes inondations et l’interruption du trafic. Son impact sur le marché boursier est toutefois resté relativement limité pour une tempête de cette ampleur. Les acteurs du marché portent désormais leur attention sur les résultats au troisième trimestre des entreprises du secteur manufacturier, dans l’espoir de confirmer que le pire est derrière eux et que les dépenses d’investissement peuvent repartir à la hausse.       

Bien que le nombre de touristes sud-coréens ne cesse de chuter (-58,1% en glissement annuel), le nombre total estimé de visiteurs étrangers a augmenté de 5,2% sur un an en septembre, à 2,27 millions. La hausse notable du nombre de touristes européens, américains, australiens et asiatiques a permis de compenser l’impact causé par la détérioration des relations avec la Corée du Sud. Par ailleurs, la consommation totale des touristes a progressé de 9% à 1 200 milliards de yens au troisième trimestre, une tendance qui s’explique par le fait que les Sud-Coréens dépensent moins que les autres visiteurs. En dépit du contexte politique, la consommation étrangère totale depuis le début de l’année a atteint un niveau record de 3 619 milliards de yens fin septembre. 

  Marchés émergents

L’indice MSCI Emerging Markets a progressé de 1,7% (cours de jeudi à la clôture), stimulé par la probabilité croissante d’un accord commercial sino-américain.

Steven Mnuchin, le secrétaire américain au Trésor, a annoncé vendredi dernier que les États-Unis renonçaient pour le moment à l’augmentation des droits de douane sur 250 milliards de dollars américains de produits chinois, lesquels devaient passer de 25% à 30% le 15 octobre. Le président américain Donald Trump avait auparavant confirmé que les deux parties étaient parvenues à trouver un « accord partiel très important » sur des problèmes comme la propriété intellectuelle et les services financiers, et que la Chine s’engageait à acheter de 40 à 50 milliards de dollars américains de produits agricoles américains.

Sur le front macroéconomique, les exportations et importations chinoises se sont repliées à un niveau en deçà des prévisions en septembre, traduisant ainsi le ralentissement du commerce mondial actuellement à l’œuvre. L’administration des douanes a déclaré lundi que les exportations et les importations avaient respectivement reculé de 3,2% et 8,5% en dollars américains sur un an, laissant un excédent commercial de 39,65 milliards de dollars. Ce ralentissement a également eu un impact direct sur la croissance du PIB chinois au troisième trimestre, celle-ci s’inscrivant à +6% (contre des estimations des analystes de +6,1%), ce qui représente une légère baisse par rapport aux +6,2% enregistrés au trimestre précédent.

En Inde, la production industrielle s’est repliée de 1,1% en août sur un an, après s’être inscrite en hausse de 4,3% en juillet. Les ventes de véhicules particuliers ont rebondi de 6,48% en septembre sur un an après avoir atteint des plus bas, mais les ventes en gros ont reculé pour le onzième mois consécutif.

Du côté des entreprises, le géant russe de l’Internet Yandex a plongé de 16% vendredi dernier suite à l’examen la veille par la Douma, la chambre basse du Parlement russe, d’un texte de loi sur la mise en œuvre d’une limitation de 20% des participations étrangères au capital des entreprises stratégiques du secteur de l’Internet.

Au Mexique, SoftBank a fait part de son investissement dans Kavak, une plateforme de voitures d’occasion mexicaine, étoffant ainsi son portefeuille croissant d’actifs d’Amérique latine.

Au Brésil, la société de paiement PagSeguro a vu son titre chuter en raison de son offre secondaire et d’un EPS inférieur aux attentes pour le troisième trimestre, du fait de dépenses opérationnelles plus importantes que prévu. 

  Dettes d'entreprises

 

Crédit

Le marché a été animé par les évolutions autour du Brexit cette semaine. Un accord a finalement été annoncé jeudi par Londres et Bruxelles, la ratification de ce compromis par le Parlement britannique reste cependant incertaine. Sur le front commercial, Donald Trump a assuré qu’un accord serait en cours de rédaction, mais qu’il ne devrait pas être signé avant sa rencontre avec le président chinois. Dans ce contexte, l’indice Xover se resserre de 5 points de base entre lundi et jeudi et le Main retrouve son niveau d’ouverture. 

Les obligations Codere ont encore souffert cette semaine, le S&P a abaissé la note du groupe de B à B- après la révélation, la semaine dernière, d’irrégularités comptables. Le S&P indique que ces irrégularités retardent encore le processus de refinancement. On note une légère baisse des obligations Softbank après les rumeurs d’un potentiel investissement de plusieurs milliards de dollars américains dans WeWork. L’émetteur Eurofins a aussi été sous pression suite à la publication d’un rapport qui critique l’opacité de ses comptes et souligne son endettement élevé. Par ailleurs, on observe la bonne performance des obligations Teva, le groupe pharmaceutique aurait proposé de fournir 15 milliards de dollars américains de médicaments gratuits afin de clore les poursuites engagées à son encontre dans la crise des opioïdes. Casino a aussi surperformé, le groupe a annoncé la finalisation de la cession d’actifs immobiliers à des sociétés affiliées à Apollo Global Management. Enfin, la confirmation de la prise de participation de FSI dans Kedrion a entrainé de nouveaux flux d’acheteurs sur les titres. 

Coté résultats, Rexel affiche des ventes trimestrielles en progression de 3,3% reflétant une forte dynamique au Canada, dans ses pays européens clés et en Chine. Le groupe confirme ses prévisions 2019. 

Le marché primaire a été assez dynamique. OCI a émis à 5 ans en deux tranches pour 700 millions d’euros et 600 millions de dollars américains (coupon de 3,125% et 5,25%). Eir a émis à 5 ans pour 350 millions d’euros avec un coupon de 1,75% afin de rembourser partiellement le term loan à échéance de mai 2026. VodafoneZiggo a émis à 11 ans pour €425 millions d’euros (2,875%) et pour 500 millions de dollars américains (4,875%). Enfin, La Mondiale a émis une obligation Restricted Tier 1 (RT1) inaugurale avec un coupon de 4,375% pour 500 millions d’euros. Le carnet d’ordre a été fortement sursouscrit et le titre performe bien au secondaire (+1,5 point de base). 

Convertibles 

Cette semaine encore, aucune nouvelle émission n’a été enregistrée, en raison de la période de blackout.

Dans le reste de l’actualité, les résultats d’Edenred au troisième trimestre se sont révélés cohérents avec le chiffre d’affaires total de 393 millions d’euros, en hausse de 20,7%. Le groupe a confirmé ses prévisions pour l’ensemble de l’exercice.

Le premier avertissement sur résultats émis dans l’univers des obligations convertibles européennes a concerné l’entreprise de distribution de métal et d’acier Klöckner qui a abaissé ses prévisions d’EBITDA pour l’exercice à 120/130 millions d’euros, invoquant la baisse d’activité sur les marchés et des pressions sur les prix.

Par ailleurs, dans un de ces articles, le Financial Times a suggéré que Wirecard pourrait se livrer à des pratiques comptables « anormales », évoquant un effort concerté pour gonfler frauduleusement les ventes et les bénéfices des sociétés de Wirecard à Dubaï et en Irlande. L’action a plongé de près de 17%.

Elément complémentaire