Le retour de la suprématie américaine ?

Analyses - 05/07/2018

En bref
  • Les Etats-Unis pourraient être un des seuls grands pays à voir sa croissance encore accélérer en 2018…
  • … mais la bataille pour le leadership mondial avec la Chine va peser sur les perspectives d’activité…
  • … en particulier en zone euro où l’instabilité politique s’est considérablement accrue et où la divergence de croissance des crédits renforce l’instabilité financière

Les Etats-Unis pourraient être un des seuls grands pays à voir sa croissance accélérer en 2018.

Non seulement, la réforme fiscale américaine votée en fin d’année dernière est considérable en terme de montant, mais elle modifie profondément le système d’imposition des Etats-Unis. Elle incite les entreprises américaines à investir dans l’appareil productif tout en rendant plus coûteux les emprunts. Selon nos calculs, les baisses nettes d’impôts pourraient atteindre 111 milliards de dollars pour les entreprises, petites et grandes.

Ainsi, l’investissement des entreprises accélérerait encore après avoir augmenté de 4.7% en 2017 grâce à la reprise de l’activité dans le secteur de l’énergie. Les ménages seraient moins bien traités puisque les diminutions d’impôts sur le revenu sont partiellement compensées par la remise en cause de certaines déductions fiscales. La baisse nette d’impôts ne devrait être que de 17 milliards de dollars en 2018, ce qui serait insuffisant pour compenser l’accélération de l’inflation qui pourrait atteindre 3% au mois de juillet 2018 si les prix du pétrole se stabilisaient à leur niveau de mai 2018, c’est-à-dire à 70 dollars le baril.

Une accélération de la seule croissance américaine pourrait être déstabilisante



En conséquence, la croissance américaine accélérerait jusqu’à 3% en moyenne en 2018 sans que cela ne génère de tensions inflationnistes trop fortes compte tenu du manque de dynamisme de la consommation que nous anticipons et de la persistance d’une main d’oeuvre disponible. En effet, par rapport au début des années 2000, il y a encore plus de 3,2 millions d’Américains inemployés et disponibles et le nombre d’heures travaillées par semaine reste inférieur d’une heure.

La banque centrale américaine devrait donc continuer à remonter son taux directeur graduellement pour ne pas faire tousser le moteur de la consommation dans un contexte de pressions haussières sur le dollar.

Une accélération de la croissance et des importations américaines ne manquerait pas d’attiser à nouveau les tensions, déjà vives, entre les Etats- Unis et la Chine. Il en résulterait un accroissement de la prime de risque et de la volatilité limitant les investissements dans les pays vulnérables comme les pays européens ou d’Amérique latine.

En effet, la croissance de la zone euro pourrait ralentir avec l’affaiblissement du dynamisme du secteur de la construction qui a résulté ces deux dernières années de la reprise des crédits au secteur privé en particulier en Allemagne et en France. Or des mesures macro-prudentielles de limitation de crédits ont été décidées en France.

De plus, l'appréciation de l'euro de 7,6% en 20171 contre toutes les autres monnaies devrait peser sur les exportations comme la remontée de certains droits de douane américains. Par ailleurs, la prime de risque politique est remontée compte tenu de la situation politique en Italie, en Espagne et en Allemagne. C’est pourquoi, nous attendons un ralentissement de la croissance en zone euro à 1.8% en 2018 et à 1.6% en 2019 après 2.5% en 2017.

Une désynchronisation de la croissance dans le monde serait déstabilisante et engendrerait une forte volatilité des taux d’intérêts. Les germes d’une dégradation des perspectives de croissance mondiale sont toujours là.

1 Source BCE.

Mathilde Lemoine
Group Chief Economist


 

Cette analyse est extraite du troisième numéro de la House View publiée par Edmond de Rothschild.

Cette publication présente les principales convictions d’Edmond de Rothschild en matière de macroéconomie, d’allocation stratégique et pour les principales classes d’actifs.

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