Les minutes du FOMC confirment la poursuite du resserrement monétaire graduel, les indices PMI reculent en zone euro

L'hebdo des économistes - 26/02/2018

En bref
  • Aux Etats-Unis, les minutes de la réunion de la Réserve Fédérale ont montré que les membres du FOMC anticipaient un renforcement de la croissance du PIB et une remontée graduelle de l’inflation…
  • … ce qui conforte notre scénario selon lequel la Fed relèverait à trois reprises de 25bp son taux Fed funds en 2018, pour l’amener à 2.25%
  • En zone euro, même si elle demeure à un niveau élevé, la confiance des directeurs d’achats s’est repliée en février ce qui tend à confirmer le ralentissement de la croissance du PIB début 2018

États-Unis – les membres du fomc anticipent une accÉLÉration de la croissance à court terme mais ne semblent pas inquiets, pour autant, d’une trop forte hausse de l’inflation

Alors que les inquiétudes quant au risque d’inflation aux Etats-Unis ont ressurgi au cours des dernières semaines suite, notamment, à la publication du rapport d’emploi de janvier qui avait montré une accélération à 2.9% des salaires horaires en glissement annuel (voir notre Hebdo Eco du 12 février 2018), la publication des minutes de la réunion de la Réserve Fédérale (Fed) du 31 janvier était très attendue. Ce compte rendu des discussions du comité de politique monétaire (Federal Open Market Committee, FOMC) a confirmé que si ses membres anticipaient que la croissance pourrait accélérer au cours des prochains mois et contribuer à ramener l’inflation proche de sa cible de 2.0%, ils ne semblaient pas craindre pour autant une accélération trop forte de cette dernière.

Ainsi, les minutes ont rapporté que les membres du FOMC jugeaient que les données économiques les plus récentes allaient dans le sens d’une poursuite de la croissance du PIB à un rythme supérieur à son potentiel. Bien plus, un certain nombre de participants a indiqué qu’il avait légèrement revu à la hausse ses prévisions de croissance à court terme compte tenu, notamment, du fait que le plan de relance budgétaire de l’Administration semblait davantage soutenir l’activité qu’initialement anticipé.

Ce dynamisme de la croissance, la robustesse du marché de l’emploi ainsi que la baisse du dollar contribueraient, selon les membres du FOMC a ramener l’inflation proche de sa cible de 2.0%. Toutefois, ils ne semblent pas craindre que celle-ci puisse très fortement progresser et ils continuent d’anticiper qu’elle devrait augmenter de manière « graduelle ». De fait, les membres du FOMC ont jugé que si les perspectives d’activité renforçaient la probabilité de la poursuite de la hausse du taux Fed funds, la remontée à un rythme graduel de celui-ci demeurait l’approche la plus adéquate.

Analyse et implications :

  • Les minutes du FOMC ont confirmé que la Fed est confiante quant aux perspectives d’activité et quant à une remontée progressive de l’inflation et juge, de fait, qu’elle devrait poursuivre la hausse graduelle de son taux Fed funds.
  • Même si la mise en œuvre du plan de relance budgétaire a amené plusieurs membres du FOMC à revoir à la hausse leurs prévisions de croissance, ils n’ont pas indiqué pour autant qu’ils anticipaient une inflation plus forte. Cela tend à confirmer qu’ils demeurent prudents dans leur estimation des effets du plan de relance budgétaire, ceux-ci pouvant réduire le risque inflationniste s’ils permettaient d’accroître les capacités de production, comme l’a analysé Mathilde Lemoine[1]. 
  • Dans l’ensemble, les minutes du FOMC confortent notre scénario selon lequel la Fed remonterait à trois reprises de 25bp son taux Fed funds en 2018 pour l’amener à 2.25% d’ici la fin de l’année.

ZONE EURO – Les enquêtes PMI montrent une confiance des directeurs d’achats légèrement affaiblie

La croissance du PIB en zone euro qui a connu une forte accélération en 2017 – son glissement annuel passant de 1.9% au quatrième trimestre 2016 à 2.8% au troisième trimestre 2017 et se stabilisant à 2.7% au quatrième trimestre, l’amenant à s’établir sur l’ensemble de l’année à 2.5% après 1.8% en 2016 – pourrait ralentir en ce début d’année 2018. C’est ce que suggèrent les enquêtes PMI du mois de février.

En effet, les indices PMI en zone euro se sont repliés en février et leur recul a été supérieur aux attentes du consensus. Ainsi, l’indice manufacturier a baissé de 59.6 à 58.5 (contre 59.2 attendu), l’indice du secteur des services est passé de 58.0 à 56.7 (contre 57.6 attendu) et l’indice composite, qui synthétise l’évolution de l’activité dans ces deux secteurs, a reculé de 58.8 à 57.5 (quand le consensus le prévoyait à 58.4).

Dans les détails, la plupart des composantes de ces enquêtes sont en recul mais ce sont notamment les composantes prix des intrants (input price) et nouvelles commandes qui ont connu les baisses les plus importantes ce qui pourrait indiquer que les effets de la hausse de l’euro depuis avril 2017 se matérialisent. Ainsi, la composante input price de l’indice composite a reculé de 61.8 à 60.0 en février. La composante nouvelle commande de l’indice composite est, elle, passée de 57.9 à 56.5. Dans le secteur manufacturier, les nouvelles commandes ont reculé de 1.5 point à 58.1 et les nouvelles commandes à l’exportation ont baissé de 1.6 point à 56.8. Dans les services, la composante incoming new business a reculé de 1.3 points à 55.9.

Ce recul des indices PMI est par ailleurs généralisé dans l’ensemble des pays de la zone euro. En Allemagne, l’indice manufacturier a baissé (de 61.1 à 60.3) tout comme l’indice des services (de 57.3 à 55.3) et l’indice composite est en conséquence ressorti à 57.4 après 59.0. En France, le recul de l’indice composite a été plus marqué (il est passé de 59.6 à 57.8) alors que l’indice manufacturier baissait de 58.4 à 56.1 et l’indice des services de 59.2 à 57.9.

Analyse et implications :

  • Après avoir atteint en janvier son plus haut niveau depuis 12 ans, l’indice PMI composite de la zone euro s’est replié en février ce qui tend à indiquer que la croissance du PIB pourrait légèrement décélérer, comme nous l’anticipions.
  • Selon notre analyse, en effet, la croissance du PIB en zone euro, qui a bénéficié d’un phénomène de rattrapage en 2017 dans un contexte de renforcement de la demande mondiale, pourrait se modérer car le niveau du PIB retrouverait son niveau potentiel, c’est-à-dire celui qu’il aurait dû atteindre s’il n’y avait pas eu de crise.                                                   
  • De plus, si en 2017 le commerce extérieur de la zone euro a bénéficié des effets de la baisse de l’euro intervenue entre mi-2014 et mars 2017, il pourrait à présent souffrir de la réappréciation de près de 9.0% du taux de change effectif nominal de l’euro depuis avril 2017 et, en particulier, de la hausse de 16% de l’euro contre le dollar.                                           
  • Ce ralentissement de la croissance et la remontée seulement très limitée de l’inflation, du fait notamment de la hausse de l’euro, devraient selon notre scénario amener la Banque Centrale Européenne à conserver une politique monétaire accommodante. En conséquence, nous conservons notre scénario selon lequel la BCE, mettrait fin à son programme d’achat de titres en septembre 2018 mais, d’une part, conserverait ses taux directeurs inchangés et, d’autre part, poursuivrait les réinvestissements des montants qu’elle reçoit lorsque des titres qu’elle détient arrivent à échéance en 2018 et en 2019.

[1] Voir l’analyse mensuelle de Mathilde Lemoine : « Et si la capacité de production des Etats-Unis augmentait grâce à la réforme fiscale ? », 23 février 2018