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Cinq idées décalées pour la prévoyance de demain (5/5)

Actualité - 18/12/2018

et si l’investissement était totalement libre ?

Actuellement, les caisses peuvent proposer des stratégies personnalisables d’investissement seulement pour les assurés dont le salaire annuel dépasse 126’900 francs et seulement pour la partie du salaire qui dépasse ce montant. Pour les autres assurés, les stratégies de placement des caisses de pension reposent sur une seule approche pour tous les assurés.

Cette approche, qui relève de la législation, reste centrée sur les obligations d’État (34 %), les actions (33 %) et l’immobilier (spécificité suisse). Cette étude a été réalisée par Swisscanto sur une moyenne de répartition. Toutefois, les directives de placement selon OPP2 autorisent des limites supérieures (max 50 %) d’actions. Dans un contexte où les rendements marquent le pas, des pistes sont explorées dans les placements non traditionnels, dans lesquels les caisses peuvent investir au maximum 15 % de leurs actifs. Notamment le non coté, qui a surperformé les actifs cotés sur les dix dernières années, selon les calculs de la société de gestion Hamilton Lane: le private equity (hors crédit et actifs réels) a atteint une performance annualisée de 8,9 %, pour une volatilité annualisée de 14,6 %, alors que les actions américaines ont atteint 7,3 % et 16,9 % respectivement, les Hedge funds 3 % et 7,5 %, et les obligations d’État 3,4 % et 8,1 %. Mais les observateurs identifient deux écueils: d’une part les caisses de pension n’utilisent pas toute la limite d’allocation de 15 % prescrite par l’OPP2 pour les placements alternatifs (8,7 % en 2017 selon les chiffres de l’OFS). Et sur ces placements dits alternatifs, elles allouent 1 à 2 % au private equity, selon l’Association suisse des investisseurs en capital et de financement (SECA). À titre de comparaison, les caisses anglo-saxonnes investissent jusqu’à 20 % de leurs actifs dans le private equity.

Les caisses suédoises et canadiennes sont les plus performantes au monde, avec des rendements – en monnaie locale – à deux chiffres. La part d’actions dans leurs portefeuilles va parfois jusqu’à 90 %. Les trois quarts des caisses canadiennes ont en outre internalisé l’investissement, économisant de ce fait les frais de gestion que le cabinet KPA Advisory Services évalue à 5 %. Elles ont en outre cassé la structure bureaucratique au profit d’une approche entrepreneuriale.

Un exemple d’investissement marquant: en 1994, le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (RREO) a investi 44 millions de dollars canadiens pour détenir 49 % dans la société Maple Leaf sports & entertainment (propriétaire des équipes de hockey des Maple Leafs et de basket des Toronto Raptors). Devenue actionnaire majoritaire au fil des ans, elle a revendu sa part de 80 % pour 1,32 milliard en 2012. La RREO affiche un rendement de 10,1 % par an depuis 25 ans.

En Suisse, les caisses interrogées par Swisscanto dans son étude annuelle ont réalisé une performance de 4,8 % en moyenne ces quatre dernières années. Avec une vision à 10 ans au moins, la plupart des experts tablent sur des performances entre 1,5 % et 3,5 % en francs, en fonction de la stratégie de placement de la caisse de pension, mais aussi de ce qui se passera sur les marchés financiers et l’évolution des taux d’intérêt. Au niveau mondial, le rendement moyen sur les principaux marchés était de 16,4 %, selon une étude de Willis Tower Watson.

Articles rédigés par Rachel Richterich, journaliste au Temps