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Le ton se radoucit

Analyse de marché - 14/12/2018

Si les marchés consolident cette semaine sur fond d’apaisement sur le volet des tensions commerciales sino-américaines, l’attention se focalise davantage sur la vigueur de la croissance mondiale.

En effet, la Chine multiplie les concessions en reprenant graduellement ses importations de matières premières en provenance des Etats-Unis, en menant une réflexion sur une baisse potentielle des droits de douanes sur le secteur automobile, et en renonçant à son programme « made in China 2025 », ceci permettant de renforcer la concurrence exercée par les sociétés étrangères.

Du côté de la Maison Blanche, Donald Trump cherche à rassurer sur l’avancée des négociations, en adoucissant le ton envers l’Europe, le Japon, et même la Chine.

Cette phase – temporaire - d’apaisement n’a pourtant pas suffi aux bourses mondiales pour enclencher un réel rebond, vraisemblablement en raison du fléchissement de nombreuses statistiques d’activité publiées cette semaine. Les effets négatifs du protectionnisme se font d’ores et déjà sentir sur les statistiques chinoises de ventes au détail et de production industrielle.

En zone euro, au lieu de montrer les premiers signes de redressement, les indices PMI pour le mois de décembre continuent de fléchir (en particulier en France).

La BCE a d’ailleurs pris le parti de réviser d’un cran à la baisse son scénario de croissance pour l’année prochaine à +1,5% en 2019 (vs +1,7%), en laissant toutefois ses prévisions 2020 et 2021 inchangées. Par ailleurs, les prévisions d’inflation baissent aussi légèrement (+1,6% en 2019, +1,7% en 2020 et +1,8% en 2021). Cependant, elle ne modifie pas sa forward guidance (indications concernant le futur de la politique monétaire), ni sa décision de mettre fin à ses achats d’actifs dès le 1er janvier 2019.

La prochaine réunion de politique monétaire de la Fed sera scrutée de près par les investisseurs.

Si la majorité des données économiques poussent à prolonger le resserrement monétaire américain, la faiblesse de l’inflation et des matières premières – en particulier le pétrole - devrait justifier la nouvelle posture de la Fed, à savoir que le resserrement des taux n’est plus en pilote automatique comme cela a été le cas en 2018 avec une hausse par trimestre. L’optionnalité que se donne la Réserve fédérale dans son resserrement peut potentiellement assouplir les conditions financières (baisse du dollar et des taux nominaux) et représenter ainsi un soutien pour les pays émergents. 

  Actions européennes

Cette semaine, le marché des actions européennes a évolué au gré des espoirs d’un règlement du différend commercial sino-américain, des incertitudes liées au Brexit, et des annonces de mesures en faveur du pouvoir d’achat en France qui contribuent à creuser le déficit budgétaire. 

Sur le plan des publications de résultats, les avertissements sur résultats se poursuivent au sein du secteur de la chimie, avec cette semaine celui du groupe BASF, qui s’attend désormais à une baisse de son résultat opérationnel de -15% à -20% en 2018 en raison de la faiblesse de la demande automobile en Chine et du secteur amont pétrolier, ainsi que du niveau extrêmement bas du Rhin qui perturbe l'approvisionnement des sites de production en matières premières.

Le groupe allemand de distribution « cash & carry » Metro annonce des perspectives jugées décevantes, notamment en raison de l’activité en Russie où la pression sur les prix se poursuit et pèse sur les résultats. Le cours du groupe espagnol Inditex a réagi négativement après la publication de ses ventes dont la dynamique est jugée décevante (Inditex n'est pas entré dans le jeu de la surenchère des ventes à prix soldés) malgré une marge brute solide au troisième trimestre, démontrant ainsi l'avantage des cycles courts de production qui permettent d'éviter la constitution de stocks et le déstockage qui s'en suit dans des conditions d'activité difficiles. Au sein du secteur publicitaire, le nouveau management de WPP a tenté de rassurer le marché à l’occasion d’une journée investisseurs, pendant laquelle le PDG a donné une présentation sur le potentiel de transformation de WPP avec une mise à jour sur les tendances actuelles d’activité et les objectifs 2021 qui comprennent un programme d’économies de coûts. WPP maintient sa politique de dividende et précise aussi avoir reçu un certain nombre de marques d'intérêt pour Kantar, dont le groupe va céder une participation majoritaire.

L’actualité de la semaine a aussi été chargée sur le front des opérations des fusions & acquisitions, activisme et autres situations spéciales. Au sein du secteur bancaire, des rumeurs ont circulé concernant une fusion potentielle orchestrée par le gouvernement allemand entre Deutsche Bank et Commerzbank, notamment afin de voir émerger un groupe bancaire d’envergure au sein de la première économie européenne, et capable d'accompagner les entreprises allemandes à l'international. De son côté, Jean-Pierre Mustier, le patron de la banque italienne UniCredit, a exclu la possibilité d’une fusion potentielle avec un autre acteur du secteur avant 2021. Statu quo également annoncé par Engie en ce qui concerne sa participation de 32% au sein de Suez Environnement.

Dassault Systèmes a fait part de l’acquisition de « IQMS », un éditeur de solutions logicielles pour les petites et moyennes entreprises au sein du secteur manufacturier, pour un montant de 425 millions de dollars. Au sein du secteur ferroviaire, Alstom et Siemens ont annoncé qu’ils avaient fait des propositions afin de satisfaire aux exigences de l’Union européenne en matière de concurrence. Les deux groupes proposent la cession d’environ 4% du chiffre d’affaires combiné (principalement dans les activités de signalisation). Enfin, l’activiste Elliott s’est invité au capital du groupe de spiritueux Pernod Ricard, dont il dénonce la gouvernance « fermée », la rentabilité inférieure par rapport à la concurrence et la croissance externe décevante. 

  Actions américaines

Semaine de stabilisation sur les indices américains : le S&P progresse de 0,7% et le Nasdaq de 1,4%. Les marchés ont salué la détente diplomatique entre les Etats-Unis et la Chine. Les chiffres de l’inflation (CPI) pour le mois de novembre indiquent une progression des prix de 2,2% (YoY), en ligne avec les attentes. Les chiffres de créations d’emplois en fin de semaine dernière s’étaient révélés inférieurs aux attentes (155k vs. 198k) tandis que la progression des salaires se stabilise au-dessus des 3%.

C’est donc la perception d’un réchauffement des relations entre les autorités chinoises et leurs homologues américaines qui ont permis au marché de souffler après la violente correction de la semaine dernière. Pékin aurait accepté l’idée de baisser ses tarifs douaniers sur les importations de voitures américaines de 40% à 15% et d’apporter des modifications à son plan « made in China 2025 » (programme visant à permettre l’émergence de sociétés purement chinoises au sein de différents secteurs stratégiques).

Le secteur financier recule nettement cette semaine de -2,5%, et notamment les banques, pénalisées par l’inversion de la courbe des taux sur les maturités 2/5 ans. Le secteur de l’énergie est également à la traîne : les sociétés intégrées résistent en relatif alors que les sociétés de services reculent de 5%, anticipant les craintes de coupes de dépenses d’investissement pour 2019. 

  Actions japonaises

Le marché actions japonais est resté volatil, marqué par l’évolution de la confiance des investisseurs à l’égard du conflit commercial entre les États-Unis et la Chine, notamment suite à l’annonce de l’arrestation de la directrice financière du groupe chinois Huawei. La volatilité du marché a été alimentée par la solide activité de négociation de contrats à terme sur l’indice Nikkei 225 de la part des investisseurs à court terme. Les titres liés à la Chine, comme Komatsu, Kubota et Nissan Motor ont sous-performé sur fond d’inquiétudes concernant l’intensification de la guerre commerciale entre Washington et Pékin. Après avoir évolué en dents de scie durant la semaine, l’indice TOPIX a fini par céder 0,23%.

Par ailleurs, la performance des small caps a été relativement faible, étant donné que la liquidité du marché, principalement alimentée par les investisseurs particuliers japonais, a été absorbée par l’introduction en Bourse de SoftBank. Toutefois, la situation devrait être corrigée une fois que l’entrée en Bourse de l’entreprise, qui est prévue le 19 décembre prochain, sera achevée.       

Au niveau sectoriel, les instruments de précision, la construction et les produits pharmaceutiques ont surperformé. Daiwa House a progressé de 4% et Takeda a rebondi de 2,34%. À l’inverse, les secteurs sensibles aux variations du marché, comme les produits du pétrole et du charbon, les valeurs bancaires et l’assurance, ont sous-performé en raison du recul des cours du pétrole et des rendements obligataires.

Les principaux courtiers ont fait part de bénéfices prévisionnels légèrement revus à la baisse pour les entreprises japonaises qu’ils suivent pour l’exercice 2018 (s’achevant en mars 2019). Ils ont annoncé des prévisions de croissance des bénéfices récurrents de l’ordre de 9 à 10% en glissement annuel, contre un chiffre supérieur à 10% auparavant, reflétant ainsi le ralentissement de l’économie chinoise. 

  Marchés émergents

En Chine, les propos en faveur du secteur privé et prônant l’ouverture dans tous les domaines, tenus lors de la réunion du bureau politique du Parti communiste, ont également contribué à l’amélioration de la confiance à l’égard du marché chinois. Cependant, les données macroéconomiques de novembre ont fait état d’une situation contrastée. Du côté des bonnes nouvelles, les financements totaux ont atteint 1.519 milliards, soit un montant supérieur aux attentes et à celui du mois d’octobre.

En effet, le fléchissement des financements des gouvernements locaux et des prêts des banques fantôme a été compensé par la légère augmentation des émissions d’obligations d’entreprise. Les investissements en immobilisations ont augmenté pour le troisième mois consécutif, s’établissant à +5,9% grâce au redressement des secteurs manufacturier et immobilier. En revanche, la production industrielle a continué de ralentir, passant de +5,9% en octobre à +5,4%. La croissance des ventes au détail a elle aussi accusé un ralentissement, passant de 8,6% en octobre à 8,1%, en glissement annuel, principalement en raison de la faiblesse continue des ventes automobiles. Cette semaine, le secteur pharmaceutique est resté sous pression en Chine du fait de la surveillance accrue dont font l’objet les médicaments adjuvants. La Commission nationale de la Santé a par ailleurs renforcé les mesures destinées à contrôler les tarifs médicaux anormalement élevés pratiqués dans les hôpitaux publics.

En Inde, la nomination du nouveau gouverneur de la banque centrale a suscité des inquiétudes quant à l’indépendance de la banque de réserve de l’Inde (RBI). Le marché a toutefois accueilli favorablement ce changement qui pourrait se traduire par une situation plus accommodante en matière de liquidités. Le Bharatiya Janata Party (BJP), le parti de Narendra Modi, a perdu les élections locales dans certains États très peuplés, comme le Rajasthan et le Madhya Pradesh. Il est donc probable que le parti du Premier ministre soit contraint de former une alliance pour espérer remporter les élections générales qui se tiendront en avril/mai. L’inflation totale a été inférieure aux attentes en novembre, s’établissant à 2,3% en glissement annuel, soit son plus bas niveau depuis 17 mois. La production industrielle a quant à elle progressé, atteignant 8,1% en glissement annuel en octobre grâce à l’amélioration de la demande courante et de la demande liée aux fêtes.

En Thaïlande, PTTEP a remporté deux concessions de gisements de gaz à Bongkot et à Erawan, moyennant cependant un système de partage des coûts et des bénéfices bien moins intéressant que prévu.

Au Brésil, les ventes au détail ont enregistré un recul supérieur aux attentes du marché, perdant 0,4% sur un mois en octobre, en raison de la baisse des ventes de véhicules et de pièces automobiles. Ce segment avait également affiché des résultats décevants en septembre. La reprise cyclique du secteur de la distribution s’essouffle. La banque centrale a, sans surprise, laissé ses taux inchangés à 6,5%, tout en adoptant un ton beaucoup moins ferme qu’auparavant.

La bourse brésilienne B3 a publié des données solides en novembre, les actions ayant bondi de 47% en glissement annuel. Ultrapar a annoncé des dépenses d’investissement inférieures aux attentes pour 2019.

Au Mexique, la production industrielle a ralenti en octobre. Andrés Manuel López Obrador devrait soumettre au Congrès le projet de budget fédéral pour 2019.

En Argentine, l’inflation a dépassé les prévisions en novembre. 

  Matières premières

L'OPEP et ses alliés ont finalement annoncé une coupe globale de 1,2Mb/j, avec un effort réparti à -800kb/j pour l'OPEP et -400kb/j pour les non-OPEP. Si le chiffre global est supérieur aux attentes, entraînant un rebond de 5% des prix au moment de l’annonce, il est entaché, dans la lecture qu’en font les marchés financiers, par le fait qu’il a nécessité deux journées de négociations apparemment compliquées.

L'Arabie Saoudite représentera environ 50% de l'effort OPEP alors que la Russie sera en charge de 50% de l'effort non-OPEP. Le Venezuela, la Libye et l'Iran sont exempts de participation, mais le Nigeria sera concerné pour la première fois. Cet accord commence en janvier 2019, sur la base de la production d'octobre 2018 (32,8Mb/j), et pour une durée de six mois. Cependant, la prochaine réunion OPEP/Non-OPEP aura lieu en avril, ce qui leur permettra d’anticiper l’évolution des exemptions sur les exportations Iraniennes.

Les trois agences (OPEP, EIA, AIE) ont publié leurs rapports mensuels au cours de la semaine. Malgré les craintes d’un potentiel ralentissement de l’économie mondiale, les perspectives de croissance de la demande sont pour le moment inchangées et stables à +1,4Mb/j, à la fois pour 2018 et pour 2019. Du côté de l’offre, les agences anticipent une croissance de la production de pétrole hors-OPEP pour 2018 à +2,5Mb/j, l’essentiel, +2,15Mb/j, provenant des Etats-Unis. Il y a cependant des divergences pour 2019. L’AIE anticipe une croissance de +1,5Mb/j, après avoir fortement réduit la Russie de 400kb/j, alors que l’EIA et l’OPEP sont à +2,3Mb/j. Le niveau de coupe à 1,2Mb/j, s'il est collectivement bien respecté, est suffisant pour avoir un marché pétrolier relativement équilibré en 2019, et justifie un retour du Brent à 70$/b.

Les marchés vont cependant attendre de voir l’impact visible de la discipline de l’OPEP et de ses alliés, qui se traduira sur les chiffres d’exportation et l’évolution des stocks pétroliers. Il est encourageant de voir que l’Arabie Saoudite a informé ses clients d’une forte baisse de ses exportations le mois prochain, qui reviendront à 7Mb/j contre 8Mb/j en novembre/décembre. Les exportations vers les Etats-Unis devraient même passer sous les 600kb/j, un plus bas depuis 30 ans. La réduction de production de la Russie sera plus diffuse, à -30/40kb/j en janvier contre -200kb/j à terme. 

  Dettes d'entreprises

 

Crédit

Lundi, la tendance était à la baisse face aux nombreuses craintes sur le Brexit (report du vote du Parlement sur l’accord). Les perspectives d’apaisement des tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis, la victoire de Theresa May face au vote de défiance et les développements positifs sur l’Italie (objectif de déficit entre 2% et 2,2% du PIB) ont cependant par la suite porté les marchés. Dans ce contexte, de mardi à jeudi, les spreads se sont fortement resserrés, avec – 30 points de base pour le Xover et –8 points de base pour le Main. La réunion sans surprise de la BCE, jeudi, a peu impacté les spreads.

La demande de CMC Di Ravenna d’ouvrir un concordat préventif avec les créanciers a été acceptée. Le groupe a 60 jours pour présenter un plan de restructuration. La révision de la note de Altice de B1 à B2 (anticipation d’une intensité concurrentielle accrue en France) a entraîné de nombreux flux vendeurs sur le nom. Les obligations Paprec (B2/B+) ont aussi enregistré un baisse. Moody’s et S&P ont dégradé la note du groupe d’un cran. L’émetteur Eramet a été sous pression. La revue interne des processus qualité au sein de sa branche alliage a été non concluante et devrait un avoir un impact négatif sur ses résultats.

La chaîne de supermarché espagnole Dia a traversé une semaine mouvementée. Le groupe, qui a annoncé trois profits warning au cours des 12 derniers mois, a particulièrement souffert en début de semaine. Selon la presse espagnole, celui-ci ne pourrait pas rembourser sa dette de 1,8 milliard d’euros et son premier actionnaire, LetterOne (29% du capital), aurait proposé un haircut sur la dette bancaire avant d’investir à nouveau.

Le démenti d’un haircut par Dia, un possible accord de financement bancaire (200 millions d’euros de ligne de crédit avant fin 2018) et la confirmation d’une possible augmentation de capital avec accord de prise ferme par Morgan Stanley pour 600 millions d’euros a cependant permis aux titres de fortement rebondir à partir de mercredi.

Côté résultats, Tereos affiche un EBITDA qui chute de 54% au premier semestre, impacté par une baisse de profits au sein de la branche Sucre Europe. Plus positif, Selecta (B3/B) a annoncé une forte croissance des revenus et de l’EBITDA. 

Convertibles 

Au cours de la semaine, les marchés ont regagné un peu de confiance avec quelques nouvelles montrant de la bonne volonté de part et d’autre du Pacifique, comme la première commande importante de soja de la Chine aux Etats-Unis, ou la libération sous caution du CFO de Huawei. Concernant l’intervention de Mario Draghi, celui-ci n’aura fait que confirmer ce qui avait été annoncé sur le planning d’arrêt des achats. En revanche, les prévisions de croissance en zone euro ont été révisées à la baisse (de 1,7% vs 1,8% pour 2018) et il a indiqué que les risques sur la croissance, auparavant équilibrés, étaient maintenant orientés à la baisse.

Concernant le marché primaire, la semaine a été calme avec une seule émission de Medicines Company, émetteur habitué du marché des obligations convertibles. Le groupe est venu avec 150 millions de dollars, maturité 2024 avec une prime de 27,5%. Celle-ci servira à financer le développement d'Inclisiran (nouvel agent prometteur dans le traitement de l'hypercholestérolémie) ainsi qu’aux charges générales.

Sur le secondaire, la décision de la Chambre du Commerce International (ICC) de Miami de reverser au Panama Canal Authority (ACP) l’avance de 548 millions de dollars perçue par le Conglomérat GUPC (au sein duquel Sacyr représente 41,6%) a fait plonger le titre en bourse de plus de 15%. La convertible, d’échéance mai 2019, s’est un peu écartée même si Sacyr a indiqué avoir déjà sécurisé ce remboursement via un prêt syndiqué de 225 millions d’euros.  

 

Achevé de rédiger le 14/12/2018

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