05/12/2025

•    Les dernières statistiques aux États-Unis continuent de démontrer la résilience de l’activité en dépit du ralentissement sur le marché du travail mais le manque de visibilité quant à l’impact du shutdown devrait toutefois inciter J. Powell à maintenir un discours prudent. 
•    Les signes se multiplient en faveur d’un relèvement du taux directeur de la Banque du Japon lors de sa réunion du 19 décembre.
•    En Europe, les incertitudes budgétaires en France et les tensions au sein de la coalition allemande nourrissent le risque politique, les indices européens sont néanmoins en progression, soutenus par les espoirs d’accord de paix en Ukraine.

J. Powell le sait, l’appétit pour le risque en cette fin d’année sera largement conditionné au ton qu’il emploiera quand il prendra la parole mercredi soir à l’issue de la réunion de la Fed. Si une baisse additionnelle des taux directeurs est quasiment actée dans la mesure où elle est intégrée à 92 % par les marchés financiers et qu’il est extrêmement rare pour la banque centrale américaine de prendre à revers les investisseurs, l’enjeu de la conférence de presse réside ailleurs. En effet, le risque est celui d’une « hawkish cut » qui se traduirait par un nombre important de dissidences alors que 5 membres votants ont exprimé des doutes quant à la nécessité de poursuivre l’assouplissement monétaire ces dernières semaines. Les divergences de points de vue pourraient également se refléter dans les projections des membres pour l’année prochaine et remettre ainsi en question les 3 baisses de taux attendues d’ici fin 2026 par les marchés. Les dernières statistiques aux États-Unis continuent de démontrer la résilience de l’activité en dépit du ralentissement sur le marché du travail mais le manque de visibilité quant à l’impact du shutdown devrait toutefois inciter J. Powell à maintenir un discours prudent et se laisser beaucoup de flexibilité pour l’évolution future de la politique monétaire. 

En attendant la Fed, une autre banque centrale a attiré toute l’attention cette semaine. Les signes que la Banque du Japon se prépare à relever son taux directeur lors de sa réunion du 19 décembre se multiplient en effet. D’une part, son gouverneur a indiqué que l’institution se tenait prête à ajuster sa politique monétaire et d’autre part des informations de presse indiquent que la première ministre, S. Takaichi, ne s’opposait pas à une telle décision malgré les réticences qu’elle a exprimées par le passé. Ces signaux n’ont toutefois pas suffi à inverser la tendance à l’affaiblissement du Yen, aussi bien face au dollar que face à l’euro, alors que le risque fiscal continue d’inquiéter les investisseurs. Ceci se reflète aussi dans l’envolée des taux longs japonais, la référence à 10 ans se rapprochant du seuil de 2% pour la première fois depuis 1998. 

En Europe, les sujets politiques et géopolitiques continuent d’animer les débats. Si l’incertitude reste entière quant à la capacité du gouvernement Lecornu à faire voter le budget de la Sécurité Sociale prévu mardi prochain, même si la partie « recettes » de celui-ci a été adoptée, des doutes commencent aussi à émerger concernant la viabilité de la coalition allemande. Un groupe de 18 députés du parti de F. Merz ont en effet refusé de voter un texte sur les retraites, menaçant ainsi la majorité gouvernementale qui ne tient qu’à 12 voix. Si ces divisions venaient à s’intensifier, elles pourraient remettre en cause le plan de relance allemand alors même que les délais pour l’implémenter sont déjà particulièrement longs, ce qui a d’ailleurs pu peser sur la performance de l’indice Mdax cette semaine. Celui-ci est légèrement en retrait par rapport au reste des indices européens qui continuent de profiter des espoirs d’accord de paix en Ukraine, bien que les négociations avec la Russie n’aient guère avancé à ce stade. 

Dans ce contexte, nous conservons une approche modérément prudente vis-à-vis des marchés d’actions, en particulier américains en raison des niveaux de valorisation. Nous sommes plus positifs sur la duration, avec une préférence pour les obligations des pays émergents ainsi que les obligations d’entreprises les mieux notées. 

ACTIONS EUROPÉENNES

La bonne dynamique des actions européennes se poursuit cette semaine, soutenue par l’espoir d’une baisse des taux de la Fed en décembre, après la publication de l’enquête ADP confirmant la détérioration du marché du travail américain. En zone euro, le PMI composite signale une activité en croissance pour le sixième mois consécutif (52,8 en novembre), la solidité des services compensant la faiblesse du secteur manufacturier. Sur le plan géopolitique, la rencontre entre l’émissaire américain et Vladimir Poutine n’a débouché sur aucun compromis, tandis que l’Union européenne s’est accordée pour interdire toute importation de gaz russe d’ici 2027. En France, le marathon budgétaire se poursuit : le Sénat a adopté la partie « recettes » du budget de l’État.

D’un point de vue spécifique, Airbus a subi des turbulences en bourse à la suite de « l’arrêt immédiat des vols » d’environ 6000 appareils en raison d’un problème de logiciel de commande vulnérable aux radiations solaires. Trois jours après, un nouvel incident intervient, cette fois-ci c’est un problème de « qualité » sur la structure qui oblige l’entreprise à rappeler 628 appareils pour inspection. Le groupe a ainsi revu à la baisse ses objectifs de livraison pour 2025. Le management a néanmoins confirmé l’ensemble de ses objectifs financiers. AstraZeneca s’est montré rassurant pour 2026 concernant la politique tarifaire en lien avec sa faible exposition à Medicaid et affiche de nombreux succès actuellement en matière de R&D. Le management a réaffirmé que les pays émergents constituent le prochain moteur de croissance du groupe. Après des résultats au troisième trimestres très solides, le carnet de commande de GTT continue de se remplir à la suite d’une nouvelle commande de deux nouveaux méthaniers. Dans le secteur automobile, Stellantis a affiché une bonne performance en novembre, avec des ventes qui s’améliorent aux États-Unis. Enfin, Wavestone a publié un résultat net en croissance dans un contexte peu favorable ce qui permet au cabinet de conseil de réaffirmer le maintien de ses objectifs annuels. 

ACTIONS AMÉRICAINES 

Les marchés américains ont peu varié cette semaine, s’orientant vers une très légère progression : le S&P 500 et le Nasdaq 100 évoluent à proximité de leurs sommets récents, progressant respectivement de +0,12 % et +0,58 %. La trajectoire reste largement guidée par les attentes d’une nouvelle baisse de 25 points de base des Fed Funds lors de la réunion des 9-10 décembre, aujourd’hui jugée hautement probable. Les indicateurs restent toutefois contrastés entre le rapport ADP signalant une perte de 32 000 emplois privés concentrés essentiellement dans les petites entreprises et des inscriptions au chômage au plus bas depuis 2022. En toile de fond, la politique migratoire portée par le gouvernement se durcit tandis que la pression sur la Fed s’accentue, Donald Trump ayant annoncé la nomination prochaine d’un nouveau président – l’économiste et conseiller du président Kevin Hassett étant perçu comme favori.

Le thème de l’IA est resté le principal moteur boursier, avec une forte activité dans la technologie. Nvidia (+3,8 %) renforce son écosystème en investissant 2 milliards de dollars dans Synopsys (+11 %), éditeur de logiciels de conception de semi-conducteurs. Apple (+0,7 %) poursuit son rattrapage, portée par la bonne dynamique de l’iPhone 17 malgré une réorganisation profonde de ses équipes IA. Meta (+2,2 %) progresse grâce à une nouvelle discipline de coûts en réduisant le budget Metaverse, mais fait face à une salve de procédures réglementaires, notamment en Russie, tandis que Microsoft (-2,3 %) combine montée en puissance d’Azure (intégration de Mistral Large 3) et hausses de prix d’Office. Amazon (-1,8 %) a cette semaine partagé des annonces majeures concernant AWS (nouveaux agents IA, puce Trainium3) et le déploiement de modèles logistiques plus rapides - « Amazon Now » - sur le marché américain. La consommation a été portée par un excellent démarrage de la saison des fêtes à l’image d’American Eagle Outfitters (+18,7 %). Dans les transports et l’aérien, Boeing (+6,8 %), Delta Air Lines (+4,7 %) et Uber (+3,9 %) confirment une demande de mobilité robuste. Enfin, sur les matières premières, le cuivre inscrit un nouveau record au-delà de 11 400 $/tonne et l’or continue d’évoluer autour de 4 200 $ l’once.  

MARCHÉS ÉMERGENTS

L'indice MSCI EM a progressé de 0,79 % en USD cette semaine. Le Brésil, la Corée, Taïwan, le Mexique et la Chine ont respectivement gagné 3,75 %, 2,46 %, 0,89 %, 0,63 % et 0,50 %. L'Inde a reculé de 1,16 %.

En Chine, l'indice PMI manufacturier est ressorti à 49,2 en novembre, légèrement en dessous des prévisions de 49,4. L'indice PMI non manufacturier pour novembre s'est établi à 49,5, contre 50,1 en octobre, pénalisé par la faiblesse de l’immobilier et des services. L'indice PMI manufacturier RatingDog China a chuté à 49,9, contre une estimation de 50,5. Les décideurs politiques considèrent néanmoins que l'objectif de croissance du PIB de 5 % est à portée de main, ce qui ne plaide pas pour de nouvelles mesures de relance d’ampleur à court terme. Sur le plan diplomatique, Xi Jinping a rencontré Emmanuel Macron, les deux dirigeants se sont engagés à approfondir leur coopération sur les grands dossiers internationaux, notamment la guerre en Ukraine et le commerce. La Chine a par ailleurs délivré sa première série de nouvelles licences d'exportation de terres rares. Le régulateur a annoncé une réduction des coefficients de risque liés à certaines participations pour les compagnies d'assurance afin de mieux tirer parti de leur rôle de « capitaux patients ». Le GGR de Macao a augmenté de 14 % en novembre, dépassant les estimations de +10 %. Enfin, Meituan a annoncé une perte nette ajustée de 16 milliards de RMB, supérieure à la perte estimée de 13,96 milliards de RMB.

À Taïwan, Hon Hai a enregistré une forte croissance de 25,5 % en glissement annuel pour le mois de novembre.

En Corée, les exportations ont bondi de 8,4 % en novembre, dépassant les prévisions de croissance de 5,4 %, grâce à la forte demande en semi-conducteurs et en automobiles. Le Parlement a approuvé un budget record de 495,8 milliards pour 2026, soit une augmentation de 8,1 %, afin de soutenir les initiatives de croissance axées sur l'IA. 

En Inde, la RBI a procédé à une baisse de 25 points de base du taux directeur, qui s'établit désormais à 5,25 %, comme prévu. La production industrielle d'octobre a augmenté de 0,4 % en glissement annuel, soit moins que les 2,5 % attendus. L'indice PMI manufacturier pour novembre s'est établi à 56,6 contre 57,4 précédemment, tandis que l'indice PMI des services s'est établi à 59,8 contre 59,5 précédemment, portant l'indice PMI composite à 59,7. Le président russe Vladimir Poutine est arrivé à New Delhi pour le 23e sommet annuel Inde-Russie. Le sommet portera principalement sur la coopération en matière de défense, les relations énergétiques et l'expansion du commerce. Les ventes d'automobiles en novembre ont affiché une forte dynamique, les principaux constructeurs automobiles enregistrant une croissance à deux chiffres.

Au Brésil, la croissance du PIB au troisième trimestre a ralenti à 1,8 % en glissement annuel, contre 2,4 % au trimestre précédent. TikTok a annoncé un investissement de 37,7 milliards de dollars pour construire son premier centre de données en Amérique latine. Vale a mis à jour ses prévisions et table désormais sur des dépenses d'investissement de 5,5 milliards de dollars et une production de cuivre de 370 000 tonnes en 2025.

Au Mexique, les investissements en capital ont enregistré une baisse moins importante que prévu en septembre, avec 6,7 % en glissement annuel contre des estimations de -7,7 %. Sheinbaum a annoncé une augmentation historique de 13 % du salaire minimum pour 2026. Les investissements directs étrangers dans le secteur automobile mexicain ont chuté de 20,1 % au troisième trimestre, pour atteindre 7,87 milliards de dollars. 

DETTES D’ENTREPRISES

Il serait tentant de parler de rallye de fin d’année sur le crédit, mais la réalité est plus nuancée. Le marché intègre désormais une probabilité quasi certaine d’une baisse des taux de la Fed. Parallèlement, les tractations autour d’une possible solution de paix en Ukraine génèrent des gros titres contradictoires au quotidien.
Sur la semaine, le segment Investment Grade affiche une performance de -0,07 %, tandis que le High Yield progresse de 0,15 %. En réalité, ce sont surtout les primes de risque crédit qui se sont resserrées (l’indice Crossover s’est resserré de 7 bps, à 253 bps), alors que les taux sans risque se sont élargis (Bund allemand 5 ans en hausse de 10 bps, à 2,38 %).

L’activité primaire est, comme souvent au mois de décembre, plutôt modérée, à l’exception du segment High Yield. La transaction la plus notable de la semaine provient de l’aciériste espagnol Celsa, qui a émis 1,2 milliard d’euros d’obligations 2030, assorties d’un coupon de 8,25 %.

Achevé de rédiger le 05/12/2025.

GLOSSAIRE

• Les titres « Investment Grade » désignent des titres obligataires émis par des entreprises dont le risque de défaut de paiement varie de très faible (remboursement presque certain) à modéré. Ils correspondent à une échelle de notation allant de AAA à BBB- (notation Standard&Poor’s). 
• Les titres « High Yield » sont des obligations d’entreprises présentant un risque de défaut supérieur aux obligations Investment Grade (ou catégorie investissement) et offrant en contrepartie un coupon plus élevé. 
• La dette senior bénéficie de garanties spécifiques. Son remboursement se fait prioritairement par rapport aux autres dettes, dites dettes subordonnées. 
• La dette est dite subordonnée lorsque son remboursement dépend du remboursement initial des autres créanciers.
• Tier 2 / Tier 3 : segment de la dette subordonnée.
• La duration correspond à la durée de vie moyenne d’une obligation actualisée de tous les flux (intérêt et capital).
• Le spread désigne l’écart entre le taux de rentabilité actuariel d’une obligation et celui d’un emprunt sans risque de même maturité.
• Les valeurs dites «Value » sont considérées comme sous-évaluées.
• EBITDA est l'acronyme de Earnings before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization (en français : résultat d'exploitation avant intérêts, impôts et amortissement). Il mesure donc la création de richesse avant toute charge calculée. Il trouve son équivalent français en l'EBE (Excédent brut d'exploitation).

• CTA : stratégie quantiative qui investit principalement via des contrats à terme (futures) dans une vaste palette d’actifs financiers : Indices Actions, Taux Courts, Taux Longs, Devises, Matières Premières
• Le terme “Quantitative Easing” désigne un type de politique monétaire dit non conventionnel auquel peuvent avoir recours les banques centrales dans des circonstances économiques exceptionnelles.
• Un « stress test » est une techniques destinée à évaluer la résistance d'institutions financières.
• L'indice PMI, pour “Purchasing Manager's Index” (indice des directeurs des achats), est un indicateur permettant de connaître l'état économique d'un secteur. 
• Coco (contingent convertible bonds) : format de dette subordonnée.
• Mortgage : une hypothèque est un instrument financier de garantie d'une dette. 
• Les AT1 font partie d’une famille de titres de capital bancaire connus sous le nom de convertibles contingents ou «Cocos». Convertibles parce qu’elles peuvent être converties d’obligations en actions (ou dépréciées entièrement) et contingentes parce que cette conversion ne se produit que si certaines conditions sont remplies, comme la solidité du capital de la banque émettrice tombant en dessous d’un seuil de déclenchement prédéterminé.
• Les RT1 : souches obligataires perpétuelles avec un rappel anticipé possible à 10 ans. Le paiement des coupons est discrétionnaire et non cumulatif.

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