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Incertitude en Europe

Analyse de marché - 26/08/2019

Dans l’attente du symposium annuel des banques centrales de Jackson Hole

Cette semaine a vu une légère amélioration de l’environnement de la zone Euro. Alors que la probabilité de sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne augmente, plusieurs éléments ont participé à baisser la perception du risque européen. Tout d’abord, la démission de Giuseppe Conte en Italie, mettant fin à la coalition Salvini – Conte a ouvert la porte à la formation d’un nouveau gouvernement avec, entre autre, une possible coalition entre le mouvement 5 Etoiles et le Parti Démocrate. Cette perspective rassure les investisseurs quant au respect des engagements de réduction des déficits budgétaires de l’Italie. Une telle coalition apaiserait également les relations entre l’Italie et l’Union Européenne. Toutefois, les négociations entre les deux partis viennent de démarrer et s’annoncent complexes et difficiles. Ils ont jusqu’à mardi pour trouver un accord.

Par la même occasion, dans l’attente d’une récession de plus en plus probable, le gouvernement allemand a confirmé l’imminence d’un plan de relance. Une première mesure a été annoncée, l’exemption de la taxe de solidarité de 5 ,5% touchant près de 90% des contribuables. A ces éléments s’est ajoutée la publication d’indices de confiance des directeurs d’achats (PMI) meilleurs qu’attendus en Europe.

Cette amélioration du climat des affaires ne s’est pas retrouvée aux Etats Unis qui ont vu le PMI manufacturier franchir à la baisse la barre des 50 (49.9). Cependant les marchés n’ont pas réagi négativement à cette nouvelle. D’une part, le niveau des tensions commerciales entre la Chine et les Etats Unis a baissé suite à la prolongation de 90 jours des exemptions accordées à Huawei. D’autre part le marché est tourné vers Jackson Hole et le prochain discours de M. Powell. Les investisseurs attendent effectivement plus de visibilité sur l’évolution de la politique de la Fed dans un environnement de croissance mondiale plus faible. Les publications des minutes de la dernière réunion de la Fed ont mis en évidence les dissonances fortes entre les différents membres du FOMC (Federal Open Market Committee). Plusieurs présidents de réserves fédérales régionales (Boston, Philadelphie, Kansas) ont d’ailleurs eu des propos moins accommodants sur la politique monétaire.  

Dans cet environnement, les investisseurs ont pleinement pris en compte une réduction de 0,25% lors de la réunion politique de la Fed les 17 et 18 septembre. Cependant, la probabilité d’une baisse de 100 points de base d’ici la fin de l’année a quelque peu diminué. Les taux d’intérêt ont repris quelques points de base des deux côtés de l’Atlantique (+10 points de base) et les marchés d’actions plus de 1%. Dans cet environnement, nous avons pris quelques profits sur la duration, suite à la hausse des taux. En ce qui concerne la partie actions, nous demeurons prudents. 

  Actions européennes

Malgré le calme de cette fin d’été, l’actualité politique et économique est restée soutenue en Europe. Politiquement, tout d’abord, avec l’explosion finale du gouvernement italien de Giuseppe Conte, qui a remis sa démission au Président Mattarella. Les partis ont quelques jours pour présenter au président un projet de coalition, sans quoi des élections seront organisées à l’automne. L’automne, justement, période de danger sur les marchés, avec la date butoir du Brexit fixée au 31 octobre 2019 (sauf nouveau report). Le Premier ministre Boris Johnson a consulté l’Allemagne et la France, qui lui ont donné 30 jours pour présenter des solutions alternatives dans le cadre de l’accord de sortie déjà négocié, notamment sur le cas du ‘backstop’ irlandais. Ces incertitudes politiques interviennent au milieu d’un coup de frein économique, auquel l’Allemagne semble prête à répondre par un plan de relance budgétaire de 50 milliards d’Euros. Toutefois, les indicateurs PMI du mois d’août pour la France et l’Allemagne montrent un arrêt de la détérioration du secteur manufacturier, et une relative robustesse des services. Concernant les entreprises, le consensus a poursuivi sa révision en baisse de la croissance des BPA 2019, à +2,3% pour le Stoxx600, contre +4,5% estimés en juin dernier. Parmi les résultats publiés cette semaine, on notera les bons chiffres de Sunrise, et le relèvement de ses prévisions de synergies avec UPC Suisse si l’opération est validée, et les avertissements sur les profits de Pandora et Rockwool. Le cimentier CRH a publié un premier semestre supérieur aux estimations des analystes, confirmant une bonne tenue de l’activité américaine, et une solide génération de trésorerie. L’actualité fusion acquisition reste active : Entertainment One est racheté par Hasbro pour 2,8 milliards de livre sterling, AMS propose 4,3 milliards d’euro pour OSRAM, contre les 4 milliards d’euro offerts par Bain et Carlyle. Selon la presse, Thyssenkrupp pourrait racheter son compatriote Kloeckner

  Actions américaines

Les actions américaines ont clôturé la semaine sur une note positive, avec un gain respectif de 1,2 % et 1,4 % du S&P 500 et du Nasdaq. Les bons du Trésor se sont repliés sur l’ensemble de la courbe, l’écart très faible entre les taux à 2 et à 10 ans ayant retenu l’attention. Plusieurs membres de la Fed ont fait des déclarations au ton incisif à l’approche du sommet des banques centrales à Jackson Hole. Les données d’août sur l’activité manufacturière (indice PMI « flash » américain) ont affiché un certain tassement, mais le débat sur d’éventuelles mesures de soutien (sous forme de réduction des cotisations sociales et de l’impôt sur les plus-values et les sociétés) au sein de l’administration Trump a trouvé un certain écho dans les médias. D’un point de vue sectoriel, la plupart des secteurs a gagné du terrain cette semaine, seul le secteur des matériaux ayant dégagé des résultats négatifs. En termes de performances relatives, la technologie et les biens de consommation cycliques ont le plus surperformé à la faveur des solides résultats publiés par certains détaillants américains. Target a bondi d’environ 20 % jeudi. La société a fait part d’un chiffre d’affaires et de bénéfices supérieurs aux attentes et a rehaussé ses prévisions pour le trimestre à venir. Dans le segment du bricolage, Lowes a également rendu compte d’une solide croissance de ses résultats du 2e trimestre, avec une hausse de 3,2 % de ses ventes à périmètre constant. Estée Lauder a également enregistré une forte hausse (+15 % cette semaine) et a annoncé une croissance de 19 % de son chiffre d’affaires au deuxième trimestre (contre une prévision de 14 %) et des perspectives favorables pour 2020. 

  Actions japonaises

Sur fond de relative stabilité du taux de change JPY/USD, les actions japonaises ont légèrement progressé dans de faibles volumes d’échange, la plupart des investisseurs se tenant à l’écart dans l’attente du symposium économique de Jackson Hole. Le TOPIX a clôturé la semaine sur un gain de 0,86 %. Le Nikkei 225, dont le ratio cours/valeur comptable a chuté à des niveaux très bon marché et s’établit actuellement à 1,02, semble constituer un facteur de soutien du marché. 

Alors qu’il se montrait pessimiste auparavant, l’Office national du tourisme japonais a indiqué que le nombre de touristes au Japon a augmenté de 5,6 % sur un an en juillet, soit un nouveau record sur un mois. Bien que le nombre de touristes en provenance de Corée du Sud ait chuté de 7,6 % en raison de la montée des tensions entre Séoul et Tokyo, cette diminution a été entièrement compensée par le bond de 19,3 % sur un an du nombre de touristes chinois, lesquels représentent la plus grande proportion (35,1 %). Par ailleurs, le nombre de visiteurs en provenance d’Asie du Sud-Est, des États-Unis, d’Europe et d’Australie a continué d’augmenter.  

Les actions sensibles au secteur du tourisme ont grimpé suite à ces annonces. Le fabricant de produits cosmétiques SHISEIDO a bondi de 7,85 % et KOSE a gagné 3,47 %. 

  Marchés émergents

Les marchés émergents ont légèrement progressé cette semaine à la faveur d’un redressement du sentiment de marché, avec toutefois des performances disparates d’un pays et d’une région à l’autre, l’Inde et l’Argentine ayant sous-performé l’indice MSCI EM tandis que la Chine et la Russie ont clôturé en forte hausse.

En Chine, la licence temporaire globale de Huawei a été prolongée de 90 jours, permettant aux entreprises américaines de continuer à travailler avec la société de télécommunications chinoise.

Afin de soutenir l’économie, la banque centrale de Chine a lancé une réforme des taux d’intérêt via la refonte du taux préférentiel de prêt (Loan Prime Rate, ou LPR) visant à réduire les coûts d’emprunt et à injecter de nouvelles liquidités dans le système bancaire. Le Centre national chinois de financement interbancaire annoncera le LPR le 20 de chaque mois, permettant aux banques de fixer le taux des nouveaux prêts essentiellement par rapport au LPR et d’utiliser ce dernier comme taux de référence pour les prêts à taux variable.

Du côté des entreprises, l’éditeur de logiciels Internet Weibo a rendu compte de résultats du deuxième trimestre supérieurs aux prévisions des analystes, grâce notamment à la réduction des dépenses de marketing. La société a par contre modéré ses perspectives de croissance pour le troisième trimestre 2019. Les résultats de Baidu ont également dépassé les attentes à la faveur de la maîtrise des coûts et de la solide performance sous-jacente de son principal moteur de recherche BTE. Dans le secteur de la santé, Wuxi Biologics a fait état d’une croissance de 78 % de son BPA, à la faveur de paiements d’étapes relatifs aux contrats de recherche et développement et à l’augmentation de 160 % sur un an de son carnet de commandes.

Les actions indiennes se sont sensiblement repliées cette semaine sous l’effet des craintes persistantes de ralentissement de la croissance en Inde et de l’absence de relance budgétaire jusqu’ici pour redresser la situation.

À Taïwan, le PIB au deuxième trimestre a augmenté de 2,40 % comme attendu, tandis que sur le front des entreprises, le fabricant de semi-conducteurs Mediatek aurait demandé à TSMC de lancer la fabrication de produits en 7 nm au premier trimestre 2020 pour ses premières puces 5 G.

Les tensions entre le Japon et la Corée du Sud ont connu une évolution préoccupante, Séoul ayant décidé de rompre l’accord de partage de renseignements militaires avec Tokyo. Les actions russes ont progressé sur fond de hausse du rouble et suite aux déclarations du président Trump sur son souhait de voir la Russie réintégrer le G7.

En Argentine, les actions sont restées sous pression du fait de la démission du ministre des Finances Nicolas Dujovne et du commentaire d’Alberto Fernandez selon lequel le pays peinera à rembourser le prêt du FMI et doit le renégocier. Ces développements interviennent à l’approche du versement prévu fin septembre d’une nouvelle tranche de 5,5 milliards de dollars américains par le FMI, versement déterminant pour la confiance vis-à-vis des obligations à court terme qui arriveront à échéance en octobre, sachant par ailleurs qu’une équipe du FMI doit se rendre en Argentine la semaine prochaine. 

  Dettes d'entreprises

 

Crédit

Semaine de risk-on sur les marchés, marquée par un effet de rattrapage sur les performances négatives du week-end du 15 aout 2019, et soutenue notamment par des PMIs européens encourageants ainsi que des éléments techniques favorables. Les indices Crossover et Main se resserrent respectivement de 17 et 3 points de base à 261 points de base et 49 points de base. 

Les flux restent bien orientés sur l’Investment Grade, avec une collecte de 880 millions d’euros (0,4 % de l’actif sous gestion) sur la semaine, 18,4 milliards d’euros (8,5 % actif sous gestion) depuis le début de l’année. En revanche, on constate une sortie de 105millions d’euros (0,2 % de l’actif sous gestion) sur le High Yield, portant la collecte sur la classe d’actifs à 6,5 milliards d’euros (9,8 % de l’actif sous gestion) en 2019. 

Le marché primaire est resté très calme. Sur les financières, SwedBank a émis une obligation AT1 PCN5 (Ba1/BBB) de 500 millions de dollars américains à 5,625 %, contre une guidance initiale de 6,25% avec plus de 7 milliards de dollars américains dans le carnet d’ordres. 

A noter que sur le High Yield, le remboursement des obligations 2023 et 2025 de l’opérateur télécom italien WindTre pour 3.5 milliards d’euros a été un facteur de soutien important, poussant les investisseurs à réinvestir une partie de ce cash sur le marché secondaire en l’absence d’activité sur le marché primaire.

La semaine aura également été marquée par quelques bonnes nouvelles, avec en première ligne le groupe de J.C. Naouri Rallye/Casino. Le conseil d’administration de Casino a décidé lundi soir un nouveau programme de cessions d’actifs de 2 milliards d’euros, centré sur la France. Cette deuxième phase du plan de cession sera réalisée d’ici la fin du premier semestre 2021. Cela intervient alors que le groupe achève actuellement son premier plan de 2,5 milliards d’euros, dont 2,1 milliards d’euros ont déjà été clôturés. Les actions Rallye et Casino se sont repris respectivement de 24 % et 11 %, tandis que les obligations Casino ont augmenté de 5 à 8 points de base sur la semaine.

Tele Columbus (B2/B-) a publié des résultats préliminaires en hausse pour le deuxième trimestre 2019 et confirme ses objectifs pour l’ensemble de l’exercice 2019. Le chiffre d’affaires et l’EBITDA progressent à €126 millions d’euros (+8,4 % YoY) et 85 millions d’euros (10,9 %). 

Convertibles 

Une semaine assez clame avec une seule nouvelle émission. On notera aussi très peu d’activité sur le marché des obligations convertibles cette semaine qui se traduit par un niveau d’échange assez faible. 

Proofpoint Inc. une société américaine de cyber sécurité a émis 800 millions de dollars américains d’obligations convertibles avec un coupon de 0,25 % et une prime de conversion de 37,5 %, afin de financer les besoins généraux de l’entreprise mais cette dette pourrait également servir au financement d’acquisitions stratégiques. 

L'opérateur portuaire international DP World a publié ses résultats du premier semestre 2019 avec un chiffre d'affaires en hausse de 31,9 % en glissement annuel à 3,5 milliards de dollars américains, notamment grâce à l'acquisition de terminaux au Chili, au Pérou et à l'acquisition du groupe Unifeeder en Europe.

Elément complémentaire